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La Bible : Nouvelle traduction

par

( Livre )
Bayard
2001, 3170 p., 44.97 euros

ISBN : 2227358009

Sous la direction de Frédéric Boyer, Marc Sevin et Jean-Pierre Prévost, 20 écrivains d'aujourd'hui et 27 exégètes ont produit une nouvelle version traduite de la Bible, appelée aussi « la bible des écrivains », coédité par l'éditeur français Bayard et le canadien Médiapaul.

Les écrivains : Pierre Alferi, Marianne Alphant, Jean-Luc Benoziglio, François Bon,
Marie Borel, Frédéric Boyer, Jacques Brault, Olivier Cadiot, Emmanuel Carrère, Florence Delay, Marie Depussé, Anne Dufourmantelle, Jean
Echenoz, Marie-Andrée Lamontagne, Laure Mistral, Pascalle Monnier, Marie NDiaye, Valère Novarina, Pierre Ouellet et Jacques Roubaud.


Les Biblistes : Philippe Abadie, Michel Berder, Hugues Cousin, Robert David, Pierre Debergé, Marc Dubreucq, Michel Garat, Alain Gignac, Marc Girard,
Philippe Gruson, Léo Laberge, Jean-Jacques Lavoie, André Lemaire, Pierre Létourneau, Jean L’Hour, Alain Marchadour, Daniel Marguerat, Jean-Paul
Michaud, André Myre, Jacques Nieuviarts, Marc-Alain Ouaknin, Jean-Pierre Prévost, Maurice Roger, Arnaud Sérandour, Marc Sevin, Aldina da Silva et
Walter Vogels.

« Six ans de travail. Quarante-sept auteurs, exégètes ou écrivains, regroupés deux par deux en "binômes", ont participé à cette "Bible, nouvelle traduction", avec le souci constant de questionner les évidences, de traquer les stéréotypes. Pour 295 francs, voici donc 3 200 pages visées par les meilleurs spécialistes, non pour la gloire d’une chapelle ou d’un dogme, mais au service de la religion du Verbe, qui s’appelle aussi Littérature. Pour interpréter ce monument polyphonique, il fallait bien ce grand orchestre, composé de vingt écrivains francophones contemporains, secondés par vingt-sept biblistes de haut vol, versés à la fois dans l’hébreu, l’araméen et le grec, les trois langues sources. La Bible a beau être appelée Livre des livres, elle n’est pas un livre, plutôt une véritable Bibliothèque, comme son nom l’indique : ta biblia, en grec, est un féminin pluriel qui signifie "les livres". "monument qui ne concerne pas seulement les croyants, mais toute l’humanité", précise Alain Gignac. Une bibliothèque en trois langues - hébreu, araméen et grec -, rédigée par de multiples auteurs et dont la rédaction s’étale sur plusieurs siècles. (…)

Le mot "Bible" recouvre aujourd’hui l’ensemble constitué par la Tora hébraïque d’une part, désignée comme Ancien Testament (rebaptisé Alliance dans l’édition Bayard), et les Ecritures nées de la révélation christique, ou Nouveau Testament (Nouvelle Alliance), des Evangiles aux Actes des Apôtres et à l’Apocalypse de Jean. Le canon hébraïque a été fixé à la fin du Ier siècle de notre ère à Jamnia par les rabbins réunis après la destruction du Temple en 70. Il comprend les cinq rouleaux de la Loi, ou Tora, les Neviim - "prophètes" -, trois "grands" (Isaïe, Ézéchiel, Jérémie) et douze "petits" (Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahoum, Habaqouq, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie), et les Ketouviim - "écrits" -, comprenant le Cantique des Cantiques, les Lamentations, Job, les Psaumes, les Chroniques... L’idée d’un canon des Écritures chrétiennes se fait jour au IIe siècle, mais ne sera réalisée qu’au IVe siècle, d’après le choix d’Origène. La Bible catholique comprend 73 livres : tous les livres de la Bible hébraïque, augmentés de 7 livres, dits deutérocanoniques, et que les protestants considèrent comme "apocryphes", non inspirés par Dieu; et les textes du Nouveau Testament proprement dit, soit 27 livres : les quatre Evangiles, qui rapportent la vie et la Passion de Jésus; les Actes des Apôtres, qui racontent les débuts de l’Église ; les Epîtres de Paul, Jacques, Pierre et Jude. Enfin, l’Apocalypse (appelée Dévoilement dans la traduction Bayard). C’est la version catholique - la plus complète - qui a été choisie pour l’édition Bayard. » (extrait d’une enquête de Catherine David, Nouvel Observateur, 30 août 2001)

