L’immigration turque, qui commence à prendre l’allure d’une diaspora, constitue la plus forte communauté étrangère en Europe : plus de 3 millions de personnes. Ce chiffre prend en compte tous les ressortissants de la république de Turquie vivant dans l’UE, qu’ils soient turcs, kurdes ou d’une autre appartenance.
La diaspora turque
Pour des raisons historiques, l’Allemagne abrite la communauté la plus importante : un peu plus de 2 millions de personnes dont un quart de Kurdes. Jusqu’à présent le nombre de naturalisés était très limité, mais avec la récente réforme du code de la nationalité allemande (janvier 2000), la situation devrait évoluer.
La Belgique (100 000 personnes), la Suisse (100 000), L’Autriche (150 000), les Pays-Bas (200 000), la France (350 000)… accueillent des communautés moins importantes. En France, ils vivent principalement dans l’Est (Alsace et Lorraine), en région parisienne (surtout à Paris, quartier du Faubourg-Saint-Denis) et dans l’agglomération lyonnaise.
Jusqu’aux années 1950, les Turcs et les Kurdes n’avaient pas de traditions d’immigrations. La première vague a débuté dans les années 1960 en provenance d’Anatolie centrale ou orientale, principalement en direction de l’Allemagne, mais aussi un peu plus tard de la France. Beaucoup sont proches de mouvement islamique conservateur.
Le coup d’État de 1980 a entraîné une deuxième vague plus urbaine et plus instruite, souvent des militants de gauche ou d’extrême gauche (TKP, Dev sol…).
Depuis le milieu des années 1980, on a assisté à la migration de beaucoup de Kurdes chassés par les combats dans leur région d’origine. Certains sont membre du PKK.
Parmi les Turcs vivant en France :
Le photographe de presse Göksin Sipahioglu, en France depuis les années 1960 fondateur en 1969 et directeur de l’agence Sipa (une des trois grandes agence de photo journalisme parisienne). L’écrivain Nedim Gürsel en France depuis les années 1970 et qui continue à écrire en turc. Le peintre Bayram (Bayram Küçük) installé à Paris, comme son prédécesseur, Abidine (Abidine Diro), arrivé à Paris dans les années 1950, où il est mort en 1993 à l’âge de 80 ans; Mirsad Türkcan, le basketteur ; Tcheky Kanryo l'acteur révélé notamment par Nikita de Luc Besson; Ece Ege, jeune créatrice de mode installée à Paris depuis le début des années 1990 ; Setrak (1931-2006), pianiste de tradition lisztienne, arrivé en France en 1946 et naturalisé en 1967…
La diaspora Ottomane
Le démantèlement de l’empire Ottoman dans les années 1918-1923 a poussé beaucoup de personne à fuir ce qui allait devenir la Turquie. La plupart sont venus en France, en premier lieu pour des raisons linguistiques. Le français était une langue de communication pour de nombreuses communautés de l’empire, en particulier à Constantinople (appelée Istanbul depuis qu’elle est devenue vraiment turque) la métropole cosmopolite de l’empire. C’est de cette ville que sont originaires l’actrice Alice Sapritch ou la famille de la journaliste française Françoise Giroud (née Gourdji).
Les Levantins avaient traditions des liens avec la France. Il s’agissait, soit de Français (souvent des Provençaux) installés dans les grands ports de Méditerranée orientale pour lesquels la France avait négocié un statut spécial au sein de l’Empire, soit des Turcs convertis au catholicisme, ce qui leur permettait de jouir de la protection de la France. Par mariage, les deux origines étaient intimement liées. Ils ont quitté l’Asie mineure avec des passeports français. On peu citer la famille Camondo, à l’origine du musée Nissim-de-Camondo à Paris, installée en France sous le second empire. La famille Lhomaka, des joailliers de Constantinople, dont descendent le poète, André Chenier et le président de la République, Adolphe Thiers. Ce dernier descend aussi d’une autre famille de négociant levantin, les Amic. L’écrivain Antonin Artaud aimait à rappeler les origines grecques (de Smyrne) de sa mère. Plus près de nous, une autre famille de Smyrne, les Balladur, a donné à la France un architecte (celui de la Grande-Motte, mort en 2002) et un Premier ministre. Le jeune Édouard, né en 1929 à Smyrne, est arrivé à Marseille en 1935. Sa mère est d’une famille levantine d’origine provençale, les racines de la branche Balladur sont à chercher dans le Nakhitchevan, un ancien territoire perse, aujourd’hui en Azerbaïdjan, proche de l’Arménie. Les Arméniens les revendiquent comme étant des leurs sans que cela ne soit certain. L'un des neveux d'Edouard Baladur est citoyen turc.
Les juifs Sépharades ont quitté eux aussi l’empire ottoman finissant. On peut citer les fameux romanciers Albert Cohen (1895-1981) ou Élias Canetti (1905-1994)… Pour s’en tenir au territoire de l’actuelle Turquie, on peut mentioner les artistes de variétés Dario Moreno (de Smyrne) ou Ray Ventura (de Constantinople) venu faire carrière en France où il fonda son groupe Les collégiens. Il collabora avec des stambouliotes comme Paul Misraki (Misrachi de son vrai nom) à qui nous devons Tout va très bien madame la marquise, un des grands succès du music-hall français. Deux Arméniens de Paris étaient dans l’orchestre, les frères Aslan…
Les Arméniens forment le gros contingent des réfugiés des années 1915-1924. On peut citer Achod Malakian, devenu le réalisateur Henri Verneuil, ou Missak Manoukian, le chef de la résistance à Paris en 1943 et fusillé l’année suivante. Tous deux sont arrivés à Marseille en 1924 avec leur famille et peu de bagages, comme des centaines de milliers d’autres… Voir la fiche Diaspora arménienne.
Les Assyro-Chaldéens forment la communauté la plus discrète. Ils sont 12 000 en France (beaucoup vivent à Sarcelle en banlieue parisienne), un millier en Belgique et 80 000 aux États-Unis. Ils ont émigré pour les mêmes raisons que les Arméniens et à la même époque. En France, on peut citer l’universitaire Joseph Yacoub, spécialiste des minorités et des chrétiens orientaux en particulier.