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Charles-Robert Ageron

Historien, l’un des grands spécialistes de l’Algérie coloniale (1923-2008)

Né en 1923 à Lyon, Charles-Robert Ageron a fait des études d’histoire. Il découvre l'Algérie lors de son service militaire en 1945. Jeune agrégé, il est nommé en 1947 au lycée Gautier à Alger. Il y reste dix ans et milite pour une réforme en profondeur du système colonial. En 1957, il est professeur au lycée Lakanal de Sceaux, puis de 1959 à 1961, il est attaché de recherches au CNRS. En 1961, il a un poste d’assistant puis de maître-assistant à la Sorbonne, il y enseigne jusqu’en 1969. En 1968, il soutient sa thèse d’État, sous la direction de Charles-André Julien, portant sur Les Algériens musulmans et la France 1871-1919, considérée aujourd'hui encore comme l'étude de référence sur le sujet.

Charles-Robert Ageron est ensuite maître de conférences, puis professeur à l'Université de Tours de 1969 à 1981, puis à l'Université Paris XII. Il préside la Société française d'histoire d'outre-mer jusqu'à son décés en 2008 et dirige la Revue française d'histoire d'outre-mer. Charles-Robert Ageron a publié de nombreux ouvrages sur la France coloniale et sur l’Algérie, parmi lesquels Histoire de l’Algérie contemporaine (1871-1954) (PUF, 1979) et Histoire de la France coloniale (Armand Colin, 1990).

« La plupart des chercheurs, universitaire ou journalistes qui ont travaillé sur la question algérienne connaissent bien désormais le nom de Charles-Robert Ageron. Avec le recul du temps, il apparaît de nos jours comme l'un des historiens les plus importants du Maghreb contemporain. En 2000, un colloque réunissant à la Sorbonne plusieurs dizaines d'historiens des quatre coins du monde a rendu hommage à l'érudition, à l'esprit méthodique, à l'obstination de ce chercheur infatigable. (...) Mais lorsque j'ai rencontré Charles-Robert Ageron en 1975, au moment où, jeune étudiant, je cherchais un directeur de thèse, ce professeur était bien isolé dans le monde universitaire. Il était alors sous le feu croisé des partisans d'un tiers-mondisme pur et dur qui lui reprochaient de ne pas suffisamment "s'engager" idéologiquement, et des partisans de "l'Algérie française" qui ne lui pardonnaient pas ses positions "libérales" pendant le conflit algérien. » (Daniel Rivet, Études coloniales)

« Sans doute à cause d'une conception de l'histoire très classique, d'abord soucieuse d'établir les faits et rétive à tout esprit de système, mais aussi parce qu'il apparaît comme le défenseur un peu nostalgique d'une colonisation à visage humain dont l'indépendance de l'Algérie a scellé l'échec définitif, Charles-Robert Ageron restera jusqu'à la fin de sa carrière une figure quelque peu marginale au sein de l'université. Ce qui ne l'empêchera pas de présider la Société française d'histoire d'outre-mer, ni de publier une dizaine d'ouvrages, dont un Que sais-je ? maintes fois réédité sur l'Histoire de l'Algérie contemporaine.

« "En 1978, quand j'ai soutenu ma thèse sur Messali Hadj sous sa direction à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, nous étions peu nombreux autour de lui. Même une dizaine d'années plus tard, quand il a quitté son dernier poste, à l'université de Créteil, il n'y avait pas foule", confie l'historien Benjamin Stora (...). Autre spécialiste de l'histoire de l'Algérie, Gilbert Meynier confirme : “Dans les années 1970, j'avoue que son côté « catho de gauche » et un peu "néo-positiviste" ne nous attirait guère. En plus il n'était jamais passé par le Parti communiste, ce qui le mettait à l'écart de la plupart de ses collègues.“ (extrait d'un article de Thomas Wieder, Le Monde, 6 septembre 2008)

Il est mort au Kremlin-Bicêtre en septembre 2008.


Sur la Toile

Le « parti » colonial par Charles-Robert Ageron



- De l'Algérie « française » à l'Algérie algérienne
- Le gouvernement du général Berthezène à Alger en 1831
- Les algériens musulmans et la france 1871-1919

 
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