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Caverne (La)

par José Saramago

( Livre )
Le Seuil
Collection Cadre vert
Langue d'origine : portugais
Traduit par Geneviève Leibrich
2002, 346 p., 21 euros

ISBN : 202049390X

Cipriano Algor est potier. Il vit avec sa fille Marta et son gendre Marçal dans un petit village non loin d’un gigantesque centre commercial, une bâtisse de 48 étages avec magasins, restaurants, bars, piscines, services médicaux, appartements très convoités et un service d’ordre féroce. Lorsque le centre fait savoir à Cipriano Algor que sa vaisselle en terre cuite ne fera plus l’objet d’aucune commande, le potier comprend que le sens de sa vie a brutalement disparu. Son seul et ultime recours : sauver par l’imagination et la rébellion un monde en voie de disparition, rongé par un autre qui grandit et se multiplie comme dans un jeu de miroirs où l’illusion trompeuse ne connaît pas de limites. Avec L’Aveuglement et Tous les noms, La Caverne forme un triptyque dans lequel José Saramago nous livre sa vision d’un monde courant au désastre en même temps que son attachement profond aux valeurs universelles de l’humanisme.

« La Caverne, est beaucoup moins cruel (que L'Aveuglement), quoiqu'il continue dans la tradition des "dystopies". Moins cruel, et même sentimental parfois, car il dépeint la famille de Cipriano Algor -sa fille Marta, son gendre Marçal- face à la destruction de l'individu. Monsieur Algor est potier, la troisième génération de sa famille à travailler la glaise. "Ce que la glaise cache et montre, dit-il, c'est le cheminement de l'être dans le temps et son parcours dans les espaces, les marques des doigts, les rognures d'ongles, les cendres et les tisons des brasiers éteints, ses propres ossements et ceux d'autrui, les chemins qui éternellement bifurquent, s'éloignent les uns les autres et se perdent de vue." Ce potier est poète aussi, un anachronisme dans ce monde moderne.

Et voilà qui cause son drame, et sa perte. Personne ne veut plus de sa poterie. On réclame de la vaisselle en plastique, incassable, et non pas de la vaisselle en grès. Dans ce monde cauchemardesque qu'a créé José Saramago, tout doit passer par le Centre, un genre de Château à la Kafka, l'autorité suprême qui gouverne la société de consommation, un super Club Price au enième degré. Quand le Centre ne veut plus d'un produit, ce produit est condamné à disparaître - et son producteur aussi.

Mais Cipriano Algor vit d'espoir, et avec sa fille Marta, il conçoit un nouveau produit qu'il entend offrir au Centre : des figurines de grès. Nous, les lecteurs, savons que cette stratégie ne marchera jamais, et que monsieur Algor, à 64 ans, ne cherche qu'à se tenir occupé. Car un homme qui ne travaille plus n'est pas un homme. La Caverne est rempli de réflexions sur le travail, comment l'être humain se définit par lui, par exemple, et ce qui arrive lorsque le travail disparaît, laissant l'homme en deuil, orphelin. Pensons à nos pères et à nos mères, dont les métiers n'ont plus cours... Saramago met ces mots dans la bouche de son héros : "Le travail n'est plus ce qu'il était, et nous, qui ne pouvons être que ce que nous avons été, soudain nous comprenons que nous ne sommes plus nécessaires dans ce monde, si tant est que nous l'ayons jamais été, mais croire que nous l'étions semblait suffire et d'une certaine façon c'était éternel, pour toute la duré de la vie." Pensez à la disparition de la classe artisane, pensez à la fermeture des usines, et vous avez l'âme de ce roman. Une âme, vous l'avez deviné, exprimée dans un langage lyrique, parfois presque surfait.

Face au Centre, où son gendre travaille, et où il doit aller vivre le reste de ses jours, maintenant qu'il n'a plus de travail, Cipriano Algor monte une résistance toute personnelle. Comme les vieux qui rôdent dans nos centres commerciaux, monsieur Algor arpente le Centre, à la recherche de son point faible. Et il finit par le trouver. Il tombe sur une caverne sous la grande structure, et dans cette caverne, sur des squelettes de quelques êtres humains. "Ces personnes, dit-il, c'est nous."

Avec ces paroles très simples, il sème l'esprit de révolte chez sa fille et son gendre. Les trois vont quitter le Centre, et ensuite quitter la ville qui leur a permis de vivre. C'est une conclusion pleine d'espoir et de révolte, un peu facile, peut-être, mais qui va plaire aux lecteurs qui préféreraient vivre dans une utopie, et non pas dans une "dystopie". » (extrait d'un article de David Homel, La Presse, 13 octobre 2002)

« On ne peut imaginer histoire plus simple : une famille digne, le potier Cipriano Algor, sa fille Marta, une femme de caractère mais aussi de fidélité et son mari Marçal, un homme bon qu’attire la nouvelle modernité incarnée par le Centre où il travaille et espère bientôt déménager. Mais le Centre contrôle tout, achète tout et vend tout. Et pour le Centre, les belles assiettes d’argile rouge que façonnent Cipriano et sa fille dans leur maison de campagne ne conviennent plus. Suivront la rébellion polie (la seule qui semble à notre portée), la résignation, puis la prise de conscience. Magnifique fable, subtil conte philosophique, La Caverne est le meilleur essai que j’ai lu sur le monde actuel depuis des années. » (Gil Courtemanche, Magazine Pantoute)

Ce roman publié en 2000 sous le titre A caverna, a été traduit en français par Geneviève Leibrich. L’édition de poche


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