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Fascisme en action (Le)

par Robert O. Paxton

( Livre )
Le Seuil
Langue d'origine : anglais (États-Unis)
Traduit par William Olivier Desmond
2004, 448 p., 25 euros

ISBN : 2020591928


Une typologie des mouvements fascistes depuis la fin de la Première Guerre mondiale.

Qu'est-ce que le fascisme ? En réponse à cette question, maints historiens, sociologues ou politiques se sont employés à identifier une essence et à donner une définition abstraite du phénomène. Robert 0. Paxton. lui, a voulu partir du vécu historique. Il suit, étape par étape, comment germent les mouvements fascistes, comment ils prennent leur place dans un système politique en crise, comment ils accèdent au pouvoir, en exploitant. les difficultés d'une société aux abois et en profitant de nombreuses complicités jusqu'au cœur de l'establishment. Le chef « charismatique », les hommes de main et les propagandistes ne sont pas absents, mais relégués à leur juste place dans un phénomène politique global.

« Il faut rendre justice ici à l'intérêt de la démonstration, à la dextérité avec laquelle Robert Paxton se déplace sur tout l'espace européen, adoptant la technique des jeux d'échelle - de l'observation la plus localisée à la focale la plus large. L'ouvrage est d'autant plus passionnant qu'il reste entièrement ouvert. Robert Paxton n'est pas un historien docte, mais un chercheur qui aime à penser avec son lecteur. On peut ainsi ne pas le suivre sur tous les points, notamment lorsqu'il tente d'expliquer que la radicalisation est commune à tous les fascismes, alors qu'elle caractérise massivement le nazisme des dernières années. Et, dans cette optique, on peut considérer que l'Holocauste est autre chose qu'une forme de radicalisation de la voie allemande du fascisme. De même, on peut discuter de sa relative méfiance à l'égard de l'histoire culturelle et, partant, du rôle de l'imaginaire dans la mobilisation des masses et dans le degré d'adhésion au projet fasciste. Avec Le Fascisme en action, Robert Paxton nous offre cependant un modèle de réflexion historique et sociologique sur l'histoire politique récente. C'est la rencontre d'un grand historien avec un grand sujet. » (extrait d’un article de Henry Rousso, L'Express, avril 2004)

« Trop averti pour donner tête baissée dans le piège consistant à proposer à son tour une définition battue en brèche aussitôt que livrée, l'auteur a choisi de penser en historien ce phénomène qui défie l'analyse avec un postulat clair : "Ce que les fascistes ont fait nous en dit au moins autant sur eux que ce qu'ils ont déclaré." Le problème que posent les représentations du fascisme tient à la focalisation sur des moments forts (Marche sur Rome, incendie du Reichstag, Nuit de cristal) derrière lesquels s'efface "la texture coriace de l'expérience du quotidien". Or les mouvements fascistes n'auraient pas pu croître sans l'aide des gens ordinaires et n'auraient pas pu arriver au pouvoir sans l'aval, voire le soutien actif, des élites traditionnelles.

Mettre vigoureusement l'accent sur ces faits, c'est s'interdire de voir dans le fascisme une expérience historiquement datée, mais l'insérer dans l'horizon des possibles de nos temps troublés. Non que le fascisme n'ait vu le jour dans un contexte précis, pour lui fécond. Son terreau, ce fut l'expérience de la Grande Guerre, qui accoucha aux forceps d'une ère nouvelle en Europe. » (extrait d’un article de Laurent Douzou, Le Monde, 14 mai 2004)

« Les deux derniers chapitres sont consacrés à l'actualité du fascisme aujourd'hui. Ainsi qu'à l'élaboration d'une définition, issue plus de l'affect que fondée sur une réflexion. Ses éléments constitutifs sont : un sentiment de crise d'une telle ampleur qu'aucune solution traditionnelle ne peut en venir à bout; la primauté du groupe ; la croyance que le groupe est une victime, sentiment qui justifie n'importe quelle action contre les ennemis internes ou externes; la peur du déclin du groupe sous les effets néfastes du libéralisme, de la lutte des classes ou encore des influences étrangères ; la nécessité d'un sentiment d'appartenance à une communauté plus pure; le besoin d'une autorité exercée par des chefs naturels – toujours de sexe masculin – culminant dans un super-chef national, seul capable d'incarner la destinée historique du groupe ; la supériorité des instincts du chef sur la raison abstraite et universelle; la beauté de la violence et l'efficacité de la volonté, quand elles sont consacrées à la réussite du groupe ; le droit du peuple élu à dominer les autres dans une logique darwinienne. Définition qui amène à une conclusion inquiétante : l'existence encore aujourd'hui des prémisses du fascisme dans tous les pays démocratiques, les États-Unis y compris. Cependant, il est possible de l'éviter car "l'avancée du fascisme vers le pouvoir dépend en partie de la sévérité de la crise, mais aussi très largement de choix humains, en particulier de ceux qui détiennent le pouvoir en matière économique, sociale, et politique", écrit Paxton au terme de cet ouvrage qui fera date dans l'historiographie d'un phénomène à l'origine des pires souffrances du XXe siècle. » (extrait d'un article d'Isabelle Paccaud, Le Temps, 29 mai 2004)

Titre original : The Anatomy of Fascism

L'édition de poche

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