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L'agonie d'un peuple

par Zabel Essayan

( Livre )
Classiques Garnier
Langue d'origine : arménien occidental
Traduit par Marc Nichanian
2013, 211 p., 24 euros

ISBN : 978-2812408564

« En février 1917, Zabel Essayan, la plus grande écrivaine de sa génération - alors résidant à Bakou - publie le premier témoignage parvenu de l'enfer de la déportation des Arméniens. Elle retranscrit et retravaille les paroles d'un rescapé, Hayg Toroyan, un interprète originaire d'Alep au service d'un officier allemand qui a parcouru la Mésopotamie de novembre 1915 à janvier 1916. Il a été témoin de l'indicible, a traversé les camps de concentration formés le long de l'Euphrate, parcouru l'ultime abattoir de Deir Zor, avant de gagner la frontière iranienne.

La seconde partie du livre, intitulée La Voix et la plume, se veut un essai en guise de postface signée par le traducteur, Marc Nichanian->http://www.bibliomonde.com/auteur/marc-nichanian-3438.html]. Ce dernier propose une réflexion sur ce témoignage particulier. Dans un souci de lui donner une teneur moderne, il le contextualise en le situant dans la littérature de témoignage propre aux Arméniens pendant le XXe siècle, en expliquant sa place dans la carrière de Zabel Essayan et la position de celle-ci sur le lien entre témoignage et littérature. D'emblée, Marc Nichanian pose une question centrale : si l'on admet que le témoignage est un texte, qui doit être représenté comme l'auteur du témoignage ? Autrement dit, qui est le sujet du témoignage : le survivant ou celle qui le recueille ?

Signe fort, Zabel Essayan cosigne l'ouvrage dont elle n'est pourtant pas le narrateur, et se refuse à faire de la souffrance un sujet littéraire. Pourtant, en 1909, lorsqu'elle écrit son témoignage sur les massacres d'Adana (Dans les ruines
), on la trouve dans une posture d'Antigone moderne, érigeant un mémorial aux martyrs. Qu'est-ce qui change alors, chez elle, en 1917 ? Marc Nichanian nous livre des éléments de réponse. Dépassée par la catastrophe génocidaire, l'écrivaine semble incapable d'écrire une seule ligne en hommage à son peuple sans sépulture. Elle ne témoigne pas, puisqu'elle n'était pas sur place. Elle met sa plume au service de la parole vive, quand elle ne fournit pas du matériel à des journalistes français, à l'instar d'Henri Barby. D'où l'idée de l'opacité, telle une frontière infranchissable de l'autre côté de laquelle s'est déroulé, en silence, un crime incommensurable. » (extrait d'un article de Tigrane Yégavian, France-Arménie, numéro 396, Avril 2013)


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