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L'Appat

par David Albahari

( Livre )
Gallimard
Collection Du monde entier
Langue d'origine : serbo-croate
Traduit par Gojko Lukic et Gabriel Iaculli
1999, 159 p., 16.8 euros

ISBN : 2070750973

C'est le premier roman de l'auteur traduit en français. Il avait obtenu, en 1996, le plus important prix littéraire yougoslave, attribué par l'hebdomadaire belgradois Nin et le prix Balkanica décerné par des éditeurs de l'ensemble des pays balkaniques.

Réfugié depuis deux ans dans une ville de l'Ouest canadien, le narrateur réécoute la voix de sa mère morte, enregistrée seize ans auparavant sur trois bandes magnétiques qu'il a emportées dans ses maigres bagages en quittant la Yougoslavie désintégrée par la guerre. Sa mère raconte sa vie, et son histoire tragique se confond avec celle de son pays. Le récit de cette femme qui, « afin de tirer les choses au clair », comme elle le dit, s'était convertie au judaïsme en 1938, à Zagreb, alors que le pays n'allait pas tarder à être plongé dans la terreur, peut-il devenir un livre ? C'est une des questions que le narrateur discute avec son ami Donald, un écrivain, au gré de rencontres où leurs visions du monde s'affrontent.

« La guerre comme perpétuel recommencement. La voix du magnétophone est celle de la mémoire. Elle rappelle le sang versé. Tchetniks, oustachis, juifs, Arabes, comme ils disaient... Et après les crimes, le silence, puisque Tito interdit de nommer ce qui a été. Il n'y a ni victimes ni bourreaux, il est déconseillé de pleurer. C'est cette dalle muette - l'impossible compassion - que Milosevic fait parler pour son compte. L'histoire nationale imaginaire dont parlait Bogdanovic, la contagion de la haine, le mensonge, ce que j'appellerais la folie serbe.

Il n'y a pas de guérison sans parole, et la fatalité de l'Histoire est toujours vaincue par l'inhumain. Draskovic-Protée, avant d'être vice-Premier ministre de Milosevic, et avant d'avoir été l'enfant chéri de l'opposition démocratique, avait transgressé la loi du silence officiel dans un roman publié il y a dix ans : Le Couteau. Pour sortir, disait-il, les Serbes de "l'encyclopédie de la folie", dont il est lui-même l'un des personnages (c'est pour cela qu'il est capable de dire tout et son contraire). Ô Serbie ! Des voix de l'intérieur racontent ton Histoire qui a trop saigné. Elles délivrent les cœurs des chaînes du mensonge. Milosevic ne vit déjà plus. » (extrait d'un article de Daniel Rondeau, L’Express, 6 mai 1999)


« Livre admirable, ironique et bouleversant ... Fragments ou lambeaux d'un passé qui toujours se dérobe. D'un temps perdu, absurde, qui ne sera peut-être plus jamais intelligible. Mais dont la recherche est pourtant ce qui donne à un homme sa grandeur. Et à un écrivain sa nécessité. » (extrait d'un article de Frédéric Vitoux, Le Nouvel Observateur, 25 février 1999)

Ce roman au ton dépouillé, à la fois grave et teinté d'ironie, bouleversant par le témoignage qu'il apporte, a obtenu plusieurs prix littéraires.

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