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Un chien qui rêve

par Agustina Bessa-Luís

( Livre )
Métailié
Collection Bibliothèque portugaise
Langue d'origine : portugais
Traduit par François Debecker-Bardin
2000, 306 p., 19.06 euros

ISBN : 2864243393

Un chien qui rêve ou le manuscrit volé...

« Il avait épousé Maria Pascoal dans le but de cultiver ce qu'il y a de plus pénible dans une alliance. L'amour qui les réunissait était à la limite, presque, de l'indifférence, et cela le rendait plus fort que toutes les passions embellies de brillants prétextes, comme la beauté, la richesse et le talent. Et pourtant, c'était cette femme qui avait écrit le livre fameux que Léon avait dû revêtir comme un gant. C'est elle qui l'avait appelé Un chien qui rêve, et rien ne lui convenait mieux. Sauf dans les rares moments où il semblait bondir et gémir de joie, il restait immobile, mi-éveillé, mi-somnolent, poussant de temps en temps de petits grognements, comme s'il poursuivait une proie trop rapide et difficile". Un chien qui rêve ou le manuscrit volé... Léon Geta excelle dans l'indolence et l'égocentrisme. Léon ne prête guère attention aux goûts de sa femme, Maria, pour la vitesse et la solitude. Elle meurt en laissant un manuscrit qu'il s'approprie et avec lequel il connaît un succès inattendu. A la mort de Maria, l'indifférence qu'il lui portait se change en fascination car "l'amour livre ses batailles dans la mémoire et non dans les faits présents". Récit prétexte à un tableau de l'âme humaine, ce texte est fulgurant de justesse. Agustina Bessa-Luis dessine la complexité des rapports amoureux et avec sa lucidité habituelle, elle met à jour, grâce à son écriture lumineuse, la course de chacun après la vérité. » (présentation de l’éditeur)

« Un chien qui rêve recrée un bon demi-siècle de Portugal avec ses odeurs de café,
ses commérages de boutiques provinciales, ses conventions bourgeoises, ses évolutions larvées, ses hypocrisies sociales et cette nonchalance qui chassait les grands vices. Mais derrière le décor et l'intrigue (l'histoire d'un homme qui découvre le vrai visage de son épouse décédée en lisant l'œuvre qu'elle écrivait en cachette), c'est en fait une subtile variation sur le sentiment amoureux qui nous est offerte ici. Hors des canons actuels de la littérature light, Agustina écrit des livres longs, profonds, raffinés, d'où il sourd par moments un léger ennui (ce n'est pas un défaut !), vite dissipé par des phrases superbes du genre : " La mort de Maria Pascoal fut jugée opportune, et, comme il arrive lorsqu'un plan d'eau s'ouvre pour recevoir un corps solide, l'abîme où elle est tombée se referma d'un coup, ne laissant rien qui rappelât la tragédie."

Bien carrée dans son fauteuil de bureau, au milieu de ses tableaux, de ses livres et de ses canaris, Agustina laisse ahuri lorsqu'elle confie doucement : "J'ai écrit ce livre en quatre mois. Dans ma famille, 80 ans, c'est le commencement de la vie. Au fond, mon grand luxe aura été de pouvoir choisir ma solitude. J'ai tout consacré à l'écriture, à tenter de dire envers et contre tout la vérité d'un monde qui la cache de plus en plus. " Exact. Car, au-delà de ses sourires, la vieille dame coquette qui embrasse journaliste et photographe comme du bon pain sait aussi se montrer vacharde et démolir d'un revers de phrase ses petits camarades écrivains. " Vous savez ce qu'on dit ? conclut-elle en riant. Il faut faire attention à Agustina car on peut facilement l'aimer !" » (L'Express, 16/03/2000)

« Les gens qui me connaissent bien ont vu qu'il y avait un côté autobiographique dans Maria Pascoal. Surtout quand elle se réfugie dans cette petite maison de plage. C'est pour moi le souvenir d'une époque, un moment plus doux, un retour peut-être plus réfléchi aussi sur une jeunesse. Je pense qu'inconsciemment, la mort de Maria Pascoal renvoie à la mort de cette jeunesse. Maria Pascoal est une personne assez aimable. Son mari aussi, je l'aime bien. Elle lui a laissé le lourd héritage de son talent qu'il doit supporter jusqu'à sa mort. Il avait toutes les qualités pour être un monstre d'égoïsme. Il était beau, riche, intelligent. Une intelligence un peu figée parce qu'il ne l'exploitait pas. Il aurait pu créer, mais ne créait pas. Il est très surpris par le manuscrit de cette femme intelligente. Pour lui, l'intelligence est un apparat, une fleur à la boutonnière qui serait l'apanage des hommes. Contrairement à ce que pensent certains lecteurs, je ne crois pas qu'il finisse par aimer l'image de cette morte. Le don d'amour n'est pas accordé à tout le monde, vous savez. On naît et on meurt avec l'amour. Vivre avec l'amour, c'est très difficile. » (extrait d’un entretien avec Agustina Bessa-Luís, pour Fnac.net, mars 2000)

« Un chien qui rêve est l’histoire d’une de ces femmes-sentinelles et de son mari qui passe sa vie à pas grand-chose. On y apprend notamment que le rédacteur de l’Odyssée fut peut-être une femme parce qu’il s’y connaît très bien en vie domestique et très peu en art de la navigation. » (S. Bouquet, Libération, 16 mars 2000)

Sur la Toile

Lire un extrait sur le site de la Fnac.

 
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