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Une mosaïque de peuples

On raconte que les Turcs viennent d’Asie centrale et qu’ils ont commencé à s’installer en Anatolie à partir de la fin du XIe siècle. En battant les armées byzantines à Mentzikert (situé aujourd’hui aux confins de la Turquie et du Caucase) en 1071, les Turcs seldjoukides ont pu pénétrer en Anatolie. Des Turcs, de différentes tribus et de diverses origines, sont arrivés par vagues successives au cours des siècles qui ont suivi.

Ces populations nouvelles ne sont pas venues se substituer aux autres. Ce n’est qu’au début du XXe siècle (entre 1915 et 1923 précisément) que des populations entières ont disparu du sol de la Turquie actuelle, soit chassées, soit massacrées. Jusque-là les Turcs s’étaient largement mélangée aux populations autochtones. Dès le XIe siècle, de nombreux chrétiens se sont convertis à l’islam pour échapper aux tracasseries de l’administration byzantine. Plus tard quand le pouvoir turc a contrôlé toute la péninsule Anatolienne, la conversion à l’islam était une façon de s’intégrer à la population la plus favorisée, de payer moins d’impôts, de pouvoir envisager une carrière dans l’administration ou dans l’armée… Cette stratégie opportuniste a concerné tous les territoires occupés par les Turcs à l’époque de l’empire Ottoman, en particulier les Balkans. Si bien que quand les Ottomans ont perdu ces territoires, au XIX e ou au début du XXe siècle, des populations musulmanes et turcophones ont été chassées vers l’actuelle Turquie sans pour autant être forcément d’origine turque.

Les Albanais se sont massivement convertis à l’islam et ont activement collaboré avec le pouvoir ottoman. Il y a aujourd’hui autant d’Albanais en Turquie que dans leur pays d’origine (environ 3 millions selon certaines estimations) d’où les liens étroit qui unissent ces deux pays.

Les « Turcs » de Bulgarie ont quitté ce pays en plusieurs vagues. La première, plusieurs centaines de mille au moment de l’indépendance bulgare (1877), la famille de C. Bayar, futur président de la république turque, en faisait partie. Entre 1950 et 1968 ce sont quelques 300 000 « Turcs » qui sont transférés en Turquie avec l’accord des deux gouvernement. Entre 1989 et 1992, ils sont encore 300 000 à fuir la politique nationaliste du gouvernement bulgare. La moitié des migrants de la dernière vague a aujourd’hui regagné la Bulgarie ou émigré plus à l’Ouest, mais la communauté turque originaire de Bulgarie reste forte de plusieurs centaines de milliers de membres.

On peut aussi citer les nombreux musulmans bosniaques installés en Turquie depuis un siècle (surtout dans la région de Bursa), les Turcs venus de Macédoine, les 650 000 « Turcs » de Grèce chassés en 1923, les 120 000 « Turcs » de Yougoslavie arrivés en 1945, des Valachophones de Thessalie, les dizaines de milliers de Grecs musulmans de Crète chassés vers la Turquie…

La Turquie, au cours des XVIIIe et XIXe siècle, a aussi accueilli des Tatars de Crimée (environs un million entre 1783 et 1914), des musulmans du Caucase par centaines de milliers : Circassiens et Tcherkesses (quelques centaines de mille fuyant les Russes dans les années 1859-1864), Tchétchènes (1,5 million, plus nombreux aujourd’hui en Turquie qu’en république de Tchétchénie), Azéris (de 1 à 3 millions de personnes selon les estimations), Lazes (220 000 en 1920)… On a même vu arriver des Turcs du Xinjiang chinois, installés en Anatolie par le gouvernement turc dans les années 1950.

Les seuls à prétendre descendre directement des tribus turques arrivées en Anatolie au moyen âge sont les quelque 300 000 Yürük, littéralement « ceux qui marchent », ces nomades qui parcourent encore les routes de Turquie. On peut aussi ajouter les Turkmènes de Turquie orientale…

La Turquie d’aujourd’hui est un melting-pot de populations, turques, ou turquisées, ou encore seulement turcophones ou musulmanes originaires de régions occupées par les Ottomans… Auxquels il faut ajouter ce qui reste des populations autochtones : des Arméniens (officiellement 70 000), des Grecs (3 000), les Arabes d’Alexandrette (Iskenderum)… et bien sûr les quelque 12 millions de Kurdes dont seule une partie, vivant à l’ouest, s’est fondue dans le creuset turc.

La Turquie est une mosaïque de peuples, l’écrivain Yachar Kemal en compte plus de 30. Il en aurait 26 selon l’ancien président Süleyman Demirel… Déjà au XIXe siècle un courrant « ottomaniste » voulait fondre toutes ces populations en une citoyenneté unique. Il faudra attendre les années 1920-1930 et le pouvoir de Mustapha Kemal (Atatürk) pour y parvenir en partie. Mais cette nation turque n’a pu se construire qu’après la soustraction des minorités chrétiennes (Arméniens et Grecs) et juives, et l’oubli des populations du sud-est du pays simplement qualifié de « Turcs des montagnes », en fait des Kurdes non intégrés dans cette nation turque qu’Atatürk, et ses successeurs, voulait moderne et laïque.

La république mise en place par Atatürk est encore marquée par le traumatisme de l’empire Ottoman, mort de la révolte des populations dominées par les Turcs. L’idée subsiste au sommet de l’État que si l’on donne trop de liberté aux minorités, elles finiront par se retourner contre l’État, d’où la politique de répression de la seule minorité importante qui ose affirmer son identité : les Kurdes.

 
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