BiblioMonde

  Arménie
Les Français originaires de ce pays


-Turquie
-Haut Karabakh

-Découvrir le pays
-Visiter le pays
-Étudier le pays
-S'informer sur le pays
-Apprendre la langue
-Aider le pays

-Le nom du pays
-Le territoire
-Le conflit territorial
-Les frontières
-La population
-La question des minorités
-Les langues
-Données historiques
-Religions
-Les minorités religeuses
-Le type d'État
-Le régime politique
-Les régimes précédents
-Le président
-Le gouvernement
-Le paysage politique
-Drapeau, emblème, hymne
-Le calendrier des fêtes
-Données économiques
-Les relations extérieures
-Les Français originaires de ce pays
-La diaspora
-Données culturelles
-Mémoire du génocide

Les Arméniens en France

La présence d’Arménien en France est très ancienne. Longtemps leur présence se limita à quelques lettrés voyageurs et à des commerçants. C’est un Arménien qui ouvrit en 1671 le premier établissement où l’on sert du café, d’abord à la foire Saint-Germain, puis quia du Louvre. Il s’appelait Harouthian, les Parisiens le connaissaient sous le nom de Pascal.

Une petite élite arménienne occidentalisée et francophone, proches des Levantins, vivait à Paris ou Marseille avec des liens familiaux à Constantinople, Smyrne ou Alexandrie. On peut citer Nourhan Fringhian qui finança la construction de l’église arménienne du 15 rue Jean-Gougeon à Paris (8e).

Cependant l’essentiel des Arméniens devenu français sont arrivés au cours des trois premières décennies du XXe siècle. Déjà un certain nombre d’Arméniens se sont engagés aux côtés des Français pendant la guerre de 1914-1918. Un mémorial à été construit à Verdun en hommage aux 35 000 morts arméniens pour la France.

D’abord, on peut citer des membres arméniens de la bourgeoisie d’Istanbul, francophones comme les Grecs ou les juifs de cette ville. Parmi les personnalités, Alice Sapritch (1916-1990), née à Istanbul dans une famille de la bourgeoisie stambouliote. Elle débarque à Bruxelles en 1929 ave sa famille. Trois ans plus tard, elle arrive seule à Paris où elle s’inscrit au cours Simon. Devenue une actrice populaire, elle fera une carrière à la télévision.

En 1919, un ingénieur de Constantinople (né à Sivas) s’installe en France. Son fils, Patrick Devedjian, née en 1944 fait ses études au collège arménien de Sèvre. Il milite à l’extrême droite française (Occident) au cours de ses études de droit à Assas. Devenu avocat, il fait une carrière politique au RPR, puis à l'UMP, il est maire d’Antony depuis 1983, député depuis 1986 et ne rate pas une occasion de rappeler ses origines arméniennes.

Parmi les intellectuels arméniens qui se sont installés en France, Hrand Samuelian (historien et journaliste) qui fonde en 1930, la Librairie orientale de la rue Monsieur-le-Prince (Paris 5e). Ses enfants ont pris sa succession et sa librairie a toujours une grande réputation parmi les chercheurs et les bibliophiles.

Le courrant d’immigration des Russes « blancs » fuyant la révolution russe comprend aussi des Russes d’origine arménienne comme Levon Tarassov, alias Levon Torassian qui a fait une carrière de romancier et d’historien sous le nom d’Henri Troyat, membre de l’Académie française. Arthur Adamov, alias Adamian (1908-1970) est un autre écrivain arrivé de Russie en 1924.

Ce sont les persécutions, les pogroms entre 1896 et 1920 et surtout le génocide de 1915 qui poussèrent la presque totalité des Arméniens de l’empire Ottoman, ceux qui ont survécu, à émigrer vers l’Occident, l’Amérique, mais en Europe principalement la France qui en raison de la saignée de 1914-1918, manquait de maind’œuvre. Ces populations arrivaient, souvent sans qualifications, des zones rurales de l’actuelle Turquie, après avoir transité par La Grèce, la Syrie ou le Liban.

