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Ceci n'est pas un livre

par Dubravka Ugrešić

( Livre )
Fayard
Collection Littératures étrangères
2005, 300 p., 18 euros

ISBN : 2213625026

Roman

Dans cette série de sanguines, Dubravka Ugresic décrit, avec humour et un plaisir communicatif, l'univers nouveau du livre tel qu'il se met insidieusement en place chez nous, un monde dont elle a pris la mesure aux États-Unis puis en Allemagne, et qui témoigne d'une évolution bien inquiétante. Nul n'échappe à sa plume incisive : les agents qui n'acceptent de juger un livre que sur synopsis, les foires du livre qui tournent à la foire tout court, les éditeurs davantage préoccupés de marketing que de littérature, et les auteurs, de plus en plus désorientés et prêts à toutes les compromissions pour être publiés - et lus. Faut-il vivre en exilée aujourd'hui, après avoir été élevée derrière le Rideau de fer dans l'amour de la littérature et l'admiration de l'Ouest, pour peindre avec tant de férocité la vie littéraire en Occident ? Sans doute, si l'on veut bien admettre que rien ne ressemble plus au destin du livre au temps du communisme que celui qui lui est promis en vertu du marché-roi.

«  Le thème le plus réjouissant du livre est cette similitude – une fois qu'elle nous a ouvert les yeux, on se demande comment on ne l'avait pas vue avant – entre réalisme socialiste et marché américain, ou global, ce qui est à peu près la même chose pour ce qui est des conséquences. Elle relève la "prémisse fondamentale" de l'industrie de l'art contemporain : "Sur un marché démocratique, chacun a le droit de faire entendre sa voix", comme la jeune artiste Tracy Emin qui, accusée d'être inculte, répond : "What if I am illiterate ? I still have a right to a voice !" Commentaire d'Ugresic : "Le marché moderne a fait de la vieille utopie communiste, selon laquelle l'art doit être créé et consommé par tous, un horizon possible." Le réalisme socialiste, dit-elle, était joyeux, sexy. "Nulle part ailleurs on n'a davantage exprimé sa croyance en un avenir radieux, et en la victoire du bien sur le mal... Sauf dans la culture structurée par le marché." Mais, surtout, explique-t-elle, la littérature de marché croit au progrès, "elle éduque les masses laborieuses dans l'esprit de la victoire personnelle d'une certaine forme de bien sur le mal. En tant que telle, elle est réaliste socialiste". » (extrait d’un article de Natalie Levisalles, Libération, 10 novembre 2005)

« La terreur du marché a, selon Ugresic, remplacé la terreur de l'idéologie. Parce qu'elle a été élevée à l'Est dans l'amour de la littérature de l'Ouest, l'exilée a perdu toutes ses illusions sur la vie littéraire occidentale où ce qui la choque le plus est l'absence de critères de valeur, le marché instituant sa propre échelle sans rapport avec le jugement esthétique des vrais connaisseurs, les écrivains et les critiques.

Le sujet est grave mais l'auteur s'amuse à évoquer le rôle de Kirk Douglas dans sa vie ou son avenir si elle était devenue la richissime Ivana Trump. Elle se moque d'elle-même en énumérant les dix bonnes raisons d'être un écrivain en Croatie et réfléchit aux inconvénients et aux avantages de l'exil dont le Nobel Joseph Brodsky, souvent cité par elle, disait qu'il est, "à vrai dire, une condition métaphysique". » (extrait d’un article d’Isabelle Martin, Le Temps, 24 septembre 2005

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