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Actualité : Politique étrangère et défense


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par Jacques Mer

Introduction


En politique extérieure, la continuité est en principe de règle. Le changement de majorité intervenu à l’occasion des élections de mars 2003 l’avait confirmé, et le gouvernement de M. Vanhanen, au pouvoir depuis juin 2003, déclare volontiers (malgré les remarques de certains politiques et politologues et des médias) que sa conception des affaires internationales n’a pas subi d’évolution notable par rapport à celle en application sous le « règne » de Paavo Lipponen.

D’ailleurs, comme les années précédentes, trois thèmes ont été intensément discutés au cours de 2004 : les affaires de défense et de sécurité; les questions relatives aux progrès de l'Union européenne (institutions, problèmes de sécurité et de défense, etc.) ; les relations avec les pays voisins, dont les autres pays nordiques et la Russie.

Mais, le contexte international a évolué. Certaines échéances prévues sont arrivées à maturité : discussion parlementaire et adoption du Livre Blanc sur la défense; élargissement de l’Union européenne à 10 nouveaux États et progrès dans l’affaire « turque »; mise en œuvre progressive de la réforme de la Politique agricole commune décidée en 2003, etc. Surtout on a vu s’étaler dans les médias et au sein du monde politique, deux questions impensables les années précédentes : la sphère décisionnelle (l’exécutif) du pays est-elle unie en matière de relations extérieures ?; et n’observe-t-on pas de profondes divergences entre ses trois têtes : le Chef de l’État Tarja Halonen, le Premier ministre (centriste) Matti Vanhanen et le ministre des Affaires étrangères (social-démocrate souvent considéré comme « de gauche » ) Erkki Tuomioja ?

Tout en étant moins présente dans les affaires extérieures, principalement européennes (sur lesquelles la responsabilité du Premier ministre est décisive, avec la nouvelle Constitution), la Présidente Tarja Halonen a continué, en effet, à jouer un rôle non négligeable dans les problèmes de politique internationale et de sécurité : notamment à l’occasion de visites officielles à l’extérieur et d’entretiens avec ses homologues de nombreux pays. Elle a fréquemment souligné l’importance que son pays attachait au multilatéralisme, et au respect des compétences des organisations internationales, telles les Nations Unies (la crise irakienne lui a évidemment servi d’illustration majeure). C'est peut-être à propos de la sécurité et de la défense qu'elle a tenu à affirmer sa prééminence : elle s’intéresse beaucoup à la question des mines anti-personnel et répète à l'envi que la politique de non-appartenance à une alliance militaire demeure la règle; rien, dans les circonstances actuelles, ne justifiant une adhésion à l'OTAN. Elle se montre en outre très attentive aux problèmes posés par les opérations multilatérales de « maintien de la paix ».

Elle a continué, enfin, à s’exprimer avec force en matière d’aide aux pays pauvres et sur divers effets négatifs de la mondialisation, ce qui ne manque pas d’irriter certains cercles cercles (limités) dans les milieux d’affaires, ou au Parti Conservateur.

Sur de nombreux points et notamment les derniers, ses positions ne seraient pas très éloignées de celles du Ministre Tuomioja (lui même frère ennemi de P. Lipponen, chez les Sociaux-Démocrates).

Matti Vanhanen, accusé au départ par les plus « européens » du monde politique, de manquer de « vision » en politique étrangère, spécialement européenne (à l’inverse de Paavo Lipponen), et de flotter ou d’hésiter un peu, s’est révélé, au fur et à mesure qu’il maîtrisait les dossiers, d’un redoutable pragmatisme. Ne se voulant prisonnier d’aucune idéologie et d’aucune passion, et s’efforçant de concilier des points de vue souvent différents -quant aux objectifs et à la methodologie- au sein de la coalition gouvernementale et de chacun des partis la constituant, il a finalement fait progresser des solutions largement consensuelles, que ce soit en matière de sécurité et de défense, de relations au sein de l’UE ou de rapports avec la Russie, par exemple.

Sécurité et défense

- La publication du Livre Blanc (rapport élaboré périodiquement par les experts, approuvé par le gouvernement, puis envoyé pour discussion au Parlement, et qui définit les grandes lignes de ce que sera la politique du pays dans les années à venir en matière de sécurité et de défense) à l’automne 2004 a permis d’approfondir les principaux thèmes en ce domaine. Après des débats à l’Eduskunta, le texte a été ratifié le 21 décembre par les députés (165 voix contre 25), même si la Commission des affaires étrangères a critiqué certains aspects, jugés trop vagues, du contenu et également remis en cause le principe de tels rapports périodiques qui se veulent vastes et exhaustifs à une époque où l’environnement de sécurité évolue très rapidement.

