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  Turquie
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La question kurde

C’est la grande lacune du kémalisme. La nation moderne et laïque rêvée par Atatürk n’a pas réussi à intégrer la partie de la population kurde qui demeure sur son territoire d’origine, le sud-est du pays. L’identité nationale kurde est récente, elle est d’abord né d’un sentiment de solidarité de tribus rivale face à un État turc hégémonique, mais elle est surtout le fruit de la répression.

L’attitude des autorités turques a été pendant des années de nier purement et simplement l’identité de cette population en la qualifiant depuis 1938 de « Turcs des montagnes », tout en laissant le Kurdistan s’enfoncer dans le sous-développement.

Une bonne partie des Kurdes (peut-être la moitié des 12 millions de Kurdes) s’est déjà intégrée dans la nation turque par conviction, opportunisme ou crainte de représailles. Du fait de exode rural, Istanbul est aujourd’hui la plus grande ville kurde, avec deux millions de ses habitants appartenant à cette communauté. Des Turcs d’origine kurde appartiennent à l’intelligentsia turque, certains ont accédé aux plus hautes fonctions de l’État : généraux, ministres et même présidents de la République (le général Gürsel, Turgut Özal...)

Il a fallu attendre le début des années 1990 pour que la république de Turquie reconnaisse le fait ethnique kurde. Le président Turgut Özal, lui-même, a opéré une sorte de « coming out » quand il révéla ses origines kurdes, encourageant un certain nombre de personnalités à faire de même. Depuis cette époque, la question kurde n’est plus un sujet tabou dans les médias, l’usage privé de la langue kurde a été peu à peu toléré, puis officiellement autorisé en 2002. Mais la défense de l’identité kurde n’est pas sans risque : en 1995 Yachar Kemal, le grand écrivain turc d’origine kurde était l’objet de poursuite pour « propagande séparatiste » pour avoir dénoncé la répression visant les Kurdes.

Le successeur du président Özal, Süleyman Demirel, pourtant lui aussi issu d’une famille kurde, a opéré un retour en arrière en laissant l’armée ratisser le Kurdistan. En 1994, le PKK a rompu sa trêve et repris sa lutte armée commencée en 1984. Depuis cette date, le conflit a fait 37 000 morts et plus de 2 millions de villageois déplacés dont les villages ont été brûlés par les forces armées. Les pires années ont été celle des gouvernements Tansu Ciller dont les « escadrons de la mort » d’extrême droite ou du Hezbollah (ou des deux à la fois) on fait des milliers de morts parmi les élites kurdes. De son côté, le PKK se vengeait sur de simples instituteurs, perçus comme des représentants de l’État turc.

Depuis l’arrestation d’Abdullah Öcalan en 1999, les violences ont baissé de 90 %. Le PKK a annoncé l’abandon de la lutte armée début 2000, mais la répression continue : trois maires d’un parti kurde modéré, élus en avril 1999 ont été arrêté en février 2000. Le résultat de ces quinze années de conflit est l’émergence d’une véritable conscience kurde, même au sein de populations occidentalisées vivant à l’Ouest de la Turquie et déjà bien intégrées dans la nation turque.

En mars 2003, en pleine crise irakienne, les autorités turques ont prononcé l'interdiction du Hadep et de sa coalition électorale le Dehap, en les accusant de liens avec le PKK.

« Le printemps kurde est une réalité. Pour le Newroz, la fête du nouvel an, le 21 mars 2005, de grands artistes d'Istanbul ou Ankara sont venus exposer leurs oeuvres à Diyarbakir et des centaines de milliers de personnes ont assisté sans incident à un immense rassemblement aux portes de la ville. Partout flottaient les couleurs kurdes, ce qui auparavant était passible de prison. Les cas de mauvais traitements dans les commissariats sont devenus plus rares et ne sont plus totalement impunis. » (extrait d'un article de Marc Semo, Libération, 19 mai 2005)

À l'automne 2012, des pourparlers de paix sont engagés par le gouvernement avec le PKK pour mettre un terme à une rébellion qui a fait 40 000 morts depuis 1984.

En septembre 2015, après plus de deux ans de cessez-le-feu, le conflit kurde a repris et sonné le glas des négociations avec le PKK. Les combats meurtriers entre les forces de sécurité turques et les rebelles ont fait de nombreuses victimes dans les deux camps, tué des dizaines de civils et provoqué l'exode de dizaines de milliers d'autres dans le sud-est à majorité kurde du pays. Un groupe radical et dissident du PKK a perpétré en février et mars deux attentats à la voiture piégée qui ont fait plus d'une soixantaine de victimes à Ankara.

Fin 2015 et début 2016, M. Erdogan a multiplié les arrestations et les poursuites judiciaires contre les partisans de la cause kurde, avocats, intellectuels, journalistes ou élus, considérés comme des « complices » des « terroristes ». Le régime turc, depuis la victoire électorale d'Erdogan à l'automne 2015, a pris un tournant nettement autoritaire qui n'a fait qu'envenimer les relations avec la Kurdes, même les moins combatifs d'entre-eux.


