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Confession d'un espion

par

( Livre )
Fayard
mars 2000, 16.8 euros

Auteur : Antoine Lopez - ISBN : 2213606544

Sous-titre : Par le dernier témoin vivant de l'affaire Ben Barka. En fait, il s'agit du seul témoin resté sur le sol français. Les autres ont tous été éliminés. Ce sont les 8 ans de prison dont a écopé Antoine Lopez qui lui ont permis de rester en vie.

Ces « confessions » sont celles d'un témoin qui n'a rien vu de l'assassinat, mais qui peut témoigner que les autorités françaises de l'époque, le général de Gaulle en particulier, en savait bien plus qu'elles ne l'ont dit.

« Pauvre lampiste ? Lopez se plaint d'avoir écopé huit ans de prison "pour être monté dans une voiture". Mais il admet aussi qu'il n'a sans doute survécu que "grâce à [son] incarcération". C'est là qu'on plonge dans une seconde lecture, passionnante. Car, l'honorable correspondant des services français rôde aux abords d'un crime d'Etats, au pluriel, d'un petit meurtre entre amis de part et d'autre de la Méditerrannée. Dans ce monde, des truands aux chefs d'Etat, tous se connaissent et se fréquentent, en famille et en vacances. Le cadavre de Ben Barka n'a pas encore refroidi qu'un "représentant du ministère de l'Intérieur" aide les Marocains à effacer les traces. Entre deux procès, "un émissaire de l'Elysée" passe voir Lopez en prison pour lui rappeler les vertus du silence. Une justice aux ordres solde l'affaire par des condamnations par contumace, la relaxe de Dlimi et une peine protectrice pour Lopez.
Le temps a désamorcé la bombe qu'aurait été ce témoignage dans le contexte de l'époque. Imagine-t-on aujourd'hui ce qu'eût valu au général de Gaulle, à la veille d'une élection présidentielle difficile, la révélation qu'il connaissait Lopez, qu'il l'avait même reçu chez lui, à Colombey-les-deux-Eglises ? Que des fonctionnaires de l'Etat français ont embarqué, à destination du Maroc, Boucheseiche, Dlimi et Oufkir, l'exécutant et les commanditaires présumés du crime ? Que les "vieux de la vieille" du gaullisme ont fabriqué de toute pièce une version à l'usage de l'opinion publique, abreuvée de faux témoignages et de mensonges ? Bref, que le plus grand scandale de la Ve République n'a jamais rien eu de "subalterne"... » (extrait de l'article de Stephen Smith, Libération, 29 mars 2000).

Lire l'article complet : Aux abords d'un crime d'États : Antoine Lopez, dernier témoin français de l'affaire Ben Barka, raconte ce qu'il a vu, mais sans jamais éclairer son propre rôle (par Stephen Smith, Libération, 29 mars 2000).

En France, l'« affaire » empoisonna le climat politique pendant dix-huit mois bien que le général de Gaulle, alors président de la République, ait refusé d'y voir autre chose qu'un épisode « vulgaire et subalterne ». Le général de Gaulle nia toute implication du « contre-espionnage et de la police ». Il se contenta de charger le général Oufkir (Élie Barth, Le Monde 1er juillet 2001).

« Antoine Lopez est le dernier grand témoin vivant de la disparition de Mehdi Ben Barka, en octobre 1965, à Paris. Agent des services secrets français et ami des officiels marocains, il était aux premières loges lors de l'enlèvement du leader de l'opposition marocaine. Jusqu'à présent, la peur l'empêchait de s'exprimer librement. Il s'enferrait dans la version officielle imposée par les services secrets français et marocains. De surcroît, un "pacte d'honneur" le liait à Hassan II. La mort du roi, durant l'été 1999, a bouleversé la donne : Antoine Lopez s'est senti alors libre de dire tout ce qu'il savait, d'expliquer pourquoi il avait menti et sur ordre de qui, comment l'enlèvement fut préparé, dans quelles conditions Ben Barka fut séquestré, comment la fuite des coupables fut couverte par l'administration française, et ce qu'il est sans doute advenu du corps du disparu. Ce livre est un témoignage vivant sur une époque où maîtres espions, voyous et hommes politiques se retrouvaient souvent main dans la main au nom de la "bonne cause". Antoine Lopez était l'un des derniers à pouvoir rapporter de mémoire ces petites et grandes compromissions commandées par la raison d'État. Il a rencontré de Gaulle, fréquenté le général Oufkir, bavardé avec Hassan II. Il n'est pas tendre pour l'État français et le rôle de ses représentants dans cette affaire. Sa confession est une pièce essentielle pour nourrir un dossier judiciaire encore ouvert. Elle nous plonge au cœur du plus grand scandale politico-policier de la Ve République. » (Quatrième de couverture).

La Énième vérité : Pour conduire à l'embrouillamini le plus total dans une enquête qui dure depuis près de quarante ans, Antoine Lopez peut se targuer d'avoir réussi sa tâche (par Abdellatif El Azizi).

Antoine Lopez va demander une nouvelle révision de son procès : L'ancien chef d'escale à l'aéroport d'Orly, ancien correspondant du SDECE, et qui fut condamné, en juin 1967, à huit ans de réclusion criminelle pour sa participation à l'enlèvement de Mehdi Ben Barka (Le Monde 24 mars 1990).





 
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