Le texte finalement approuvé réaffirme le non-alignement militaire du pays, quels que soient ses choix en matière de défense européenne. Ce non-alignement implique évidemment qu’il maintienne une défense propre crédible (avec le maintien de la conscription, jugée plus efficace que le recours à une armée professionnelle) et un système de défense régionale.
Le Livre Blanc pose enfin le principe d’une réorganisation des formes armées, dans le sens d’une diminution des effectifs et des dépenses, et d’une rationalisation du dispositif : 2005 devra voir les décisions d’application de ce principe, avec sans doute des arbitrages très sensibles (fermeture de garnisons, etc.).

- La question des relations avec l'OTAN a continué à faire l'objet de réflexions au sein du monde politique et des médias, sans que la ligne « officielle » ait varié. Du fait de l’élargissement récent de l’Alliance (incorporant des « voisins » de la Finlande, tels les États baltes et la Pologne), les principaux responsables nationaux ont fait des déclarations prudentes, qui, tout en défendant la « ligne finlandaise », n’excluent pas pour l’avenir une évolution et ont donné lieu à des commentaires contradictoires.

Dans ce domaine, le Parti Conservateur (dans l’opposition depuis avril 2003) et ses présidents successifs, Ville Itälä et Jyrki Katainen, ont réaffirmé des prises de position « ouvertes » sur l'OTAN, sans trop ouvertement prôner une adhésion. Les mêmes, rejoints par des membres du Parti Suédois, ont souligné qu’une éventuelle participation à l’Alliance ne serait pas une décision aussi considérable qu’on le croit, compte tenu de l’évolution de l’Organisation et de ses rapports avec la Russie, l’UE et la Finlande. L’opposition de gauche (Verts et VAS) est restée fidèle à son refus d’envisager tout rapprochement, même si la présidente du VAS, Mme Siimes formule ce refus avec une certaine modération. Le ministre des Affaires étrangères a, comme par le passé, rejeté l’idée selon laquelle l’entrée dans l’OTAN permettrait à la Finlande de faire partie du noyau dur- notion ne correspondant à aucune réalité, selon lui- de l’UE. La Présidente Halonen a confirmé à plusieurs reprises qu'il n'était pas question, dans les circonstances présentes, pour son pays d'entrer dans l'Alliance atlantique : la priorité restait la participation à la lutte internationale contre le terrorisme et la mise sur pied de la « gestion de crises » par l'UE. En sens inverse, l'ancien diplomate Max Jakobson et l’ex-Président Ahtisaari mettent leur notoriété et leur autorité morale au service d'un réexamen de la politique d’Helsinki, dans le sens d’un approfondissement des relations avec les États-Unis et d’une ouverture accrue sur la question de l’OTAN. Certains insinuent que l’ex-Premier ministre Lipponen, au nom d’un « européanisme » militant, pourrait voir d’un œil relativement favorable une coopération accrue UE-OTAN.

L’opinion, dans son ensemble, continue à s’opposer à une adhésion du pays à l’Alliance : en novembre-décembre, un sondage indiquait que le nombre de partisans d’une alliance militaire ne dépassait pas 34 % (contre environ 61 % d’opposés), mais que près du tiers de ce groupe pensait au développement de l’UE en une alliance militaire, contre 40 % favorables à la participation à l’OTAN.

Si Helsinki n'est pas membre de l'OTAN, elle coopère avec l'Alliance au sein du Partenariat pour la paix : un large consensus semble exister sur le développement d’une telle collaboration et sur les « exercices » qu’elle implique en Europe.

Enfin, la question des relations entre la politique de sécurité de l’UE et l’OTAN a fait l’objet de nombreuses prises de position allant généralement dans le sens d’une coordination plus étroite.

- La question de la renonciation aux mines anti-personnel, prévue par le traité d'Ottawa, après avoir divisé ministres et hommes politiques, a été réglée le 21 décembre par un vote du Parlement, en même temps que le Livre Blanc était approuvé. Des raisons techniques et financières (leur « remplacement » sera coûteux) entraînent leur suppression définitive en 2016 seulement. C’est plus longtemps que l’aurait souhaité la Présidente Halonen, mais cela a irrité l’opposition conservatrice, qui désirait les garder jusqu’à leur date d’expiration.

