BiblioMonde

Château blanc (Le)

par Orhan Pamuk

( Livre )
Gallimard
Collection Folio
Langue d'origine : turc
Traduit par Münevver Andaç
1999, 256 p., 5.4 euros
Première édition : 1996
ISBN : 2070411060


Fable romanesque. Au XVIIe siècle, un jeune Italien capturé par les Turcs est vendu comme esclave à un savant du pays. Or, ils sont sosies et bientôt les rôles vont s'interchanger. Réponse ironique aux affrontements identitaires qui déchirent son pays dans un récit pas toujours très clair.

Le narrateur est un Italien de vingt ans, féru d'astronomie et de mathématiques. Capturé par des marins turcs et jeté dans la prison d'Istanbul, il se dit médecin, et est offert comme esclave à un hodja, un savant. Le maître oriental et l'esclave occidental se ressemblent de manière effrayante, éprouvent une méfiance immédiate l'un pour l'autre. Mais ils ne se séparent pas, vivent ensemble, travaillent ensemble, quotidiennement, d'abord sur la pyrotechnie, ensuite sur une horloge, enfin sur une redoutable machine de guerre pour Mehmet IV, dit le Chasseur, sultan de 1648 à 1687. Ensemble encore, ils contribuent à l'éradication d'une épidémie de peste. Tantôt dominant, tantôt dominé, des années durant, chacun raconte sa vie à l'autre. Puis les deux doubles doivent s'engager, avec leur machine de guerre, dans la désastreuse campagne polonaise. Mise à l'essai sur un château blanc, la machine ne fonctionne pas. Craignant pour sa vie, le Maître usurpe l'identité, la personnalité et le passé du narrateur. Celui-ci reste à Istanbul, devient le Maître. Des années plus tard, il entend parler de l'Autre, comme d'un ancien esclave capturé par des marins turcs, et qui s'est évadé...

" En dépit de la perplexité qu'elle engendre parfois, cette mise en scène d'une fusion conflictuelle procède pourtant d'une démarche intéressante. Travaillant rationnellement, Pamuk a choisi pour théâtre le XVIIe siècle, soit après que la Renaissance a remis l'Antiquité au goût du jour. Or n'est-ce pas aux Anciens que l'auteur fait implicitement allusion en créant deux individus si semblables qu'ils pourraient n'en former qu'un ? Et qu'ils y parviennent, même si c'est autrement que par la sexualité, contrairement aux androgynes imaginés par Platon dans Le Banquet. " Je suis devenu comme toi (...), je suis devenu toi ", affirme le maître à l'esclave. La scène se passe à Istanbul, ville unique et pourtant partagée, par le Bosphore, entre l'Orient et l'Occident.

Maître et esclave inversent les rôles, le pouvoir passant de l'un à l'autre par la vertu du " maléfice " qui parcourt le livre. Car l'univers est fait d'un réseau de pistes brouillées par la faiblesse des hommes et par des sortilèges que le maître et l'esclave ne dominent pas, si violente soit leur volonté de fouiller l'intérieur des consciences. Captifs l'un de l'autre, ils le sont aussi d'un temps qui empile les jours, les mois, les années avec une effrayante désinvolture. » (extrait d’un article de Raphaëlle Rérolle, Le Monde, 10 Janvier 1997)

Ce roman est le troisième d’Orhan Pamuk, il a été publié en 1985, il a été traduit en français par Münevver Andaç et dans de nombreuses autres langues, contibuant à la notoriété d’Orhan Pamuk dans le monde entier

____________________________________________

Si vous commandez ce livre à partir de cette page, BiblioMonde touchera une commission et vous participerez ainsi au financement du site.

 
© BiblioMonde.com