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Cheikh de la nuit, Sanaa : organisation des souks et société (Le)

par Franck Mermier

( Livre )
Sindbad
1996, 255 p., 19.51 euros

ISBN : 2742710469

« "Les Souks, porte de la ville." C'est bien là le propos de ce livre : pénétrer dans Sanaa, comme autrefois le voyageur, par Bâb al-Yaman, la porte sud de la cité, la seule qui n'ait pas été détruite après la Révolution de 1962. Depuis, la ville s'est développée au-delà de ses remparts, et dépassera bientôt le million d'habitants. Cette voie d'accès peut donc sembler bien étroite et ne conduire qu'à une borne témoin, celle d'une société citadine qui serait à présent confinée dans la cité intra-muros ou noyée dans la masse démographique des émigrants. Ce serait oublier que le souk, en tant que système, ne petit se réduire à quelques arpents de terrain bien délimités mais qu'il figure, par bien des aspects, un mode d'échange et un mode de relation sociale qui irriguent la société tout entière...

Ce livre vise donc plusieurs objectifs : déterminer la place et le statut de la société citadine, en isoler ses formes d'expression sociales, culturelles et politiques, rendre compte de l'organisation socioprofessionnelle des souks tout en tentant de retracer certaines évolutions de la société yéménite. " (présentation de l’éditeur)


« Antennes paraboliques, centres commerciaux "à la saoudienne", véhicules tout-terrain sillonnant les artères de la capitale du Yémen : après tant d'autres villes du tiers-monde, Sanaa est à son tour gagnée par la société de consommation. Pour Franck Mermier, anthropologue, directeur de l'Institut français d'études yéménites de Sanaa, cette ville et son marché sont le lieu idéal pour observer le changement qui affecte la société tout entière. Et c'est ainsi qu'il accorde une grande place à l'histoire et, surtout, aux institutions et coutumes qui assurèrent la prospérité du commerce. En se fondant notamment sur le Qanûm de Sanaa (code rédigé dès le début du XVIIIe siècle), sur les chroniques de l'époque et les travaux des historiens, il décrit de façon très vivante les formes anciennes d'organisation sociale, politique et culturelle de la ville, les institutions régissant les corps de métiers, le statut très hiérarchisé de ses habitants.

Cet édifice prestigieux subit depuis une vingtaine d'années les coups de boutoir de la modernité : l'urbanisation rapide et les importations de produits étrangers ont raison des activités artisanales, les commerçants doivent s'adapter aux nouveaux circuits d'échange de sorte que l'organisation sociale se trouve bouleversée. Le "cheikh de la nuit", qui a donné son nom à ce livre, était le gardien de l'ordre nocturne dans le souk : "Ne serait-il plus, se demande alors l'auteur, qu'un des derniers avatars symboliques d'une citadinité déjà révolue ?" » (Micheline Paunet, Le Monde diplomatique, juin 1997)


« Vecteurs de communication, relais du commerce local et international et lieu privilégié des rapports sociaux dans la ville, les souks à Sanaa sont marqués par toutes les composantes de la société citadine, tant par le biais de leurs transactions, que par leur inscription dans des lignées familiales identifiées à des corps de métiers. Lieu de contact entre les hommes de tribu et les habitants de la ville, le marché assure l’articulation entre les systèmes de valeurs du monde tribal et ceux du monde citadin. Le contrôle des réseaux et des institutions d’échange constitue le moyen par lequel l’État à Sanaa renforce son emprise sur l’espace yéménite. Dans cette recherche menée avec minutie et rigueur, les institutions, les pratiques sociales (tel que le port de la janbiyya) les mots du social et du réel d’une manière générale sont pris au sérieux. Une attention particulière est portée sur la façon dont les acteurs définissent leur propre espace, se nomment avec ou sans sobriquets, déterminent leur stratégie en matière d’alliance matrimoniale. Les métaphores, les emblèmes, les signes et les symboles sont autant d’outils mis en œuvre par l’auteur pour saisir de l’intérieur la société citadine de Sanaa. La démarche adoptée pourrait être qualifiée de constructiviste. En prenant le souk comme entrée pour appréhender la société de Sanaa, l’auteur s’est donné le moyen de dépasser la dichotomie habituelle dans ce genre d’étude; ainsi, son propos est moins d’opposer des hommes de tribu aux habitants de la ville, une citadinité à ce qui la rend obsolète, que d’en saisir la texture constamment changeante sur la trame de l’histoire et du mythe, des représentations et des pratiques. » (extrait d’un commentaire de Correspondances, la lettre de l’IRMC)

Cet ouvrage est la publication de la thèse, remaniée, de Franck Mermier

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