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L'empailleur de rêves

par Nikom Rayawa

( Livre )
L'Aube
Collection Regards croisés
Langue d'origine : thaï
Traduit par Marcel Barang
1998, 150 p.

ISBN : 978-2876784277

La forêt, le fleuve, l'éléphant, l'homme, sa femme, l'enfant : l'histoire peut commencer. Telle, elle est au plus près de ce Siam devenu Thaïlande à qui nous sommes fiers de rendre sa nature. Mais, là-bas, tout n'est pas que « luxe, calme et volupté... »

« Sur les bords de la Yom, un village. Tirées par les éléphants jusqu'à la rive, des grumes descendent les eaux imprévisibles de la rivière. Sur les berges, un enfant, Cam-ngaï, pourchasse les nappes de brouillard. Quand les adultes sont loin, il fait la course et discute avec un éléphanteau orphelin, Plaïssoute. A la saison des pluies, un courant boueux descend du nord et vient lécher le pied des maisons.

Quelques années plus tard, le père de Cam-ngaï, malade, vend l'éléphant pour pouvoir se soigner - en vain. Le jeune homme, fiévreux, hante les bords de la rivière, rêvant d'être cornac. Il rencontre une femme, il a un fils à son tour. Fuyant la pauvreté, mais pas le travail ni la peine, il devient sculpteur et taxidermiste. Son désir d'éléphant n'a pas disparu. Conservé dans l'eau des regrets, il contamine toute son existence jusqu'à l'étouffer. Dans sa remise, Cam-ngaï commence à sculpter un grand éléphant de palissandre. (...)

L'Empailleur de rêves est un roman hanté par les apparences et par la mort. Les souvenirs sont autant de fantômes. Certains profitent des apparences pour se décharger du fardeau de la vie, mais pas Cam-ngaï. Il n'est pas dupe. Tout est mort, depuis que son père a vendu l'éléphant. Les animaux qu'il embaume ne sont que des carcasses. Le grand éléphant de palissandre auquel il sacrifie sa santé, son mariage, son travail, n'est qu'une illusion et il le sait. Il n'aspire qu'à remonter sur le col de Plaïssoute, à ne plus sentir la terre sous ses pieds, enfin libre. Mais pour l'instant, il ne peut que continuer à courir dans le brouillard, à la poursuite de ses désirs disparus, comme s'il pouvait espérer quelque chose de leur matière pelucheuse et fuyante. (...)

Sculptant péniblement son éléphant de palissandre, Cam-ngaï est une image naïve de l'artiste au travail. Ici encore, il faut se méfier des apparences. L'éléphant de bois est aussi vivant que son sculpteur. Ce n'est pas le bois qui est un arbre mort, c'est le fait d'exister, d'être au monde, qui tue toujours un peu plus, qui ridiculise la vie, qui humilie le bonheur. Le réel n'est pas que l'affaire de l'écrivain, c'est aussi l'angoisse de l'homme, de Nikom Rayawa comme de son personnage, du sculpteur comme de sa sculpture. Dans ce livre, l'existence ressemble aux nuages « dont les formes ne [cessent] de changer. Ils [s'étirent] et se [recomposent] et [finissent] par se désagréger en fins flocons qui se [diluent] à l'arrière plan dans l'indigo infini du ciel ». » (extraits d'un article de Nils C. Ahl, Le Monde, 1er juin 2007)

« Il y avait du brouillard ce matin-là. Majdane tenait son panier d'une main et de l'autre aidait le gamin à descendre les marches. L'enfant empaillé débordait de vie. Ils gravirent la butte dans l'herbe humide et entrèrent dans la fraîcheur du brouillard. Un arc-en-ciel resplendit devant eux, tandis que le soleil commençait à réchauffer l'atmosphère. » (extrait)

Roman publié en 1984

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