![]() |
![]() |
|
|
Falungong, secte chinoise : Un défi au pouvoirpar Maria Hsia Chang (
Livre
)
L'empire du Milieu a ses raisons que la raison occidentale ne sait pas toujours. En avril 1999, plus de 16 000 citoyens chinois manifestent sous les fenêtres du quartier général du Parti communiste chinois. Ce qu'ils souhaitent ? La reconnaissance de leur existence et de leur option religieuse, qui est aussi une pratique : le Falungong. Emmenés par Li Hongzhi, les adeptes du Falungong, secte spirituelle issue du Qijong (une pratique ancestrale de la gestion des énergies) n'ont à l'origine aucune ambition politique. Mais le PCC, obsédé de pérennité et de stabilité autoritaires, croit revivre le Printemps de Pékin de 1989. La répression commence puis se développe crescendo. Maria Hsia Chang a enquêté avec acharnement sur cette secte au fouillis mystique patent mais qui renvoie aussi à l'intrication classique du politique et du religieux en Chine, pour montrer en quoi cette traînée de poudre spirituelle en dit long sur l'évolution du pouvoir chinois.
Jean-Luc Domenach, éminent spécialiste de la Chine, déploie pour nous les conséquences politiques d'une telle éclosion religieuse car au fond, ne soit-ce pas des idéaux propres à cimenter des solidarités modernes qui s'expriment dans le Falungong, remettant puissamment en question le PCC ? « Le livre de Maria Hsia Chang se présente comme une synthèse sur un mouvement désormais bien connu : Falungong. Il se divise en cinq chapitres : le premier relate essentiellement les protestations d’avril 1999 et la répression qui a suivi, jusque vers la fin de 2001 environ. Il est beaucoup plus rapide sur ce qui a précédé (la formation et l’expansion du mouvement) et ce qui a suivi. Le second chapitre retrace l’histoire des mouvements millénaristes en Chine, sans établir pour autant un lien précis avec l’événement Falungong. Le chapitre qui suit est une lecture détaillée et attentive de la doctrine de Li Hongzhi. Notons pourtant que, contrairement à ce qu’annonce le titre du chapitre, s’il est question ici des "croyances" les "pratiques" du mouvement ne sont pas étudiées pour elles-mêmes – l’écart possible entre croyances et pratiques serait pourtant un élément de compréhension intéressant. En parallèle à cette analyse, le chapitre suivant examine le discours du pouvoir et les reproches fondamentaux adressés par lui à Falugong. Enfin, le chapitre final situe le mouvement dans les mouvements de protestation intervenant en Chine dans les années récentes et dans la politique chinoise vis-à-vis des groupes religieux en général. Le livre est bien informé, facile à lire, précis dans les faits rapportés, en général équilibré dans ses jugements. Pourtant, s’agissant d’un mouvement désormais bien étudié, on était en droit d’attendre autre chose. Il s’agit d’un rappel factuel, pas d’une tentative d’explication. Le lecteur ne comprend pas vraiment comment et pourquoi ce groupe spécifique a pris une pareille extension. La question des rapports ambigus noués au départ avec certains secteurs du Parti communiste est à peine effleurée. Le rapport exact avec les changements intervenus dans la structure socio-économique est aussi tout juste esquissé (peu d’éléments sur la géographie du mouvement). Même sur le plan factuel, on est en droit d’espérer davantage : quid de l’internationalisation du mouvement après la répression par exemple ? Change-t-elle la nature de Falungong ? Aura-t-elle un impact direct sur la Chine ? Et de quelle façon l’apparition du Falungong a-t-elle redéfini la politique religieuse et idéologique du pouvoir, comme sa compréhension du rôle dirigeant du Parti quant à la définition de la "civilisation spirituelle" ? Enfin, l’analyse des contradictions sociales dont la Chine souffre aujourd’hui est bien parcellaire et consiste surtout en la collecte d’un faisceau d’opinions. En définitive, l’ouvrage reste de circonstance et exigerait dès à présent une mise à jour. Néanmoins, à un moment où les protestations populaires semblent reprendre de la vigueur, l’aventure du Falungong reste d’actualité. Toute tentative de contribuer à sa connaissance comme à son explication reste précieuse pour suivre les évolutions en cours. » (Benoît Vermander, extrait de Perspectives chinoises, juillet 2005) Préface de Jean-Luc Domenach - Le titre original de l’ouvrage est : Falungong, the End of Days, Yale UP, 2004. La traduction française est de Geneviève Brzustowski ____________________________________________ Si vous commandez ce livre à partir de cette page, BiblioMonde touchera une commission et vous participerez ainsi au financement du site.
|
||
|
© BiblioMonde.com
|
|||