- Notons qu’enfin Helsinki a approuvé l’envoi en plus grand nombre, dans des conditions conformes à la législation traditionnelle, de casques bleus finlandais en Afghanistan, ainsi qu’en Bosnie (opération Althea, conduite par l’UE, sur mandat de l’ONU, et prenant la suite de la SFOR, mise en œuvre par l’OTAN agissant pour l’ONU).

- Une question reste partiellement pendante : elle est liée aux opérations de maintien de la paix. Jusqu’ici, la Finlande ne pouvait légalement y participer que si elles avaient été lancées suite à un mandat de l’ONU ou de l’OSCE. Le problème s’est posé de savoir, si, en son absence, un mandat de l’Union européenne ne suffirait pas (ce qu’envisage la Constitution européenne, en discussion). Il a fait l’objet de nombreux affrontements. Dans un proche avenir, une autre ambiguïté devra également être levée : celle des conditions dans lesquelles, à l’occasion d’opérations d’imposition de la paix, l’usage de la force sera possible pour des forces finlandaises. Faut-il modifier la législation et comment ? : le débat sera tranché en 2005, un groupe de travail interministériel ayant été créé fin 2004, qui devra remettre son rapport avant le 1er mai.

La Finlande et l'Union européenne

Comme les années précédentes, priorité a été donnée aux affaires européennes.

- Les institutions européennes

La fin de 2003 avait été marquée par l’échec (le 13 décembre, lors d’un Sommet européen) de la Conférence Intergouvernementale, chargée de se mettre d’accord, -à partir du travail de la « Convention européenne » présidée par V. Giscard d’Estaing- sur un projet de Constitution européenne, que chacun des États ensuite ratifierait selon ses procédures propres.

De fait -mis à part l’extrême gauche et une partie des Conservateurs- un large consensus s’était réalisé en Finlande sur ce que devait être la position finlandaise sur ce problème. Elle témoignait d’un net « réalisme », tenant compte des rapports de force au sein de l’Union, ouvert à des compromis, et soucieux de ne pas prendre, par des exigences irréalistes, quelque responsabilité dans le capotage du processus institutionnel.

Aussi bien, lorsqu’au Sommet européen de Bruxelles (18-20 juin) un accord intervint entre les participants sur un texte de Constitution, Helsinki ne bouda pas son plaisir, même si le texte ne tenait pas compte de la totalité de ses desiderata. L’essentiel avait été pris en compte, notamment les problèmes agricoles et ceux des régions à faible densité de population, les retraites, le caractère particulier de certains services publics, etc.
La Finlande devait avoir moins de succès concernant la candidature de l’ancien Premier ministre social-démocrate Paavo Lipponen à la présidence de la Commission. Les élections européennes ayant dégagé sur le territoire de l’Union une nette majorité de centre-droit, la présidence devait revenir à une personnalité de cette « tendance ». Finalement, M.Oli Rehn, centriste et proche du Premier ministre Vanhanen, très au fait du fonctionnement des institutions européennes et des procédures de Bruxelles (où il a travaillé dans un passé assez récent) fut choisi par Helsinki comme commissaire finlandais et obtint dans l’équipe constituée par M. Barroso le portefeuille de l’élargissement, qui, dans la perspective des négociations avec la Turquie, peut se révéler « sensible » et lourd.
Après le Sommet de juin, un problème allait occuper les milieux politiques finlandais : celui de la voie par laquelle les Finlandais approuveraient (ou non la Constitution) : référendum ou voie parlementaire ? En Août, le Premier Ministre déclare -en accord avec MM. Kalliomäki et Enestam, représentant les ministres sociaux-démocrates et du Parti suédois- qu’un référendum, malgré ses vertus « pédagogiques » sur la population amenée à voter et donc à mieux s’informer sur l’UE, n’est pas utile et opportun, compte tenu du contenu de la Constitution, laquelle ne crée pas d’État fédéral. L’extrême-gauche, les Verts et quelques personnalités de la majorité émettent un avis différent. Le recours au référendum est finalement écarté.

