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Propos de Spinoza sur la survivance du peuple juif


chapitre de Sefardica

 

« L'énigmatique chapitre III du Traité théologico-politique de Spinoza, publié en 1670, nous conduit cette fois de la communauté portugaise d'Amsterdam à la Révolution française. Le philosophe y attribue la survie du peuple juif à la haine des nations, une affirmation difficilement acceptable pour une communauté composée en majorité de rescapés de l'Inquisition et de l'apostasie, fiers d'avoir su préserver leur judaïsme. Alors que juifs et gentils s'entendent à expliquer la pérennité d'Israël comme le résultat de l'intervention providentielle de Dieu dans l'histoire (élection pour les uns, châtiment divin pour les autres), Spinoza est le premier penseur à concevoir l'histoire juive dans une optique profane. Pour Y.H.Y., cette thèse novatrice trouve sa source dans la controverse ibérique concernant l'instauration des statuts de limpieza de sangre, une législation discriminante érigée à l'encontre des conversos. Des personnalités comme le portugais Antonio Vieira dénonçaient la distinction entre nouveaux et vieux chrétiens comme préjudiciable pour l'État et facteur de conservation du judaïsme en Espagne. Les idées de Vieira étaient connues dans les diasporas juives hispano-portugaises. Le Traité théologico-politique représente une étape essentielle vers la sécularisation de l'histoire juive. L'existence du peuple juif y apparaît indissociablement liée à l'histoire des nations. À l'époque des Lumières, cette conception va influencer le débat sur l'émancipation en France, puis dans d'autres pays sous la forme d'exhortations à la tolérance envers les juifs. Les partisans de l'émancipation verront dans la suppression de toute différence de statut entre juifs et non juifs le plus sûr chemin de l'assimilation. » (extrait d'un commentaire de Danielle Rozenberg, EHESS)
 
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