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Le Maroc appartient à la fois au monde arabe, à l’Afrique (très peu), à l’Atlantique (de plus en plus : aujourd’hui le cœur du pays est au bord de l’océan), à la Méditerranée et… à l’Europe (au moins une partie du Maroc, celle des villes).
Le Maroc est une île
Comme toutes les îles, il cultive une identité très affirmée, mais cet isolement lui a valu quelques siècles s’assoupissement après des époques brillantes. Son insularité fut relativement protectrice, son État est de loin le plus ancien de tous ceux du monde arabe et son territoire en partie montagneux n’a été totalement contrôlé par l’occupant que de 1934 à 1956.
Au nord, le détroit de Gibraltar le sépare de l’Europe. L’Espagne est visible depuis Tanger, beaucoup ont le sentiment que la traversée pourrait se faire à la nage. C’est compter sans les violents courants qui font déverser l’Atlantique dans la Méditerranée. Des dizaines de personnes y laissent la vie en tentant de rejoindre l’espace de Schengen dans des embarcations de fortune.
À l’Est, une chaîne de montagne sépare le Maroc de l’Algérie, elle a jadis entravé l’avancée des Turcs. Le Maroc fut le seul pays du monde arabe à échapper à plusieurs siècles d’occupation ottomane. Algérie et Maroc ont rarement été dans le même camps, au mieux ils s’ignorent. La frontière entre les deux pays est totalement fermée depuis 1995.
À l’Ouest c’est l’Atlantique sur lequel jadis a buté l’avancée de l’islam, même si le Maroc, par sa mosquée de Casablanca, construite à grands frais par Hassan II, se veut le phare avancé de l’islam vers l’Occident. Les Berbères ne sont pas des marins, ce n’est que depuis peu qu’ils disputent l’espace maritime aux pêcheurs espagnols. Jamais les Canaries, pourtant terres berbères à l’origine, n’ont été réclamées à l’Espagne, comme le sont Ceuta et Melilla occupées à la même époque.
Au Sud, c’est l’immense Sahara, terre d’expansion pour une dynastie frustrée d’un Grand Maroc un peu mythique et morcelée par la colonisation. Avec le temps, le Maroc digère peu à peu sa conquête que l’on ne lui dispute plus que pour la forme. Mais le désert n’est plus l’espace d’échange qu’il a été. Aujourd’hui le Sud du Sahara occidental est une sorte de bout du monde situé à 1700 km du Nord du Maroc.
Le Maroc est un carrefour
Le Maroc est un pays d’Afrique du Nord, situé à la porte de l’Europe. Il est rattaché à l’Orient par sa culture arabo-islamique qui lui fut transmise au VIIIe siècle, tout en étant un pays d’Occident (Maghreb, en arabe) tourné vers l’Atlantique. La plupart des dynasties qui ont dirigé le Maroc, y compris l’actuelle, sont originaires du Sud. Tels sont les quatre axes de sa politique étrangère.
Le Maroc a été un bastion de l’Occident, protecteur avec l’Espagne et le Royaume-Uni (Gibraltar) d’un passage maritime essentiel pour le commerce, comme pour la défense de l’Occident. Le Maroc ne pouvait pas être autre chose qu’un allié fidèle de l’Occident. Le roi Hassan II a qui tout devait être pardonné a très habilement (et loyalement) joué ce rôle qui lui était confié. On l’encouragea à s’étendre vers le Sud de façon à éviter toute velléité d’ouverture de l’Algérie (alliée de l’URSS) sur l’Océan. Un État sahraoui vassal lui aurait permis d’encercler le Maroc. Le conflit non résolu du Sahara occidental est un vestige de cette époque et la population sahraouie sacrifiée à des enjeux géopolitique qui la dépasse. La guerre froide appartient au passé et l’image respectable de la monarchie marocaine s’est effondrée en même temps que le mur de Berlin. Les survivants du bagne de Tazmamart ont été libérés l’année même de la disparition de l’URSS.