Le gros des réfugiés est arrivé en 1924, comme Karnig Zouloumian, le futur peintre Carzou ou avec sa famille, le jeune Achod Malakian âgé de quatre ans. Ce dernier, ingénieur diplômé des Arts-et-Métiers selon le vœu de ses parents, fera une carrière de cinéaste sous le nom d’Henri Verneuil. Il connaîtra des succès populaires avec des films comme La vache et le prisonnier, Mélodie en sous-sol ou le Clan des Siciliens. Après la mort de sa mère, il écrira Mayrig (maman, en arménien) qu’il transposera à l’écran. Il y raconte son arrivée en France et son enfance de petit immigré.

1924, c’est l’année de la naissance à Paris de Charles Aznavourian. Son père, un Arménien de Géorgie avait épousé une arménienne de Turquie, la seule rescapée de sa famille. Elle était absente du village, ce jour de 1915 où les siens ont été massacrés. Le couple a ouvert un restaurant rue Champollion et le jeune Charles fréquente l’école du spectacle. Charles Aznavour est devenu une star internationale de la chanson francophone. Il est aujourd’hui résident fiscal en Suisse. Il avait fait un voyage discret en Arménie soviétique en 1964. Son vrai retour date de 1988 à la suite du terrible séisme : il crée la fondation Aznavour pour l’Arménie. Depuis, il a été nommé ambassadeur itinérant de la République d’Arménie. Enfant de l’immigration, il a ouvert son dernier récital par Les immigrants. En décembre 2008, il s'est vu conférer la nationalité armébienne.

Tous n’ont pas refait leur vie, Komitas, le grand musicien arménien faisait partie des 2 345 intellectuels déportés le 24 avril 1915 au camp de Çankiri. Torturé et traumatisé, c’est un mort-vivant qui est amené en France. Il restera interné à l’hôpital psychiatrique de Villejuif pendant vingt ans sans plus composer. Une statue a été érigée en son honneur à Paris en 2001 (dans le jardin du Grand Palais).

C’est encore en 1924, qu’est arrivé à Marseille Missak Manouchian, en compagnie de son frère. Né dans le village d’Adyam en 1906, son père a été tué par des militaires turcs, sa mère est morte de faim pendant sa déportation. Mobilisé dans l’armée française en 1939, puis engagé dans la résistance en 1941, il était responsable des FTP-immigrés pour la région parisienne. C’est son groupe qui était dénoncé par l’Affiche rouge. Arrêté, il est fusillé avec 20 autres résistants étrangers au Mont-Valérien en février 1944. Sa veuve, Mélinée trouvera refuge dans la famille Aznavourian. Après la guerre, en 1947 la plupart des Arméniens de France seront naturalisés français.

Les immigrants des années 1920 sont d’abord arrivés à Marseille, où ils se sont installés nombreux dans le quartier de la porte d’Aix (aujourd’hui devenu maghrébin) ou dans des camps d’hébergement. Avec 100 000 habitants d’origine arménienne, la ville est un des pôles de la diaspora. Robert Guédiguian, né en 1953, bien de mère allemande en est un des fils.

Des recruteurs venaient les chercher pour travailler dans l’industrie qui manquait de bras en raison de la saignée de 1914-1918. Ils ont ensuite remonté la vallée du Rhône, pour faire souche à Valence où leurs descendants représentent un dixième de la population, à Vienne ou à Romans, dans la Drome. C’est dans cette ville qu’un certain Kéloglanian qui avait fuit l’Anatolie en passant par la Syrie, a été embauché comme ouvrier tanneur. Ces trois fils ont créé une fabrique de chaussure, le plus jeune a créé une marque sous son nom, Stéphane Kélian. Il a ouvert sa première boutique à Paris en 1978. Après avoir été une référence mondiale, l'entreprise a aujourd'hui disparue.

