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Érythrée (L')

par

( Livre )
Karthala
Collection Les Afriques
2000, 224 p., 18.29 euros
Première édition : 1994
Auteur : Nafi Hassan Kurdi - ISBN : 286537498X

Un ouvrage assez daté, autant dans son approche qu'en raison de son année de publication

« Heureux les nostalgiques de l'histoire nationaliste des années soixante et discours qui organisaient la littérature anti-impérialiste de ces années perdues ! La lecture du livre de Nafi Hassan Kurdi les comblera d'aise. Ils retrouveront tous les clichés énoncés doctement, sans l'ombre d`un questionnement. L'Érythrée : une entité qui existe depuis des millénaires, son peuple ( une nation forgée à travers les siècles qui a su opposer à toutes les tentatives de dislocation une singulière unité communautaire (p. 22). Qu'importe si dans les chapitres qui suivent, l'auteur parle plus prudemment des communautés. La méthode est connue, elle permet en deux lignes de passer cinq siècles d'histoire sans encombre puisque le but est prescrit d'avance : maintenir la cohérence nationale, ou plutôt la créer. Mieux vaut donc passer les multiples approximations historiques et s'arrêter sur quelques-unes des impasses les plus classiques. La reconstruction de l'histoire se doit de minimiser les contradictions internes "érythréennes" et de donner aux seules puissances coloniales, dont les stratégies sont décrites plus que sommairement, le rôle d'acteur. Ainsi, les "contradictions" religieuses autant entre religions monothéistes qu'au sein de celles-ci ne sont jamais mentionnées alors qu'elles renvoient à des dimensions historiques, sociales et économiques et sont omniprésentes dans la stratégie italienne puis éthiopienne. Batha Hagos, mort en 1894, est évidemment décrit comme un héros national au sens plein du terme : l'auteur oublie simplement de dire qu'il se met auparavant au service de la conquête italienne pour échapper à des proches et qu'il meurt dénoncé par des Érythréens après avoir demandé aux Ethiopiens de l'aider dans sa lutte contre l'envahisseur... Les Anglais à partir de 1941 sont, dans la tradition de cette littérature, conçus comme le deus ex machina : ils manipulent, achètent, créent une cinquième colonne, etc. L'auteur occulte également la dimension anticolonialiste du mouvement favorable au rattachement avec l'Éthiopie, de même que les nouvelles polarisations religieuses dans le champ politique : seul le lecteur non averti peut voir dans le parti progressiste libéral une organisation qui fait contrepoids dans la communauté chrétienne au parti unioniste. La Ligue musulmane (drôle de nom pour un parti nationaliste) se divise en plusieurs factions (dont l'une favorable à un démembrement de 1'Érythrée) sans que cela soit explicité par l'auteur : mieux vaut faire simple et mettre toutes ces contradictions ou ces revers sur le compte du grand complot impérialiste. Pourtant, cet ouvrage est publié après un référendum- qui donne à I'Erythrée le statut d'Etat : très rares sont ceux qui contestent aujourd'hui l’existence d'une identité nationale érythréenne ...

L'histoire sociale de 1'Érythrée est évacuée au profit de slogans j pourtant celle-ci aurait mis en lumière les inégalités de formation et d'instruction qui régnaient alors et expliquaient certaines fractures communautaires mais aussi les formes que prend la résistance au contrôle de plus en plus vénales. C’est l'histoire du mouvement national qui fournit le plus d'euphémisations, de litotes, d'occultations et de pieux mensonges. Pourtant, l'auteur dont la famille appartient à la grande bourgeoisie commerçante de Massawa qui eut un rôle non négligeable dans cette histoire, ancien représentant du FPLE puis du FLE-Organisation unifiée (fonction curieusement non mentionnée dans la biographie de l'auteur, oubli ou opportunisme ?), était sans doute particulièrement apte à fournir une analyse pertinente des événements dramatiques suscités par la compétition des organisations armées indépendantistes : nulle analyse sauf à accepter la rhétorique révolutionnaire en vogue, il y a trente ans, bien éloignée de la description de la réalité concrète. Nafi Kurdi n'échappe donc pas aux illusions nationalistes et construit son analyse en fonction des vainqueurs du jour : la politique y retrouve ses droits, certainement pas les sciences humaines et la connaissance de 1'Érythrée contemporaine. » (Roland Marchal, Politique Africaine, 1995)

Dans BiblioMonde

Éthiopie-Érythrée. Frères ennemis de la Corne de l'Afrique

La langue tigréenne

Sur la Toile

Le miracle érythréen par Fabienne Le Houerou (1997)



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