La question arménienne

Elle se pose à l’extérieur du pays. Une petite communauté arménienne vit aujourd’hui en Turquie sans problèmes majeurs si ce n’est une obligation de discrétion. Elle est évaluée aujourd’hui à 70 000 personnes, mais pourrait s’avérer plus importante le jour où les tabous la concernant tomberont. Les Arméniens étaient plus de 2 millions au début du XXe siècle, soit 15 à 20 % de la population de l’époque sur le territoire actuel. Cette communauté a presque disparu, 40 à 50 % sont morts dans les années 1915-1917, les autres ont fuit vers le Caucase, la Syrie, la France, voire les États-Unis. On notera l’arrivée à Istanbul de quelques milliers d’Arméniens fuyant la misère en république d’Arménie au cours des années 1990. La plupart sont des immigrés clandestins en Turquie.

Que s’est-il passé ? En mars 1915, les autorités turques décident de déporter toutes les populations arméniennes de l’est de l’Anatolie vers les déserts de Mésopotamie et de Syrie. L’argument avancé est que l’empire Ottoman est en guerre contre la Russie et que les Arméniens de l’empire semblaient prêts à se ranger du côté des Russes. N’y a-t-il pas des Arméniens, sujets du tsar, dans les rangs de l’armée russe ? Des colonnes de centaines de milliers de déportés ont cheminé à pied sur des centaines de kilomètres, décimées par la famine et les attaques de commandos turcs ou kurdes. Les Turcs font valoir qu’au cours de ce conflit, les musulmans, Turcs ou Kurdes ont été aussi nombreux à périr. Ce sont les conditions de guerre de l’époque qui sont responsables d’une telle mortalité affirment ceux qui récusent l’idée d’une volonté turque de génocide envers les Arméniens, comme envers les Assyro-Chaldéens qui ont subi le même sort.

Certains fait précis laisse penser le contraire. Les Arméniens évoquent la rafle du 24 avril 1915 à Istanbul qui vise, non des révoltés potentiels, mais l’élite arménienne de la capitale, pourtant liée au pouvoir. 2 345 personnes, écrivains, médecins, ecclésiastiques, professeurs, élus… sont arrêtés le même jour, déportés et mis à mort. À la même époque dans l’armée, les conscrits arméniens sont mis à l’écart, désarmés et fusillés. Il y a bien eu sélection des victimes, donc génocide. Les déportations de l’Est anatolien ne seraient donc qu’une opération de « purification ethnique » de grande envergure sous couvert de conflit mondial ? Il est un fait que les déplacements de population ont aussi concerné des régions situées loin du front, comme la Cilicie, autre grande région arménienne.

Des prémices de ce génocide avaient eu lieu bien avant la guerre, en 1894-1896 la répression d’une révolte paysanne avait fait 300 000 morts, puis en Cilicie en 1909, 30 000 morts. Déjà à l'époque, des observateurs avaient noté le caractère sélectif des massacres. Les derniers ont eu lieu en 1922, lors de la prise de Smyrne (Izmir) par les armées turques.

Combien y-a-t-il eu de victimes ? Les autorités turques actuelles reconnaissent 300 000 morts arméniens. Gilles Veinstein, historien français récusé par les Arméniens pour sa négation du caractère génocidaire des massacres de 1915, estime le bilan à 600 000 victimes arméniennes. Les historiens sérieux s'accordent sur le chiffre d’un million à un million et demi de morts.

Aujourd’hui, le problème de la réalité ou non du génocide arménien est, pour la Turquie, une question de politique étrangère. Va-t-on lui imposer cette reconnaisance comme préalable au processus d'intégration à l'UE ? À l’intérieur du pays, le sujet est tabou depuis la réhabilitation des responsables du génocide en 1923. Néanmoins, ces toutes dernières années, des voix turques encore marginales commencent à s'élever pour que la Turquie regarde son histoire en face...

Le pouvoir turc n'a pas saisi l'occasion des commémorations du centenaire du génocide arménien, en avril 2015, pour une reconnaissance des de la réalité des faits qui aurait normalisé les relations avec la minorité arménienne.



Les autres minorités

Avec les Arméniens, ces petites communautés forment la minorité chrétienne de Turquie. Il y a aussi une petite communauté juive sépharade.

- Les Grecs : 1,2 millions de grecs ont été contraints de quitter l’Asie mineure en 1923 soit 10 % de la population vivant à l’époque sur l’actuel territoire de la Turquie. Officiellement, ils ne seraient plus aujourd’hui que 3 000…

- Les Assyro-Chaldéens : ne sont plus que quelques dizaines de milliers en Turquie (beaucoup plus en Irak). Ils ont été victimes du même génocide que les Arméniens et ont essaimé en une petite diaspora.