Un autre fils d’ouvrier de la chaussure de Romans, Alain Manoukian, a créé une entreprise de renoms, pas dans le cuir, mais dans la maille, une autre spécialité des français d’origine d’arménienne qui représentent la moitié des tricoteurs de France. Un autre pôle de l’industrie du tricot est Issy-les-Moulineaux, une autre ville de la diaspora, Comme Alfortville ou Arnouville-lès-Gonesse (toutes trois en banlieue parisienne).

Cheminant vers le Nord, certains ont fait souche à Lyon ou ses environs, Décine en particulier, ou Saint-Chamond. C’est dans cette ville, encore, qu’un ouvrier arménien, arrivé orphelin en France, a ouvert un magasin, puis un atelier de chaussure. Napoléon Bullukian a fait ensuite fortune dans l’immobilier, il est mort milliardaire en 1984 et a légué sa fortune à la Fondation de France.

En 1975 et 1979, sont arrivés des Arméniens du Liban et d’Iran, fuyant la guerre civile libanaise et la révolution islamique. À cette époque est apparu le terrorisme international, arménien, comme palestinien… C’est en France, en 1975, qu’à été tué le premier diplomate turc par l’ASALA. Les trois générations de Français d’origine arménienne se montrent compréhensives face à la vingtaine d’attentats qui visent des représentants de l’État turc, mais ils dénonceront l’attentat aveugle d’Orly en 1983, qui mettra un terme à cette dérive sanglante.

En 1984, François Mitterrand est le premier chef d’État à reconnaître publiquement la réalité du génocide arménien de 1915. La première génération d’immigrants était arrivée traumatisé, la deuxième voulait à tout prix s’intégrer. La troisième et aujourd’hui la quatrième génération ont réclamé et obtenu l’affirmation d’une réalité historique. En 1985, un rapport sur le génocide est adopté par la Commission des droits de l’homme de l’ONU. En 1987, c’est un vote au Parlement européen, puis en 2000 le Vatican et le parlement italien. Enfin, en 2001, l’Assemblée nationale française franchit enfin le pas. On pourra se demander si la vérité historique a besoin d’une loi pour exister. Pour beaucoup d’Arméniens, c’était le seul moyen de tourner enfin la page… L’immigration arménienne continue, même si c’est aujourd’hui surtout en direction de la Russie, faute de mieux.

Parmi les Arméniens qui font la France, on aurait aussi citer le footballeur Youri Djorkaeff, le chanteur Jacques Hélian; le chanteur, musicien et parolier, Jacques Legrand ; l’océanographe et aventurière Anita Conti (née Caracotchian); le cinéaste, Jacques Kébadian ; le sculpteur Tozos; le dessinateur Hoviv, le créateur de lunette Alain Mikli, les célèbres importateurs de caviar, les frères Pétrossian ; le coureur automobile, Alain Prost; le dirigeant d’entreprises, Serge Tchuruk ; la comédienne Rosy Varte, le géopolitologue Gérard Chaliand, le musicien Michel Legrand… Plus récement, certains sont arrivés de république d'Arménie, comme le pianiste Vahan Mardirossan (en 1992)...

Aujourd’hui avec 80 % de mariages mixte la communauté est en train de se dissoudre, mais tout en gardant sa mémoire et ses racines. Les liens entre Français et Arméniens sont plus anciens qu’on ne le dit souvent. Le dernier roi d’Arménie, la petite Arménie (celle de Cilicie) s’est réfugié en France après la conquête de son royaume par les Turcs en 1375. Léon VI de Cilicie repose en la Basilique de Saint-Denis, il était lui-même un Lusignan, une famille originaire du Poitou qui régnait sur l’Arménie depuis plusieurs générations.

Cette affiche dénonce le groupe de résistants anti-nazis dirigé par Missak Manouchian, responsable des FTP-immigrés pour la région parisienne en 1941. Arrêté, il est fusillé avec 20 autres résistants étrangers au Mont-Valérien en février 1944.

Biblio : L'affiche rouge 21 février 1944

Le patrimoine arménien en France par Serge Carcian

Le Centre du patrimoine arménien de Valence

Le peintre, Jean Carzou

 
© BiblioMonde.com