- L'élargissement de l'Union

Un problème a progressé spectaculairement en 2004 ce dont Helsinki se félicite : l'élargissement de l'Union, qui s’est enrichie de dix nouveaux pays le 1er mai. Cette réalité ne va pas sans poser, toutefois, quelques problèmes. Il reste à rassurer pleinement certains milieux syndicaux qui craignent toujours un afflux de travailleurs immigrants en provenance des futurs membres, de l'Estonie par exemple (une période de transition, discutable et discutée, est prévue), ainsi qu’une délocalisation d’activités économiques finlandaises provoquée par les législations attrayantes des « nouveaux entrants ». En outre le coût financier de l'élargissement ne sera pas négligeable, même si à moyen terme, les exportateurs nationaux trouveront des débouchés croissants à l'Est et si les solutions apportées aux problèmes d'environnement chez ces « nouveaux entrants » bénéficieront aux pays voisins. Enfin, l’arrivée en nombre de membres au niveau de vie inférieur à l’actuelle moyenne européenne fait craindre que les aides structurelles et régionales, devant aller en priorité aux zones de l’Union les plus défavorisées, voient à terme leur montant et leur proportion diminuer sensiblement pour la Finlande.

S’agissant de l’entrée prochaine dans l’Union de la Roumanie et de la Bulgarie, le cabinet Vanhanen suit de près l’évolution de la situation. Il a sans doute été attentif aux remarques de M. Rehn, le membre finlandais (en charge de l’élargissement) de la Commission de l’UE, qui en décembre 2004 constatait que les deux pays étaient encore loin de répondre aux exigences d’une entrée dans l’Union.

La Finlande reste même d’un optimisme prudent en ce qui concerne l’avenir des relations avec la Turquie, qui ne semble pas « effrayer » ses nationaux et ne télescope pas, comme cela semble le cas en France, la question de la Constitution européenne. Le Premier ministre Vanhanen s’est à plusieurs reprises déclaré partisan de jouer le jeu de la négociation et ne se réfugie pas derrière l’éventualité d’un « partenariat privilégié », refusé au départ par Ankara

- La dimension septentrionale

Le gouvernement finlandais, malgré des déclarations de principe rassurantes, semble suivre avec une attention moindre que par le passé l’évolution de son initiative de 1997 sur la « dimension septentrionale ». Avec l’entrée de la Pologne et des États baltes dans l’Union Européenne en mai, la Russie du Nord-Ouest est désormais le seul bénéficiaire de cette politique commune de l’Union. Comme toujours avec Moscou, les réalisations sont marquées du sceau de la lenteur, les Russes manquant de projets concrets à proposer rapidement à Bruxelles. Le scepticisme marque alors des points en Finlande, même si Matti Vanhanen se déclare attaché à l’initiative.

- Les problèmes de sécurité et de défense

Comme précédemment, Helsinki a accordé beaucoup d'importance aux discussions européennes sur les questions de sécurité et de défense.

Elle fixe toujours comme objectifs principaux à la PESC la gestion des crises et le maintien de la paix. Elle est impliquée, d’ailleurs, en Macédoine, et au Kosovo -où le Conseil de Sécurité de l’ONU avait désigné, en outre, à la mi-2003, l’ancien Premier ministre Harri Holkeri à la tête de l’UNMIK, administration intérimaire du pays-. Après des émeutes opposant Serbes et Kosovars, M. Holkeri a démissionné pour raison de santé au printemps 2004, et depuis lors les forces finlandaises ont vu leur effectif baisser, comme prévu avant ces péripéties.
De manière générale, Helsinki a insisté pour que les engagements pris de 2000 à 2002 et qui tendent à doter l’Union des capacités indispensables pour mener les opérations de gestion de crises soient tenus et les délais respectés. En outre, avec les Suédois, la Finlande continue à souligner la nécessité de développer ladite gestion, avec ses aspects « civils » et pas seulement militaires.

À la fin de l’année, au terme de nombreuses discussions internes et « européennes », les Finlandais envisageaient de mettre à la disposition de la force européenne de déploiement rapide, des troupes participant à deux « groupements tactiques » : avec les Suédois et les Norvégiens, d’un côté; les Allemands et les Néerlandais de l’autre.

