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1878, carnets de campagne en Nouvelles-Calédonie

par

( Livre )
Anacharsis
2004, 14 euros

Auteur : Michel Millet - ISBN : 2914777140

Le récit d'un artilleur français, Michel Millet, envoyé en Nouvelles Calédonie lors de la révolte kanak de 1878

Ce texte est précédé de La Guerre d’Ataï, récit kanak, et d'une présentation de Alban Bensa.

Débarqué à Nouméa en octobre 1878 pour mater la révolte des Kanaks commandés par le chef Ataï, le simple artilleur Michel Millet écrit ses carnets au jour le jour dans une langue qui n'appartient qu'à lui et entre en littérature par effraction. De ses phrases ignorant toute convention en touches impressionistes les atmosphères de la Nouvelle-Calédonie plongée dans le chaos et les ambiances de l'armée coloniale en campagne, jusqu'à anticiper comme par inadvertance sur le Casse-pipe de Céline. Entre cette littérature au ras du sol d'un soldat français et la parole kanak contemporaine présentée en introduction au texte de Millet, on mesure la déchirure entre les deux mondes, que l'on devrait chercher encore à mieux comprendre.

En 1878, les Kanaks de Nouvelle-Calédonie, écrasés par la machine coloniale française, se révoltent sous le commandement du chef Ataï. La France fait donner la troupe, et c’est ainsi que Michel Millet débarque à Nouméa comme simple artilleur. Il consigne dans ses Carnets de campagne les marches et contre-marches, à pousser dans la forêt moite un canon qui s’enlise, parle des privations, du sommeil rare, des ennemis invisibles, des colons et des bagnards, de cette Grande Insurrection noyée dans le sang.

Mais les carnets de Michel Millet ne sont pas un simple document. Tout juste alphabétisé, il entre en littérature par effraction. Ignorant toutes les conventions, orthographiques, syntaxiques ou grammaticales, il se fabrique une écriture sans équivalent, qui parvient, à force de volonté, à une puissance saisissante. Ses phrases, en touches impressionistes, souvent pleines d’humour, peignent cette armée française en campagne, évoquant comme par inadvertance le Casse-pipe de Céline. Et sous sa plume surgissent les atmosphères de la Grande Terre plongée dans le chaos : villages de cases brûlés, colons massacrés, têtes de Kanaks tranchées et portées en trophées...

La Guerre d’Ataï, telle que la dénomment les Kanaks, est encore aujourd’hui dans les mémoires; la traduction d’un récit contemporain face au texte de Millet dévoile, entre la parole kanak et l’écriture au ras du sol du soldat français, l’abîme d’incompréhension qui sépare les deux mondes. Une déchirure que l’on cherche toujours à exprimer par de justes mots.

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