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  Turquie
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L’islam est la religion dominante : plus de 99 % des habitants de la Turquie sont issus d’une famille musulmane. Les trois quarts d’entre eux sont musulmans sunnites et un quart, alévis (une branche du chiisme). Les petites minorités chrétiennes ou juives ne sont que les vestiges de communautés plus importantes qui vivaient sur le sol de l’actuelle Turquie jusqu’au début du XXe siècle.

Schématiquement, la population se divise en un pôle laïque, un pôle sunnite conservateur, marginalement islamiste et un pôle alévis plus ou moins pratiquant, généralement tolérant et progressiste.

Un État laïque ?

La hiérarchie religieuse intégrée dans la bureaucratie ottomane a disparu avec l’ancien empire. En 1924, après avoir instauré la république, Mustapha Kemal a aboli le Califat (l’autorité suprême de l’islam, que les grecs détenaient depuis la prise de La Mecque par les armée ottomane en 1517. Le futur Atatürk a laïcisé l’enseignement, interdit les confréries islamiques (1925) et remplacé la législation d’inspiration coranique par des codes emprunté à des pays occidentaux (la Suisse pour le code civil). Depuis 1928, l’islam n’est plus religion d’État…

Au cours du dernier demi-siècle, l’islam (dans sa version sunnite) a été peu à peu réintroduit par le biais de l’État. Des cours de religions ont réapparu dans les écoles primaires publiques en 1949. L’arabe a été à nouveau autorisé pour l’appel à la prière (1950), les confréries religieuses sont peu à peu sorties de la clandestinité. Des partis politiques d’inspiration islamique sont nés. Dans les années 1970, trois gouvernements ont accueilli des ministres islamistes (dont Necmettin Erbakan)…

Le renforcement de l’islam par le pouvoir turc est surtout le fait de la junte militaire qui a pris le pouvoir en 1980. Dans le dessein de lutter contre le progrès des idées de gauche, le gouvernement militaire a misé sur les islamistes. La constitution de 1982 rend obligatoire l’enseignement coranique (dans sa version sunnite exclusivement) dans toutes les écoles et collèges public. Le gouvernement multiplie les autorisations d’ouverture d’école religieuses (officiellement prévu pour former des imams). En 1986, est promulguée une loi interdisant le blasphème sous peine de prison…

Il a fallu les victoires électorales des islamistes en 1994 et 1995, et la formation du gouvernement de Necmettin Erbakan en 1996, pour que l’armée, organisation tutélaire du régime turc, retrouve ses accents kémalistes et engage le combat contre les islamistes. Le débat s’est porté sur le thème du foulard islamique (interdit par la loi) et surtout le poids des écoles religieuses (imam hatep) qui accueillent aujourd’hui plus d’un demi-millions d’élèves. La loi sur l’éducation de septembre 1998, inspirée par le MGK, rend obligatoire 8 ans d’enseignement (au lieu de 5) dans le secteur public…

En juillet 2000, N. Erbakan est condamné à la prison pour « incitation à la haine raciale et religieuse ». En septembre 2000, Huseyin Kivrikoglu, chef d’état-major de l’armée, a appelé le gouvernement à procéder d’urgence à une purge des « milliers » de fonctionnaires islamistes, qui selon lui « sapent les fondements laïcs » de l’État. De son côté, l’islam officiel (sunnite) reste sous la tutelle et la protection de l’État qui par le biais de la Direction des affaires religieuses, gère les mosquées, nomme les imams et finance les manifestations religieuses. La laïcité prônée par Atatürk est bien loin.

La construction de salle de prières (mescit) au sein des habitations privées ou des entreprises est aujourd'hui encouragé par le gouvernement officiellement au nom de la « liberté de culte » que réclame l'UE dans la perspective d'une adhésion. L'armée et les milieux laïques s'inquiètent de cette prolifération de mosquées non-controlées par l'État.

L’islam sunnite

C’est la confession des trois-quarts des habitants de la Turquie (Turcs et Kurdes). Par ses liens avec le pouvoir, il fait figure de religion officielle. Dans sa majorité, il est relativement puritain, nationaliste et conservateur, mais peu tenté par l’islamisme. Certains musulmans sunnites adhèrent à des confréries dont l’existence est semi-officielle :

- Les Nakshibandis : la plus importante (elle a été fondée au XIVe siècle à Boukhara et étend son influence de la Chine aux Balkans). Face à un État « laïque », elle insiste sur le retour à l’islam dans la vie individuelle et sociale. Elle des liens avec l’Arabie Saoudite et s’est engagé en politique du côté des conservateurs. Le Premier ministre, Turgut Özal fut l’un de ses membres les plus illustres. Depuis elle est partagée entre un soutien à l’ANAP et au parti islamiste.

- Les Nurcus : les partisans de Saïd Nurci qui s’était opposé aux réformes de Mustapha Kemal dans les années 1920. Son influence s’étend aussi à l’Asie centrale. Politiquement, ils soutiennent plutôt le DYP.

- Les Süleymanci : à l’origine un réseau de cours coraniques clandestines dans les années 1950. Elle est très influente dans l’immigration, en particulier en Allemagne autour de l’Union des centres islamiques. Elle a créé des formations paramilitaires en collaboration avec l’extrême droite (le MHP).

- Le Milli Görüs (« Vision nationale », fondé en 1969 par Necmettin Erbakan)  : c’est la branche européenne du parti islamiste turc, bien implanté dans la diaspora turque en Allemagne (sous le nom d’Union turque d’Europe) et mal vue des autorités d’Ankara.

Hors du champs religieux : La Franc-maçonerie

Née au XVIIIe siècle à l'initiative de Français et Anglais installés dans l'Empire ottoman, elle compte aujourd'hui 14 000 membres de trois obédiences. Les maçons turcs ont joué un rôle important après la Première Guerre mondiale dans la construction de la République laïque de Mustafa Kemal. Elle cristallise la haine des islamistes. Un attentat-suicide contre une loge maçonnique a fait deux morts mars 2004.

Bibliographie

La Turquie moderne et l'islam

Religion de Turquie, religions des Turcs : nouveaux acteurs dans l’Europe élargie

Les mouvements islamiques turcs à Paris

Acteurs de l'islam entre Allemagne et Turquie
par Valérie Amiraux

L’Islamisme turc par Jean-Pierre Touzane

La République laïque de Turquie trois quarts de siècle après sa fondation par Atatürk

Secrets et sociétés secrètes en islam. - Turquie, Iran et Asie centrale, XIXe-XXe siècles. Franc-Maçonnerie, Carboneria et confréries soufies


L'autre Turquie : Le mouvement aléviste et ses territoires

Les Alévis : Les alévis. processus identitaires stratégies et devenir d'une communauté " chiite " en Turquie dans l’Union européenne

Études Kurdes n° 3 : un numéro de la revue consacré principalement aux alévis de Turquie

Islam institutionnel, islam parallèle De l'Empire ottoman à la Turquie contemporaine (XVIe-XXe siècles)

Une petite mosquée du XVe siècle à Iznik


La mosquée bleue d'Istanbul.


Haci Bayram Veli (1352 - 1429) : Philosophe mystique, turc. Il a fondé l'ordre religieux de Bayramilik et a défendu la croyance d'après laquelle Dieu apparaît dans le cœur des hommes. (fr.)

Grand débat en Turquie sur islamisme et laïcité (fr.) par Par Timour Muhidine, Le Monde diplomatique, octobre 1994.

La mosquée d'Edirne.

La Direction des Affaires religieuses

 
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