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Éveil de la Chine (L')par Chen Yan (
Livre
)
Les bouleversements intellectuels après Mao, 1976-2002 : une histoire intellectuelle de la Chine contemporaine
« Voici une histoire intellectuelle de la Chine du dernier quart de siècle. Une gageure. Pour maîtriser la masse énorme de vingt-cinq ans de littérature en chinois, officielle ou clandestine, imprimée ou grise, continentale ou extérieure, il fallait être chinois; mais aussi ne pas être chinois pour pouvoir garder assez de recul devant l’histoire engagée en Chine dans le feu de l’actualité. Double condition à quoi personne ne pouvait mieux répondre que l’auteur de cet ouvrage, autant français que chinois (…). On verra à lire ce livre que, sous l’opacité de l’épais rideau du discours officiel auquel s’arrête la plupart du temps le regard des observateurs étrangers, les vingt dernières années du siècle passé ne le cèdent pas, dans la République populaire, en fertilité des idées en vigueur des débats, en ardeur des esprits, aux vingt années de l’entre deux guerres (…) » (Léon Vandermeersch, extrait de la préface) « L’ouvrage comporte deux parties qui s’articulent autour de la crise de 1989 : la première retrace les différentes étapes de la déconstruction de l’idéologie maoïste puis communiste, la seconde fait état de l’extraordinaire diversification des courants de pensée, rendue possible par l’extinction véritable de l’idéologie, de son pouvoir unificateur et uniformisant. La sortie du maoïsme n’a été possible que dans la mesure où le profond désir de réformes que le traumatisme de la Révolution culturelle avait fait naître au sein de la population était partagé dans l’appareil du Parti, et a bénéficié des luttes de pouvoir pour la succession de Mao. Si cette thèse n’est pas nouvelle, elle est ici minutieusement étayée. L’ouvrage met en lumière les tensions entre un Parti en mal de légitimité pour entreprendre ses réformes et qui croit être à même de contenir la renaissance de la société dans des bornes étroites, des intellectuels désireux de participer à la vie politique mais qui s’aliènent autant qu’ils se libèrent dans leur collaboration avec le pouvoir, et des mouvements de revendications qui tour à tour accélèrent et freinent les réformes. Le pouvoir a été dépassé par la réforme qu’il a lui-même lancée : les intellectuels sont allés beaucoup plus loin dans leurs réflexions qu’il ne l’aurait souhaité et ont investi le système de l’intérieur pour faire renaître un espace public. Le débat relatif au "critère de la vérité", initié par les réformateurs au sein du pouvoir, ouvre la voie de la sécularisation de l’idéologie. Celui sur l’humanisme remet en cause l’éthique communiste. Le mouvement des "Nouvelles Lumières" réévalue les valeurs en vue de la modernisation de la nation. Enfin, le débat sur le néo-autoritarisme, qui précède directement la crise de 1989, se place au-dessus des querelles marxistes et a pour thème central la démocratisation du régime. L’auteur nous plonge dans les arcanes de la casuistique d’un pouvoir qui se méfie tout autant qu’il se nourrit des débats pour justifier son entreprise de réforme. Dans la seconde partie de l’ouvrage, Chen Yan montre que l’enjeu, après 1989, n’est plus de justifier les réformes, désormais acquises dans leur dimension économique, mais de tenter de répondre à la multiplicité des questions qu’elles posent. Le courant nationaliste se présente comme une réaction à la crise identitaire, à la fois culturelle et politique, provoquée par la modernisation. Le néo-conservatisme, tentative pour réconcilier tradition chinoise et modernité occidentale, représente aussi un effort de la part des intellectuels pour tirer les leçons des erreurs passées, en particulier de leur radicalisme, et repenser leur responsabilité dans l’avènement du régime totalitaire et de la crise de 1989. L’auteur, que l’on sent plus adepte de la rupture que de la continuité, souligne les ambiguïtés d’une démarche réformiste et la tentation qui lui est inhérente de justifier le pouvoir en place : la répression de 1989 ne vient-elle pas souligner l’impossibilité de la réforme politique ? Alors que le pouvoir, de plus en plus cynique, gouverne dans les années 1990 sans projet idéologique clair, ce sont les intellectuels libéraux et néo-gauchistes qui se chargent de réinventer des projets de société en réaction aux inégalités sociales et à la corruption grandissantes. Ces deux courants se répondent et s’opposent sur des questions fondamentales comme la justice sociale, l’égalité et la liberté. L’auteur achève son propos en revenant sur les tentatives courageuses de certains libéraux pour faire émerger une conscience collective et exhumer dans sa vérité et sa complexité une histoire sur laquelle règne encore une interprétation officielle sans appel. C’est cette entreprise cruciale encore à l’état d’ébauche qui permettra de conjurer les tentations passéistes des néogauchistes et aidera les intellectuels en lutte contre le totalitarisme à quitter l’épaisseur abstraite des idées pour penser le politique in situ, donner véritablement un sens à la modernité chinoise et peut-être même renouer avec l’action politique. » (extrait d’un article de Perspectives chinoises n° 78, Juillet - Août 2003) ____________________________________________ Si vous commandez ce livre à partir de cette page, BiblioMonde touchera une commission et vous participerez ainsi au financement du site.
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