Au Nord, le détroit n’a jamais été une frontière, même depuis la signature des accords de Schengen. L’Europe a toujours débordé sur le Maghreb, de la même manière que le monde arabo-islamique a considérablement influencé l’Europe. L’actuel Languedoc a été arabe pendant un siècle (le VIIIe) et la moitié de l’Espagne pendant au moins demi-millénaire. Les premiers berbéro-arabes sont arrivés en 711, les derniers sont partis en 1492. Au même siècle, Espagnols et Portugais étaient déjà présents sur les côtes du Maroc. Les agressions n’ont ensuite jamais cessé, mais l’occupation (par la France et l’Espagne) n’a été totale que dans la première moitié du XXe. Des centaines de milliers d’Européens se sont installés au Maroc, après leur départ (au milieu du XXe siècle) le flux s’est inversé avec l’immigration marocaine vers l’Europe. Ils sont aujourd’hui deux millions à vivre et travailler dans l’Union européenne et chaque année le Maroc reçoit quelque deux millions d’Européens en vacances. Le Maroc fait les deux tiers des échanges commerciaux avec ses partenaires européens, comme n’importe quel pays de l’Union. Est-on vraiment sûr que la frontière de l’Europe soit jamais passé par Gibraltar ? En 1987, le Maroc, ce pays partiellement francophone, posait sa candidature à l’entrée dans la Communauté européenne. Il dut se contenter d’un accord de libre-échange avec l’UE, entré en vigueur progressivement à partir de mars 2000.
Quant aux autres axes de la diplomatie marocaine, ils sont toujours restés secondaires. Le roi du Maroc est le président du comité Al-Qods (Jérusalem en arabe) et a toujours été bien considéré par les dirigeants israéliens, mais au de-là des amitiés, le Maroc n’a jamais beaucoup pesé dans la résolution des conflits du Proche-Orient. Au sud, le Maroc entretient d’excellentes relations avec le Sénégal (lequel n’a jamais été en bon terme avec la Mauritanie). On parle aujourd’hui d’une réintégration du Maroc dans le concert africain d’où il est exclu depuis deux décennies en raison de son occupation du Sahara occidental.
BT
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La Méditerranée vue par les Marocains par le professeur Abdelmajid Kaddouri, 1999.
L'île prétexte : Espagnols et Marocains ont finalement rendu aux chèvres l'îlot de Leïla-Perejil. Mais, entre les deux pays, un lourd contentieux demeure (par Dominique Lagarde, L'Express, 25 juillet 2002)
L’option méditerranéenne : Le Souverain a donné ses instructions pour que soit étudiée la réalisation d’un grand ensemble portuaire, commercial, industriel et touristique sur la côte méditerranéenne (par Abdellatif El Aziziz, Maroc Hebdo, juillet 2002)
Carte du Maroc avec le Sahara occidental
ARSO
: l'Association de soutien à un référendum libre et régulier au Sahara Occidental. Le site d'une association pro-Saharaouie (angl.).
Les Marocains rêvent d'Europe : Plus de 100 000 Marocains tentent chaque année de traverser clandestinement le détroit de Gibraltar pour gagner l'Europe, nouvelle terre de toutes les promesses. Pour des milliers d'entre eux, ce rêve se termine tragiquement. Pourtant, le drame des noyés du détroit ne dissuade nullement de plus en plus de jeunes Marocains de tenter à leur tour l'aventure. Pourquoi partent-ils ? (par Pierre Vermeren, Le Monde diplomatique, juin 2002)
Plaidoyer pour un ministère des mers, La maginalisation du maritime. Un ministère des Affaires maritimes est indispensable à une nation dont la vocation marine s’impose d’elle même, le Maroc étant doté de côtes s’étendant sur deux façades maritimes (par Abdelkader Timoule, Maroc-Hebdo, mai 2003)
La bataille du kif : Le cannabis demeure l'« or vert » de la région malgré la vaste opération « mains propres » déclenchée dans le nord du pays par le gouvernement et les efforts de reconversion économique (par Emmanuel Saint-Martin, Le Point, 17 octobre 2003).
Bibliographie : Gibraltar : histoire du détroit
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