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Confortable désespoir des femmes (Le)

par Agustina Bessa-Luís

( Livre )
Métailié
Collection Bibliothèque portugaise
Langue d'origine : portugais
Traduit par François Debecker-Bardin
1994, 307 p., 21.34 euros

ISBN : 286424182X

« Lorsque Belchior venait passer de courtes vacances dans la maison natale de son père, il tremblait à l'idée de l'épreuve qui l'attendait : trop de femmes dans un espace clos saturé de leurs occupations variées. Des femmes non pas futiles et désœuvrées mais guidées par l'appétit de s'affirmer et de posséder, et qui excluaient l'homme en tant qu'image concrète du plaisir; mais qui l'enviaient, néanmoins, en s'en cachant, l'enviaient même sous l'apparence lugubre du respect, dans la vie ou dans la mort". Ce roman est fait de croisements, de digressions fulgurantes sur deux thèmes principaux : la marche du jeune Belchior vers la réalité de son rapport à la terre, alors que toute son éducation était programmée pour "le succès inutile du monde", et le sébastianisme, ce messianisme portugais qui attend le retour de Don Sebastião disparu au cours d'une bataille inutile et perdue, au XVe siècle. Ces deux leitmotive se développent dans l'atmosphère étouffante d'une famille de cinq femmes dont Agustina Bessa Luis fait des portraits incroyables de justesse et de pénétration. » (présentation de l’éditeur)

« C'est un de ces amples romans familiaux qui, sur deux générations, tisse les fils de la mélancolie et de l'espoir, un roman d'une brusquerie d'écriture où les interventions de l'auteur viennent donner une "profondeur de champ" qui inscrit cette micro-société agrippée à sa terre de montagne dans l'histoire au temps long d'un peuple ouvert sur l'océan et l'appel des conquêtes. Un roman, enfin, hanté par la triste figure du roi Sebastião. Fou de grandeur, il avait voulu, au XVIe siècle, disputer le Maghreb à l'empire ottoman et disparut avec son armée en grand apparat, toute sa cour partie comme pour une noce, à la bataille d'Alcàcer-Quibir. Disparut au point que l'on ne retrouva pas la moindre trace de son corps, et ainsi naquit un mythe tenace, qu'on retrouvera jusque dans le Brésil du XIVe siècle, celui de la résurrection attendue du Sauveur-Roi. Si on lit là-dessus le livre de l'historienne Lucette Valensi, Fables de la mémoire, on comprendra que ce soit ce roi malade qui habite le livre d'Agustina Bessa Luis, livre du désenchantement, comme il venait rôder dans un film précédent d'Oliveira, Non, ou la vaine gloire de commander, où, en ce vingtième siècle, les soldats perdus d'une patrouille de jungle dans la guerre du Mozambique se racontaient son histoire, et celle de l'engloutissement de son armée. » (extrait d'un article d'Émile Breton, Regard, Novembre 1995)

« Le monde que décrit Belchior est, au premier chef, un univers de femmes, englué dans "la morne dignité de matrones sceptiques et mélancoliques". Un monde où l'intérieur du corps humain, les "viscères" et surtout le sang, ont une présence récurrente. Un monde où les femmes sont "vitales", non tant par leur aptitude à donner la vie que par leur propension à l'accaparer sans méchanceté particulière, à tuer autour d'elles l'impulsion créatrice des hommes. En cela, les femmes de la famille Texeira sont à la fois les seules personnes vraiment vivantes d'un univers défaillant et des créatures monstrueuses, gardiennes jalouses des portes de l'enfer.

Dans l'ombre de ces matrones vivent des hommes en voie d'effacement partiel. Hormis Belchior, qui tente, de toutes ses forces, de lutter contre cet effacement, les hommes de la famille - et peut-être les hommes en général - sont sans cesse menacés d'être réduits à la caricature d'un rôle prédéterminé ou à pas de rôle du tout. » (extrait d’un article de Raphaelle Rérolle, Le Monde, 16 Septembre 1994)

Titre original : O Mosteiro

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