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L’armée turque est la seule du monde occidental à avoir gardé jusqu'en 2003 des prérogatives politiques très importantes. Par le biais du MGK, elle décide des grandes orientations de la diplomatie et fixe les règles du jeu politique en s’érigeant en gardienne du dogme nationaliste et laïc d’Atatürk. La Turquie vit aujourd’hui sous une constitution qui a été directement dictée par l’armée en 1982 et approuvée par plébiscite en 1983.

Fin juillet 2003, les députés ont voté une nette réduction du rôle politique de l'armée turque sans que celle-ci ne s'exprime dans les débats qui ont précédés le vote. Désormais le Parlement pourra examiner le budget de l'armée (particulièrement opaque), mais les enquêtes parlementaires devront rester secrètes...

Le rôle politique de l’armée

Le chef d’état-major de l’armée Huseyin Kivrikoglu (depuis août 1998), commande à 800 000 hommes et 35 000 officiers dont 300 généraux et amiraux. C’est lui qui nomme les généraux et les colonels. Il est officiellement le cinquième personnage de l’État. Dans la réalité, il apparaît comme le véritable numéro deux de l’exécutif. Aux réunions du conseil suprême de l’Otan, il ne s’assied pas derrière le ministre de la Défense, comme ses homologues des autres pays, mais à ses côtés.

En 1997, en formulant des « recommandations » sous forme d’ultimatum, l’armée était parvenue à faire chuter le gouvernement islamiste de N. Erbakan. Plus récemment, en avril 2000, alors que les députés n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur le nom d’un nouveau président, l’hypothèse d’une nouvelle intervention de l’armée a été à nouveau évoquée. La même année, un débat sur l’autorisation de la langue kurde à l’école et sur les ondes avait fait jour. Il s’est totalement interrompu le jour où le général Kivrikoglu c’est prononcé contre la moindre concession aux Kurdes.

L’armée turque est à l’origine de trois coup d’État : en 1960, en 1971 et en 1980. En 1960 et 1971, l’armée avait renversé des gouvernements conservateurs qui avaient tendance à trahir la constitution pour se maintenir au pouvoir. En 1961 une consti-tution démocratique avait été mise en place et la démocratie vite rétablie. Après 1971, un régime semi-militaire s’était maintenu jusqu’en octobre 1973 et les mouvements de gauche furent durement réprimés. Opéré dans une période de chaos politique, le coup d’État de 1980 a laissé une empreinte plus profonde : c’est un nouveau régime nettement moins démocratique qui a été mis en place et que les gouvernement civils ne sont pas arrivés à véritablement le libéraliser.

Le rôle politique de l’armée est aujourd’hui critiqué par une bonne partie de l’opinion et des élites politiques, mais aussi par les juges de la Cour suprême, notamment, son ancien président, devenu président de la République en mai 2000, Ahmet Sezer. Le rôle politique de l’armée s’exerce notamment par le biais de Conseil national de sécurité (MGK). Selon la constitution de 1980 (mise en place par les militaires), ses décisions doivent avoir un caractère prioritaire pour l’exécutif.

L’« ataturkisme », doctrine de l’armée : « Si les élèves des écoles militaires turques […] étudient une matière unique, qui n’est enseignée qu’en Turquie, l’ataturkisme, qui remplit environ 20 % de l’enseignement. Cette matière revient dans plusieurs programmes – le rôle des leaders, l’histoire de la révolution turque, l’histoire des doctrines politiques, le règlement des forces armées – qui reprennent tous les écrits et les discours de Mustapha Kemal Atatürk, le fondateur de la république turque, réunis dans un manuel en trois volumes publié par l’état-major. L’introduction de l’ataturkisme dans les programmes des écoles militaires est relativement récente : elle date du coup d’État de septembre 1980, et de la volonté des généraux de la junte de créer une idéologie nouvelle, qui ne soit ni de droite ni de gauche. Si la notion même d’ataturkisme fait sourire en Europe de l’Ouest, c’est un véritable dogme en Turquie, où les « insultes » à la mémoire d’Atatürk sont considérées comme un délit, justiciable des tribunaux. Après huit années d’un tel endoctrinement, l’officier turc se considère comme le gardien de la république, chargé de la protéger contre toutes les menaces intérieures (subversion islamiste ou communiste, séparatisme kurde) et extérieures (l’Urss en son temps, la Grèce, la Syrie, etc.). Il a un grand mépris pour les politiciens de son pays. Il a pour son drapeau une admiration sans limites. » (extrait d’un article de Chris Kuschera, l’Événement du 8 juillet 1999).

MIT (Milli istikhbarat tsikilati) : le service turc de renseignement et de sécurité.


Le rôle économique de l’armée

Il s’exerce à travers l’Oyak, société d’entraide crée en 1961 pour aider les militaires et leurs familles. Les militaires continuent de lui verser 10 % de leur salaire, mais l’Oyak est aujourd’hui un des géants de l’économie turque, actionnaire à 49 % de la production automobile de Renault en Turquie, premier producteur turc de ciment, présent dans l’industrie agroalimentaire, la banque, l’assurance, le tourisme... L'armée perçoit directement certains impôts, comme la taxe sur l'essence, qui lui donnent des revenus non soumis au vote du Parlement, mais, à partir de 2003, à son contrôle.


Son rôle géostratégique

L’armée turque est intégrée dans le dispositif de l’Otan (dont elle est la deuxième armée en termes d’effectif : 800 000 hommes). Elle contrôle deux zones essentielles du dispositif de défense occidentale : les Détroits et l’Anatolie orientale qui jouxte le Caucase et le Proche orient.

L'armée turque

Organisme chargé du enseignement

Secrétariat des industtries de défense

Direction générale de la sécurité

Bibliographie : Le militaire et le politique en Turquie

La marine turque

Un guide pour aller faire son service militaire en Turquie : un témoignage personnel (d’un soldat enthousiaste), très peu critique, mais un dossier très complet (fr.).

La Turquie trop militariste ?
(fr.) par Dominique Lagarde et Nükte V. Ortaq (L'Express, 19 avril 2001). Les Quinze voudraient que le rôle de l'armée soit revu à la baisse avant l'ouverture de négociations d'adhésion avec Ankara. Mais, pour une majorité de Turcs, elle reste un recours.


L’armée turque, un monde à part, un pouvoir exceptionnel : un reportage de Chris Kutschera (1999)

 
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