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Il se fait tard de plus en plus tard

par Antonio Tabucchi

( Livre )
Christian Bourgois
Langue d'origine : italien
Traduit par Lise Chapuis et Bernard Comment
2002, 303 p., 19.82 euros

ISBN : 2267015870

Dix-sept histoires, dix-sept correspondances entre hommes et femmes, dont on ne sait pas grand chose, on devine qu'ils se sont aimés, qu'ils ont connus une rupture.

« Lorsqu'une moderne Parque écrit une lettre circulaire adressée à ses "chers Messieurs", on pourrait y voir une réponse aux dix-sept lettres qui précèdent, toutes écrites par des hommes. Mais la chose est plus compliquée, car ces lettres, sans date ni lieu, sans signature non plus, n'appellent pas de réponse. Elles l'excluent, comme des règlements de compte définitifs, de la part d'individus qui se sentent trahis, car le passé continue d'être présent en eux, dans un impossible travail du deuil, tandis que, sur l'autre rive, les absentes à jamais suivent (fût-ce dans la mort) une conception plus linéaire du temps, où le passé est perdu et fait au mieux l'objet d'une nostalgie, voire de regrets. Dix-sept lettres plus une, dix-sept narrateurs masculins et autant d'univers singuliers qui jettent des ponts entre eux pour finir par construire un vertigineux roman de l'amour impossible. Un roman d'amour nourri de principe de relativité, où même les allusions littéraires semblent les restes d'un naufrage, et qui est aussi, on le devine, une confession cubiste de l'auteur. Rien n'y est réel ou autobiographique, mais tout y est vrai, car transposé, défiguré, universalisé. » (présentation de l'éditeur)

« Il s'agit d'un roman épistolaire, composé de lettres envoyées à des femmes improbables, des amies chères, chéries ou très chéries (l'une d'entre elles a droit à "mon amour"). L'auteur et ses personnages se déplacent dans les zones floues du temps et du monde réel. De quoi est-il question ? De livres jamais écrits, de voyages jamais faits, d'instants fugitifs, fictifs ou rêvés, revécus "comme par enchantement", de nostalgies anticipées, de la note secrète d'un prélude où le musicien a enfermé toute son âme, de ce qui aurait pu être, et qui parfois a été, peut-être. La seule certitude concerne l'Histoire, justement, brièvement évoquée par un rappel de la formule "sinistrement chimique" qui, selon Primo Levi, contenait tous les abîmes du siècle passé : "zyklon B, fission de l'atome et fil barbelé". Le narrateur remonte le fil de vies qu'il invente en se retournant sur ses souvenirs. Chacune de ses lettres dessine un inextricable labyrinthe qui serpente sous le ciel double du souvenir et de la fiction. » (extrait d'un article de Daniel Rondeau, L'Express, 17 janvier 2002)

« L’auteur convoque ici ses doubles, fidèle en cela au modèle absolu que représente pour lui Fernando Pessoa. Il égrène les vies qu’il aurait pu avoir, les lettres qu’il aurait pu écrire ou recevoir. Tour à tour en proie à l’angoisse existentielle, au remord ou au ressentiment, il traverse des lieux toujours différents, de Barcelone à Paris en passant par Londres. Le temps et l’espace sont abolis. Nous entrons dans un "entre-temps", aux limites de l’univers. Il est question de voyages jamais faits et de livres jamais écrits, tous suspendus au seul fil de l’imagination : "De cette fenêtre, je voyais une grande ville (...), je voyais des millions de personnes, je voyais le monde." » (extrait d'un article de Sandrine Martinez, Paru.com 14 février 2002)

Sur la Toile

Un commentaire de Michèle Gazier (Télérama, 26 janvier 2002)

Un commentaire de Philippe Sendek (Jo Web'Zine, Janvier 2002)

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