L’expression politique des minorités

Il est sévèrement réprimé. Selon l’article 81 de la loi sur les partis politiques (24 avril 1983), les partis politiques :

a) ne peuvent affirmer qu'il existe sur le territoire de la république de Turquie des minorités fondées sur une différence nationale ou religieuse, culturelle ou confessionnelle ou raciale ou linguistique;

b) ne peuvent avoir pour objectif ni mener des activités visant à saper l'unité nationale en créant des minorités sur le territoire de la république de Turquie par la protection, le développement et la diffusion d'une langue et d'une culture autres que la langue et la culture turques.

Akin Birdal, le président de l’IHD, a été condamné en 1998 à deux fois un an de prison pour avoir simplement utilisé dans deux discours de 1995 et 1996, les termes de « peuple kurde ».

En août 2002, le parlement turc a levé les obstacles légaux à l'éducation et à la diffusion en langue kurde.


Bibliographie



La question kurde

Les Kurdes et leur histoire

La Question kurde

Le Défi kurde ou Le rêve fou de l'indépendance

La Question kurde

L'Origine de la question kurde

Le mouvement national kurde


La Prison n° 5


Les réfugiés kurdes d'Irak en Turquie

Mobilisations et enjeux des migrations de Turquie en Europe de l'Ouest

Études Kurdes n° 3 : Un numéro de la revue consacré principalement aux alévis de Turquie

Les alévis : Les alévis. processus identitaires stratégies et devenir d'une communauté « chiite » en Turquie dans l’Union européenne

Le Kurdistan : guide Littéraire



Le génocide arménien


La Politique du Sultan : Les massacres des Arméniens de 1894-1896

Les Massacres de Diarbékir

1915, le génocide des Arméniens

100 réponses sur le génocide des Arméniens

Opération Némésis : Les vengeurs arméniens

La Dette de sang : Un Arménien traque les responsables du génocide

Le massacre des Arméniens, Le meurtre d'une nation (1915-1916), un ouvrage de 1916

Le Golgotha de l'Arménie mineure , le destin de mon père

Le Golgotha arménien, Berlin-Deir es-Zor (avril 1916-janvier 1919)

Les chrétiens aux bêtes : Souvenirs de la guerre sainte proclamée par les Turcs contre les chrétiens en 1915

Jours de cendres à Istanbul : Un témoignage de la rafle du 24 avril 1915 à Istanbul marque le début du génocide arménien

Le Génocide des Arméniens

La province de la mort : Archives américaines concernant le génocide des Arméniens (1915)

Le cantique des larmes Arménie 1915, Paroles de rescapés du génocide

Mémoire de ma mémoire

Ouvrez-moi seulement les chemins d'Arménie : Un génocide aux déserts de l'inconscient

L’intraduisible - Deuil, mémoire, transmission


Art


Études Kurdes n° 5 : Un numéro de la revue consacré à l’œuvres et à la vie de six peintres kurdes

Musiques de Turquie

Monuments arméniens de Haute-Arménie

Ani, capitale de l'Arménie en l'an mil

La question kurde en suspens (Le Monde diplomatique)

Bibliographie de la question kurde (établie par l'IEP de Paris en 1996).

Existe-t-il une question kurde ? : la réponse du gouvernement turc (fr.)

Le problème kurde (L'Histoire, n°235, 1999), par Hamit Bozarslan

la langue kurde : informations et bibliographie (BiblioMonde)

La position officielle du gouvernement turc à propos des Arméniens (fr.) : un dossier du ministère turc de la Culture.

Cartographie de l'espace kurde

Les contours d'un grand Kurdistan tel qu'il est revendiqué par le PKK.

Voyage interdit chez les Nomades kurdes... : un reportage de Chris Kutschera (1981)


Parution

Un recueil d'article du journaliste turc d'origine arménienne

19 Janvier 2007, Le journaliste et écrivain Hrant Dink a été assassiné à Istanbul. Il avait à maintes reprises porté en Turquie la question de la reconnaissance du génocide arménien par le gouvernement turc. Plusieurs fois assigné devant les tribunaux turcs pour ses prises de position en faveur de la vérité historique et de la défense des droits de l’homme, il se savait menacé par les milieux extrémistes turcs.

Hrant Dink, un Arménien en renaissance (fr.) Hrant Dink dirige un journal arménien. Son but : rendre sa fierté à sa communauté. Et s'il est critique envers les autorités d'Ankara, il l'est aussi envers la diaspora (Nükte V. Ortaq, L'Express, 18 avril 2002).

«  En finir avec le tabou
de la question arménienne  »
(fr.)
Même s'il n'ose encore utiliser le mot « génocide », l'historien turc Halil Berktay s'inscrit en faux contre la position officielle d'Ankara, qui nie celui-ci (L'Express, 9 novembre 2000).

La mémoire retrouvéede : Quatre-vingt-dix ans après, le tabou du génocide arménien se brise. A côté d'un discours officiel toujours verrouillé, médias et universitaires redécouvrent un passé longtemps occulté. À l'heure où le pays aspire à rejoindre l'Europe, ce débat passionné fait office de test démocratique (par Jean-Michel Demetz et Nükte V. Ortaq, L'Express, novembre 2005)

 
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