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La Turquie, candidate à l’entrée dans l’Union Européenne, est encore régulièrement épinglée pour son peu de respect des droits de l’homme. Même si des progrès récents sont à noter en matière de liberté d’expression notamment, la Turquie a encore fort à faire pour conformer sa législation et surtout ses pratiques à celle d’un pays respectueux des droits et des libertés publiques.

La torture

Sa pratique demeure courante et les tortionnaires (généralement des policiers ou des gardiens de prison) ne sont pratiquement jamais poursuivis. Au cours de la décennie 1990, plus de 4 000 cas de torture ont été signalés.

« Voici quelques-unes des méthodes de torture utilisées : le détenu est sauvagement passé à tabac, on le déshabille entièrement, on lui bande les yeux, on l’expose à un jet d’eau glacée sous pression, on le pend par les bras ou par les poignets préalablement ligotés dans le dos, on lui inflige des décharges électriques, on le frappe sur la plante des pieds, on le menace de mort, on lui fait subir des violences sexuelles, y compris le viol. Les victimes sont aussi bien des enfants et des femmes que des personnes âgées, de simples villageois, des militants politiques et des personnes socialement défavorisées. Plusieurs personnes seraient mortes des suites de tortures. »
Extrait du rapport d’Amnesty International, édition 2000.

Octobre 2000, une révolte des prisons a éclaté (plusieurs centaines de grévistes de la faim) pour protester contre le transfert des prisonniers politiques des grands dortoirs de ce cents personnes vers des cellules de 2 ou 3 prisonniers. Le but des autorités turques est de briser l’influence des organisations politiques (le plus souvent d’extrême gauche) qui font la loi dans les dortoirs (au mépris des « libertés » individuelles. De leur côté, les prisonniers craignent que leur isolement ne favorise les mauvais traitements et tortures à leur encontre. La torture est courante dans les prisons turques et les prisonniers d’opinion nombreux.

Un an et demi plus tard, une cinquantaine de prisonniers politiques avaient succombé à leur grève de la faim. Plusieurs centaine d'entre eux, très affaiblis, ont été discrètement relaché pour raisons médicale. Dans le but de décourager l'usage de la torture, une mesure a été adoptée en mars 2002, forçant les fonctionnaires responsables à payer eux-mêmes les compensations fréquemment octroyées aux victimes par la Cour européenne des droits de l'homme.


Les violences politiques

Selon l’IHD, Fondation turque pour les droits de l’homme (Insan haklari dernegi), les escadrons de la mort (faili meçhul cinayet) sont à l’origine de quelque 4 700 assassinats « non élucidés » et de 2 000 « disparitions » au Kurdistan turc dans les années 1992 à 1997.

En mai 1998, le président de l’IHD, Akin Birdal, a réchappé miraculeusement à un attentat. Son corps a été criblé de huit balles. En octobre 1999, A. T. Kislali, universitaire et ancien ministre de la culture était assassiné.

Amnesty International signale le harcèlement dont ont été l’objet les « mères du samedi », contraintes en 1999 de renoncer à manifester comme elles le faisaient depuis quatre ans en faveur des « disparus ».

Au Kurdistan, la violence a nettement baissé d’intensité depuis un an, mais on signale toujours un certain nombre d’exécutions extrajudiciaire.


La peine de mort

Ella a été abolie en août 2002 par l'Assemblée nationale turque afin de répondre aux demande de l'UE qui en avait fait un prélable à toute demande d'adhésion.

La peine de mort n'était plus appliquée depuis 1984, mais elle continuait d’être requise. En août 2002, une quarantaine de condamnés à mort attendaient dans les prisons turques que l’on statue sur leur sort. Parmi les derniers condamnés à mort : Abdullah Öcalan, chef du PKK, enlevé à l’étranger (Kenya) par les forces de sécurité turques et condamné à l’issu d’un procès inique (1999).


Les délits d’opinion

La législation turque a connu un léger assouplissement en 1999 qui a permis de faire sortir de prison des personnes condamnées pour délit d’opinion (ceux qui s’étaient exprimés dans les médias et sous réserve qu’il ne récidive pas dans les 3 ans), comme le sociologue Ismaïl Besikci condamné à plus d’une centaine d’année de prison pour ses écrits « séparatistes », ou encore l’écrivain Esber Yagmurdereli, condamné à 23 ans de prison… Des journalistes, des écrivains ou des éditeurs sont toujours en prison pour leur propos ou leurs écrits.

En juillet 2000, l’ancien Premier ministre islamiste, Necmettin Erbakan était condamné à un an de prison pour un de ses discours en s’appuyant sur la base du fameux article 312 du code pénal au centre de tous les débats en Turquie. L’abolition de cet article est indispensable si la Turquie veut pousser plus loin ses négociations d’entrée dans l’UE.

En août 2002, l'abolition des obstacles légaux à l'éducation et à la diffusion en langue kurde, la levé certaines restrictions rendant l'organisation de manifestations difficile et la fin de peines pour critiques envers l'armée constitue autant progrès certains que l'on attend de voir traduit dans les faits.

En juin 2003, le parlement avait décidé d'abolir le fameux article 8 de la loi qui permet de condamner des intellectuels à des peines de prison pour « propagande séparatiste ». Le président Sezer a opposé son veto à cette abolition.


La mémoire du génocide arménien

Bien que la répression et les massacres visant les Arméniens aient été perpétrés par l’empire Ottoman et non la république de Turquie, le sujet reste tabou. Il n’est pas question actuellement pour les autorités turques de reconnaître le caractère génocidaire des massacres visant la communauté arménienne en 1915 sous le gouvernement Jeune Turcs. La crainte de la Turquie est de se voir réclamer des indemnités comme ont dû en payer l’Allemagne et l’Autriche à l’égard des juifs et des Tsiganes.

En 1919, sous l’impulsion des Britanniques qui occupaient Istanbul, trois tribunaux ont été chargés de juger les auteurs des exactions et de les condamner. À l’époque on ne parlait pas encore de génocide, le terme lui-même n’existait pas.

En 1921 ces cours ont été abolies et leurs conclusions annulées. Les condamnés ont été réhabilités en 1923 à la faveur du traité de Lausanne.

La notion de génocide été évoquée pour la première fois en 1945 à propos de l’extermination des juifs d’Europe par le régime nazi (lors du procès de Nuremberg). Elle a été adoptée officiellement en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies et ratifié par la Turquie.

Ce n’est qu’en 1985 que la notion de génocide a été officiellement appliquée aux massacres des Arméniens de l’empire Ottoman par la sous-commission des droits de l’homme des Nations unies.

Le génocide arménien a été ensuite reconnu par le Parlement européen (1987) puis par le parlement grec, la douma russe (1995), le Sénat belge, le Vatican, le parlement Italien (nov. 2000), l’Assemblée nationale française (18 janvier 2001). Chacune de ces reconnaissances ont provoqué les foudres des autorités turques. Leurs pressions sur le président Clinton ont forcé le Congrès américain à abandonner une démarche similaire.

En Turquie, les mentalités évoluent peu à peu. Si la grande majorité de l’opinion publique est farouchement hostile à toute évocation du génocide, la première commémoration non-officielle a été organisée en mai 2000 à Istanbul. Elle était organisée par la fondation Beksav regroupant des démocrates turcs.

Le jeunes de prisonniers (fr.)

Grève de la faim, pour qui ? pour quoi ? (fr.) un reportage de Chris Kutschera (2001)

Bibliographie : La Turquie conteste : Mobilisations sociales et régime sécuritaire

 
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