Toutefois un problème général se pose : d’après la loi nationale, les troupes fournies par la Finlande ne peuvent participer qu'à des opérations mandatées par le Conseil de Sécurité (ou une agence humanitaire) de l'ONU ou l'OSCE. Or l'Union européenne a décidé qu'elle pourrait décider d'une opération sans mandat de l'ONU ou de l'OSCE : que fera la Finlande en ce cas ? Il lui faut sans doute modifier ses lois pour lui permettre de se joindre à de telles actions. Sur ce point, la Présidente Halonen se déclare très prudente, M. Vanhanen étant lui plus souple;

- Les problèmes de l’agriculture

Le monde agricole et la classe politique se sont penchés avec un intérêt soutenu sur l’évolution, en cours et à venir, de la Politique Agricole Commune. S’agissant d’une question très sensible et qui divise les États membres de l’UE, les Finlandais (au sein desquels, également, on relève des points de vue et des intérêts divergents, y compris entre agriculteurs de régions différentes) ont rappelé combien ils étaient attachés au maintien d’avantages -subventions et aides diverses- obtenus dans le passé -et confirmés notamment en 1999-. Ces avantages conditionnent le maintien d’un secteur agricole limité mais viable, malgré des conditions naturelles défavorables. Eux seuls permettent la « survie » d’une production nationale correspondant à des critères de qualité et aux goûts des consommateurs : l’élargissement à venir de l’Union ne doit donc pas mettre en péril ces avantages. Les compromis intervenus au Conseil européen donnent, à court terme, et dans une mesure convenable, satisfaction aux demandes d’Helsinki, mais tout laisse présager que des sacrifices seront inéluctables après 2007, compte tenu de l’élargissement de l’UE.

Surtout, des négociations entre Bruxelles et Helsinki ont eu lieu, en 2004, comme en 2003, en vue de la reconduction des aides nationales pour l’agriculture du sud de la Finlande, que ce pays voudrait voir « pérenniser » alors qu’elles sont « temporaires » (l’enjeu avoisinant, de 2003 à 2010, près de 800 millions d’euros). Après de multiples péripéties, et des conversations décisives avec le Commissaire Fischler, un compromis intervint à l’automne 2003, prolongeant pour quatre nouvelles années (2003, 2004, 2005, 2006) le système applicable au Sud; mais, en compensation, le gouvernement finlandais fut amené à consentir à l’UE quelques concessions concernant le montant global de ses aides nationales au secteur agricole. Cela créa de sérieuses tensions entre les organisations professionnelles et le Ministre de l’Agriculture (ainsi que le parti du Centre dont il est membre et qui s’est toujours voulu l’avocat zélé du monde rural) ; par ailleurs le problème de la répartition des soutiens entre le Nord et le Sud se posa avec une particulière acuité. De nouvelles modalités convenues entre Bruxelles et Helsinki en novembre 2004 devraient, on l’espère, être acceptées début 2005 par toutes les parties au différend.

- Les aides régionales et structurelles

En plus du soutien à l’agriculture accordé dans le cadre de la Politique Agricole Commune, la Finlande bénéficie de la part de l’UE d’autres financements sous forme de fonds structurels et régionaux. D’une manière générale, ces dernières formes d’aide sont, au sein du dispositif européen, appelées à occuper une place plus importante que par le passé, notamment si on les compare aux soutiens à l’agriculture. Mais elles seront réparties entre 25 États et non plus 15, et parmi les États entrants, on compte -on l’a dit- des pays moins riches (avec des régions parmi les plus pauvres de l’Union) que la Finlande et même que les zones les plus défavorisées de celle-ci. Helsinki ne peut guère espérer, dans ces conditions, bénéficier, pour sa région septentrionale, de la catégorie la plus avantageuse de concours prévus par l’Union à partir de 2007. Ce point va être discuté entre Européens, mais il sera difficile aux Finlandais de faire prévaloir leurs souhaits.

Les relations avec les pays voisins

- La Russie

Les rapports avec la Russie tiennent évidemment une place non négligeable dans la politique extérieure d'Helsinki. Le dialogue entre les responsables finlandais et le Président Poutine et son équipe est en général de bonne qualité. En visite à Moscou en mai, le Premier ministre Vanhanen a eu des conversations constructives avec son homologue M. Fradkov. Diverses questions, comme le problème d’une coopération pour l’achat de brise-glaces, les échanges technologiques ont été au centre de cette rencontre. En revanche, les problèmes délicats de la protection des investissements, ceux de la coopération énergétique, des transports d’hydrocarbures sur la Baltique, et surtout des visas n’ont pas avancé. Il n’est pas certain qu’un second voyage de M. Fradkov en octobre, même en élargissant le champ des discussions ait été plus fructueux, malgré les déclarations officielles encourageantes. La presse russe (et quelques « officiels »), tirant parti de cette quasi-stagnation, a mis en cause parfois l’intransigeance d’Helsinki qui, renonçant à être un pont entre l’Union Européenne et Moscou, s’alignerait parfois sur les positions dures de Bruxelles (ce qu’éviteraient de faire Paris, Berlin et Rome, pour les visas). En fin d’année (15 décembre), toutefois, lors d’une rencontre « au sommet » Halonen-Poutine, l’apaisement semblait de rigueur.
Il faut mentionner aussi que la politique de la Finlande est compliquée par l’appartenance, depuis peu, des États baltes, à l’Union; et qu’elle perd, au sein de cette dernière, sa qualité d’ « experte des questions russes ».

