BiblioMonde

L'Apocalypse russe : Dieu au pays de Dostoïevski

par Jean-François Colosimo

( Livre )
Fayard
2008, 357 p., 20.3 euros

ISBN : 978-2213629285

Le monde russe et le religieux, une identité duale

Comment, dès 1917, le monastère des Solovki, orgueil de l'empire tsariste, est-il devenu le premier camp d'extermination de l'Union soviétique ? Comment le nihilisme, le terrorisme; le totalitarisme sont-ils apparus dans la Sainte Russie des ermites, des fois en Christ, du peuple souffrant et « théophore » ? Qu'en est-il des slavophiles, des occidentalistes, de Pierre le Grand, de la Troisième Rome et de Byzance dans la genèse du mythe russe ? Le communisme a-t-il été un accident ? Et les Russes sont-ils condamnés au despotisme ?. Retrouvant, à la jointure de la mystique et de l'histoire, la déchirure originelle entre l'Occident et l'Orient chrétiens, cet essai constitue le deuxième volet d'une grande enquête théologique sur les mutations modernes de Dieu en politique. On y lira pourquoi, des vieux-croyants immolés dans les flammes aux inventeurs des attentats-suicides et aux « constructeurs de Dieu » bolcheviques, la Russie a connu une suite d'apocalypses recommencées. Pourquoi, aussi, les voix des Démons, traversant les âges, résonnent désormais de Pétersbourg et Moscou aux quatre coins du monde. Et pourquoi, enfin, les prophéties conjointes de Dostoïevski et de Soljénitsyne sont appelées à éclairer, plus que jamais, le siècle qui s'ouvre.

« Jean-François Colosimo plonge dans la mystique autant que dans l'histoire russe, dans une théologie et une littérature toujours hantées par le goût de l'Apocalypse, au sens biblique de "Révélation". Du joug tatar (XVe siècle) à Ivan le Terrible (XVIe siècle), du schisme des vieux-croyants (raskol) en 1676 à la féroce répression des derniers tsars, de la terreur "nihiliste" à la persécution rouge - qui donna à l'orthodoxie russe plus de martyrs que toutes les autres Eglises réunies en vingt siècles -, l'histoire de ce pays ne connaît que des baptêmes de feu, des fleuves d'acier et de sang.

Au XIXe prérévolutionnaire, l'étatisation de la "nation" se fait plus brutale. Les courants "occidentalistes" encouragent le divorce entre le peuple et l'intelligentsia, l'atomisation de la société, l'effondrement de la culture. Pourtant, perdure l'héritage de la Byzance médiévale, de cette "Sainte Russie" rétive à la "déification" de l'homme et du pouvoir modernes issue des Lumières. Une Sainte Russie qui ne se réduit pas au repli "slavophile" et à la détestation de l'Europe, mais s'incarne dans le peuple, ses monastères et ses églises, ses icônes et ses sacrements, ses martyrs et ses saints, ses starets et ses fols en Christ. » (Henri Tincq, Le Monde, 1er avril 2008)



 
© BiblioMonde.com