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Terre Humaine

Une des collections les plus fameuses de l'édition française. Fondée en 1955 par l'anthropogéographe Jean Malaurie, elle a profondément renouvelé la littérature de voyage et les récits d'anthropologie.

La collection fut lancée par la publication des Derniers Rois de Thulé de Jean Malaurie et poursuivie avec Tristes Tropiques, l'ouvrage qui fit connaître Claude Lévi-Strauss. Ses plus gros tirages ont été le Cheval d'orgueil de Pierre Jakez Helias en 1975 et L'Été grec de Jacques Lacarrière, Le Horsain de Bernard Alexandre, La Perle et le Croissant de Dominique Fernandez, Toinou d'Antoine Sylvère… Terre humaine a aussi publié Balandier, Soustelle, Dumont… Elle aligne aujourd'hui plus de 85 titres et 11 millions d'exemplaires. Ses plus gros succès ont été traduits en une vingtaine de langues.

Toujours dirigée par Jean Malaurie (né en 1922), la collection s'est dotée en 1982 d'une version poche et d'une collection annexe : Courrant de pensée qui propose des textes inédits des auteurs-phare de Terre Humaine.

« C'est bien beau d'avoir une collection. Encore faut-il trouver des textes. En 1955, Malaurie n'en a aucun. Et c'est en tombant presque par hasard sur une thèse consacrée aux Indiens d'Amazonie qu'il déniche le deuxième auteur de Terre Humaine : Claude Lévi-Strauss. "J'avais trouvé le texte très ennuyeux, mais j'étais fasciné par les photos qui l'accompagnaient et montraient l'acuité de regard d'un homme libre, sensible et complexe." Très vite, Lévi-Strauss accepte de transformer cette thèse en récit de voyage philosophique : cela donnera le célébrissime Tristes Tropiques.

Malaurie exhume ensuite des archives de Plon Les Immémoriaux, de Victor Segalen, considéré à l'époque comme une fausse valeur. Grâce à Malaurie, ce cri contre l'acculturation des peuples de Tahiti par les colonisateurs va être une véritable redécouverte. Bref, dès ses débuts, Terre humaine acquiert une solide réputation et une excellente image. Bientôt vont suivre Balandier, Dumont, Soustelle. "Je leur demandais de s'engager personnellement, et c'est avec mes plus grands auteurs que j'ai eu le moins de difficultés à travailler. Je me rappelle que, lorsque Dumont m'a remis Terre vivante, le texte était beaucoup trop long. Nous l'avons carrément coupé aux ciseaux."

Le secret de Malaurie est de savoir où il va, bien sûr, d'avoir pris ses distances avec les idéologies, mais aussi de susciter des vocations d'auteur et, au besoin, d'aider à l'accouchement. "En 1975, Pierre Jakez Hélias a fait un véritable tabac avec son Cheval d'orgueil. Mais il s'est écoulé six ans entre le moment où, l'ayant découvert à la télévision lors d'une émission sur les conteurs, je lui ai commandé ce livre et celui où il est sorti. » (extrait d’un article d’Olivier Le Naire, L’Express, 27 juillet 2001)


« Mon objectif, se rappelle-t-il, était de faire mettre en récit, et à la première personne, la rencontre entre un personnage et le monde dont il témoignait. De créer une anthropologie réflexive proche des hommes et à la portée du public, une sorte de Comédie humaine de toutes les civilisations, écrite dans la lignée des Balzac, des Zola. Une chronique des mœurs de la vie contemporaine. Autant dire que cela allait à rebours de l'Université, ce qui explique que j'aie dû me réfugier à l'École des hautes études, où a été créée pour moi la première chaire de géographie polaire. » (Jean Malaurie, cité par l'Express, 26 juillet 2001).

« Terre Humaine a créé dans les sciences sociales et la littérature, depuis quarante ans, un courant novateur dont on n'a pas fini de mesurer la fécondité. Traquant la vie, cette collection de regards croisés a, d'abord, renouvelé la littérature de voyage et construit, livre après livre, une anthropologie à part entière, toute interprétation ne s'élaborant que sur une expérience vécue et même un engagement. L'exploration de l'univers n'a pas de fin. Le spectacle de la vie reste une découverte, et les théories concernant les sociétés humaines s'avèrent, les unes après les autres, toutes aussi fragiles. L'homme est un inconnu pour lui-même.
Les auteurs les plus célèbres (Zola, Lévi-Strauss, Ramuz, Segalen, Balandier, Duvignaud, Hélias, Lacarrière, Thesiger, Ripellino, Lucas) rejoignent, avec un air de famille, ouvriers, paysans, marins les plus anonymes - certains parfois même illettrés (témoignages en direct d'autochtones) - pour faire prendre conscience au lecteur, non seulement de la complexité des civilisations et des sociétés, mais de sa propre intelligence des problèmes. EIle est stimulée par une totale indépendance des auteurs. » (Université de Reims)

Dans BiblioMonde

Terre humaine, des récits et des hommes

Terre Humaine : Une anthologie

Terre Humaine, cinquante ans d’une collection


- Plon


- Anta, Mémoires d’un Lapon
- Derniers rois de Thulé (Les)
- Hummocks
- La perle et le croissant
- Piegan, chronique de la mort lente
- Village anatolien (Un)

 
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