Du côté finlandais, divers cercles politiques reprocheront aux dirigeants de ne pas avoir de « politique russe », à Tarja Halonen de négliger cette région après s’y être intéressée, au gouvernement d’être incapable de sortir de la routine et d’avoir des initiatives du type de celle de la « dimension septentrionale » naguère. D’autres (à droite) accuseront les mêmes dirigeants de se laisser influencer, en ce qui concerne l’évolution des rapports avec l’OTAN, par la crainte (héritée du passé) d’éventuelles réactions russes. Même si ces critiques cachent souvent des arrière-pensées de politique intérieure, on doit constater que, s’agissant de la Russie, Helsinki n’a plus le même dynamisme que dans les années suivant son adhésion à l’Union Européenne. Et pourtant la place prise dans le commerce extérieur finlandais par les échanges avec la Russie a nettement pris de l’importance, notamment en 2004. Pour certains, si l’évolution continue au même rythme, la Russie deviendra d’ici 2010 le plus grand partenaire commercial de la Finlande.
Notons que la parution en octobre des résultats d’un sondage mettant en évidence que 62 % des Finlandais ont une attitude négative ou assez négative vis-à-vis de la Russie a jeté le trouble des deux côtés de la frontière, les plus hautes autorités d’Helsinki le commentant et tentant d’en limiter la portée.

- Les États baltes

Les visites réciproques de hauts responsables politiques (la Présidente Halonen, et les dirigeants des trois États baltes, etc.) ont été nombreuses et chaleureuses. Helsinki s’est efforcée, à maintes occasions, vis-à-vis de Tallinn, de dissiper les insinuations la visant et lui prêtant une attitude exagérément « protectrice » (de « grand frère »), émises à son encontre par certains Estoniens Estoniens.

- Le Conseil nordique

La coopération entre les cinq membres du Conseil nordique, dont on avait fêté le cinquantenaire en octobre 2002, a connu quelques nouveaux développements. Le Premier ministre Matti Vanhanen a rappelé à plusieurs reprises qu’elle figurait parmi ses priorités essentielles. Suédois et Finlandais se sont mis d’accord en septembre-octobre sur la création, dans le cadre de la gestion de crises, et de la force européenne de réaction rapide, d’un « groupement tactique », ouverte éventuellement à la Norvège.

Certes des divergences sont apparues entre États nordiques sur les institutions européennes, la PESC, la PAC, et surtout sur la crise irakienne (le Danemark, la Norvège et l’Islande, membres de l’OTAN, étant très proches de Washington, à la différence de la Suède et de la Finlande). Mais les rencontres régionales régulières, à la veille des grandes réunions de l’UE notamment, permettent, dans le respect des différences, d’éviter malentendus et interprétations erronées.

L’aide publique au développement et les rapports Nord-Sud
Depuis un certain temps (en partie en raison de la crise économique du début des années des années 90, qui fut à l’origine de lourdes coupes budgétaires), Helsinki est à la traîne des (généreux) pays nordiques en matière d’Aide Publique au Développement. Celle-ci, en 2004, n’égalait que 0,39 % du PIB. S’inspirant des conseils de la Présidente Halonen elle-même, le gouvernement a décidé de la faire passer à 0,42 % du PIB en 2006 et 0,7 % en 2010.

Par ailleurs, la Présidente avait initié en 2003 avec son homologue tanzanien un processus, repris par les gouvernements des deux pays : le processus d’Helsinki, ayant pour but de rassembler des représentants des gouvernements, des entreprises et des ONG autour de la même table afin de discuter de la mondialisation et des inégalités entre les deux hémisphères de la planète. En septembre, le ministre Tuomioja a, dans ce cadre, participé à une importante réunion de travail, présidée par son homologue tanzanien à Dar-es-Salam. Peu après, Mme Halonen présenta devant les Nations-Unies et leur Secrétaire général les résultats des recherches ainsi entreprises et proposa que cette Organisation se charge du suivi dans les années à venir.

Un article de Jacques Mer, écrit pour Info-Finlande et reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 
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