« Pour réaliser cette gageure d'une traduction vraiment littéraire en ce début du 21e siècle d'une des plus grandes œuvres de la littérature occidentale sinon mondiale, les éditeurs ont fait appel à 20 écrivains et 27 biblistes, en tandem écrivain-bibliste pour gérer en six années leur traduction et ceci dans une grande liberté d'expression. Dans le va et vient entre ces deux traducteurs, le bibliste tranchait les questions de sens et d'interprétation, tandis que l'écrivain travaillait les formes d'écriture, le rythme de la langue et l'innovation littéraire.Le résultat ? En ouvrant ce volume en noir et rouge, sans autre illustration que quelques cartes, on est d'abord frappé par la mise en page bien aérée du texte imprimé, un peu à la manière des peintures orientales qui laisse du blanc pour que celui ou celle qui regarde puisse respirer, ayant le temps et l'espace pour s'impliquer dans la démarche artistique.

On revient à une seule colonne de texte par page, pas simplement pour les textes poétiques ou sapientiaux, mais également pour les textes en prose. On renonce aux "intertitres" éditoriaux habituels qui tout en rythmant le texte en fixent l'optique et la compréhension plutôt que d'ouvrir à la recherche du sens. Les signes typographiques indiquant les chapitres et les versets ainsi que les appels de notes sont renvoyés aux marges extérieures et intérieures pour faciliter la lecture. Les notes et les introductions sont regroupées en fin de volume, avec par ailleurs deux glossaires de termes hébreux et grecs, offrant des considérations sur le sens des termes ainsi qu'une vue rapide sur leur traduction dans d'autres Bibles françaises. On y trouve également un tableau chronologique et un tableau généalogique des traductions (surtout françaises) de la Bible. Cette nouvelle mise en page n'est pas simplement une question de lisibilité du texte. Pour bon nombre de textes poétiques (les Psaumes, le Cantique des cantiques …), mais aussi quelques textes en prose (la Genèse, par exemple), la mise en page aérée, parfois même saccadée, fait partie de l'interprétation du texte, puisqu'il est "saisi" autrement. » (extrait d’un commentaire de Thomas P. Osborne, Forum, février 2002)

« L'erreur serait de croire que cet exercice littéraire de traduction vise à supplanter les précédentes éditions de la bible. Il s'agit bien plutôt de la réappropriation d'un patrimoine dans les formes modernes que propose la fin du XXe siècle, et donc d'un travail sur l'écriture éminemment créatif. Sauf à soupçonner des écrivains aussi talentueux que Florence Delay, Marie Ndiaye - signe des temps, pour la première fois des femmes participent à l'écriture - Jacques Roubaud, Valère Novarina, François Bon ou Jean Echenoz d'avoir prêté leur plume à une entreprise seulement iconoclaste, force est de reconnaître la séduction opérée sur le lecteur par certains textes dont la richesse est hélas aujourd'hui enfouie sous les séquelles de la vulgate catéchiste et dont la modernité est ici restaurée. L'érudition est renvoyée avec un certain bonheur en fin de volume. Notes, glossaires, index, tableaux et cartes, n'encombrent les pages que sur demande exprès du lecteur et c'est bien ainsi. Les contradictions ne se situent d'ailleurs pas toutes entre le texte initial et sa traduction en langue française littéraire du troisième millénaire. Elles sont parfois internes aux Ecritures elles-mêmes. Même mise en langue moderne, la présence de l'Ecclésiaste (celui qui prend la parole dans une assemblée) - livre qui fait l'impasse sur la révélation, rejette Dieu dans l'inconnaissable et pour lequel la mort est la seule certitude ultime - reste de l'ordre de l'intrusion inexplicable. " Vanité des vanités, tout est vanité", devient, sous les plumes conjuguées de Marie Borel, Jacques Roubaud et Jean L'Hour : "Vanité (...) tout est vain". Tirer vanité de richesses matérielles est une posture vide de sens. De même le livre de Job, homme juste frappé par le malheur, devient, selon Pierre Alferi et Jean-Pierre Prévost, le livre du "héros qui boit l'ironie comme une eau/c'est le compagnon de route des créateurs de néant". Du fond de sa souffrance, Job est celui qui découvre la foi comme remède à la détresse humaine. Job précurseur de Marx en somme ! Excessif, peut-être, mais c'est dire combien est stimulante pour l'esprit critique et désacralisant, la lecture de ce livre nouveau, vieux de près de 3 000 ans. » (extrait d’un article d’Arnaud Spire, L’Humanité, 18 Octobre 2001)

Sur la Toile

La Bible, le site officiel.

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