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Chassés de l'enfer

par Robert Menasse

( Livre )
Verdier
Collection Der Doppelgänger
Langue d'origine : allemand (Autriche)
Traduit par Marianne Rocher-Jacquin et Daniel Rocher
2006, 480 p., 28.5 euros

ISBN : 2864324393

Roman

Qu’est-ce qui pousse Viktor Abravanel, vingt-cinq ans après son baccalauréat, à dénoncer en public le passé nazi de ses anciens professeurs, quitte à les accuser tous sans discernement ?

N’est-ce pas pour lui une manière de régler ses comptes avec sa jeunesse, avec une famille où figurent à la fois un père juif et un oncle antisémite ? C’est en tout cas parce qu’il a travaillé sur celui qui fut le premier maître de Spinoza, Samuel Manasseh ben Israël, qu’il en est venu à s’interroger sur ses propres éducateurs.

Entre Viktor, historien autrichien d’aujourd’hui, et le rabbin d’Amsterdam à qui ses ouvrages de compilation valurent une célébrité sans lendemain, des liens troublants se tissent au fil des pages de ce roman, par d’incessants allers-retours entre le présent et le passé. Mais le destin du jeune juif et de ses parents, "chassés de l’enfer" portugais par l’Inquisition, n’est pourtant pas exactement superposable à celui de Viktor, de son père et de ses grands-parents rescapés de la persécution nazie; et c’est aussi sur l’illusion d’une histoire qui se répéterait que Robert Menasse invite à s’interroger.


« À partir de là, le romancier bâtit un système de correspondances complexes et pourtant jamais ennuyeux, où les deux individus semblent, à certains moments, ne faire plus qu’une seule et même figure. Un récit répondant à l’autre, l’homme du XVIIe siècle paraît se réincarner dans celui du XXe, bien que les histoires conservent des identités tout à fait distinctes, des rythmes propres et même des styles assez différents : chacun des jeunes gens se trouve, à un moment donné, dans le rôle du traître, de celui qui a si bien absorbé le code du persécuteur qu’il en adopte le comportement. Chacun tombe amoureux d’une fille nommée Maria. Chacun joue le rôle de la Vierge dans un tableau vivant. Chacun éprouve, enfin, de la peur face à la violence des plus forts. Surtout, les personnages souffrent de la claustration, de diverses manières. Il y a l’enfermement physique, d’abord, dans des internats (laïque pour Viktor ou religieux pour Mané, qui est enfermé dans un pensionnat de jésuites pendant que ses parents sont torturés par l’Inquisition), mais surtout la réclusion morale de qui ne comprend pas, ne peut pas dire, ne souhaite rien tant que devenir invisible pour ne pas endurer la fureur des autres. Il s’agit, inculque-t-on à Mané chez les jésuites, de "haïr toute exception. Soi-même compris". » (extrait d’un article de Raphaëlle Rérolle, Le Monde, 20 janvier 2006)

« (…) ce qui rassemble Viktor et Manasseh ne tient pas seulement de l’anecdote. L’auteur les montre sans cesse entravés dans leurs élans naturels, contraints dès l’enfance à marcher au pas, piétinant, tâtonnant, mais avançant toujours, sans retour ni rédemption possibles. Liés dans une même dynamique, portés par un mouvement semblable et inexorable. Robert Menasse revisite ici Spinoza, convoque Hegel surtout, autour duquel il avait déjà construit La Pitoyable Histoire de Leo Singer, et dont il emprunte largement la théorie du dépassement.

Dans cet élan, la peur et la souffrance côtoient le désir, la parole surgit du silence, le sacré se mêle au profane, la réussite à la déchéance. La liberté, conçue uniquement comme une entreprise de libération, succède nécessairement à la soumission, puisque "c’était précisément par cette soumission [que Viktor] devait avoir l’impression de faire des progrès sur le chemin de la liberté". » (extrait d’un article de Fabienne Lemahieu, La Croix, 9 février 2006)

Ce roman a obtenu le Prix Amphi 2007 qui récompense également les traducteurs Marianne Rocher-Jacquin et Daniel Rocher.

Dans BiblioMonde

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