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Fausse route

par Élisabeth Badinter

( Livre )
Odile Jacob
2003, 225 p., 17 euros

ISBN : 273811265X

Réflexions sur 30 années de féminisme

« Pour les femmes, quels sont les progrès réels accomplis depuis quinze ans ? Le discours féministe qui se fait le plus entendre aujourd’hui reflète-t-il la préoccupation de la majorité d’entre elles ? Quels paradigmes féminin et masculin cherche-t-il à promouvoir ? Quel modèle de sexualité veut-il imposer ? » (présentation de l’éditeur)

« À en croire certains discours, il ne s’agit plus seulement de condamner les obsédés, les pervers. Le mal est bien plus profond et touche la moitié de l’humanité. C’est le principe même de virilité qui est mis en accusation. D’un côté Elle, impuissante et opprimée; de l’autre Lui, violent, dominateur, exploiteur. Les voilà l’un et l’autre figés dans leur opposition. On prône ainsi un encadrement de plus en plus strict de la sexualité masculine qui atteint par ricochet celle des femmes. L’élargissement progressif de la notion de crime sexuel et la répression mise en place depuis quelques années dessine la carte d’un sexe légal, moral et sacralisé en opposition radicale avec la liberté sexuelle dont usent les nouvelles générations. En luttant aujourd’hui pour l’élargissement de la répression du crime sexuel à la prostitution et à la pornographie, le féminisme bien pensant n’hésite pas à faire alliance avec l’ordre moral le plus traditionnel. L’enjeu de la bataille est fondamental : il ne s’agit rien moins que de la redéfinition des rapports entre hommes et femmes, et de leurs libertés réciproques. Lutter contre la domination et les violences masculines est une nécessité; mais vouloir aligner le masculin sur la féminité traditionnelle est une erreur, sinon une faute. L’Un est l’Autre, à condition que persistent l’Un et l’Autre. Parallèlement, la remise à l’honneur de la différence biologique entre hommes et femmes est-elle propice à l’émancipation de celles-ci ? À faire du biologique le critère distinctif des femmes, on justifie par avance la spécialisation des rôles que l’on s’est efforcée de combattre depuis plus de trente ans. On redonne ainsi vigueur aux vieux stéréotypes. Il est à craindre que les hommes aient tout à y gagner et les femmes beaucoup à y perdre. » (l'auteur)

« S’il y a eu fausse route, c’est qu’il y a eu bifurcation. Je pense que le bon chemin était celui que l’on avait pris il y a vingt ans, et qui consistait à se battre sur le triptyque : liberté, égalité, fraternité.

Aujourd’hui, la liberté est passée absolument au second plan. Ces féministes, justement à cause des associations, ont vu dans la liberté sexuelle des femmes, par exemple, l’effet le plus pervers que l’on pouvait trouver, ces dernières étant devenues "des objets de consommation sexuelle". Tout a été transformé à partir de la pratique associative. Les universitaires, pour la plupart, ont également pris ce train-là. Ainsi, l’égalité a été oubliée au profit de la parité. Mais les mots ont leur importance. Regardez bien : le mot parité est en train de se substituer, au-delà même du féminisme, au mot égalité. Égalité a une signification, parité en a une autre.

Le grand public – je le comprends très bien, parce que c’était très compliqué – n’a pas saisi le sens du débat sur la parité. Je considère que le combat pour imposer l’écriture de la différence des sexes dans la Constitution instaure un tournant philosophique et idéologique catastrophique. Parce qu’en introduisant le différencialisme, on remet en avant les caractéristiques traditionnelles de la femme et donc on revient à un discours anté-pouvoir, à un discours pré-féministe. » (Élisabeth Badinder, extrait d'un entretien avec l'Arche)

« Son dernier livre, Fausse route, dédié à sa fille Judith, est très éclairant sur l'anti-féminisme de cette intellectuelle. Pour elle, les féministes se sont rendu coupables, ces dernières années, de vouloir instaurer "un nouvel ordre moral". Élisabeth Badinter ne se soucie guère de démêler le féminisme français de ses dérives américaines : elle se sert au contraire de la caricature outre-atlantique pour railler, dans son ensemble, un modèle féministe "obsédé par le procès du sexe masculin et la problématique identitaire". Elle moque le "thème de l'éternelle oppression masculine" et la "victimisation du genre féminin". Avant d'assurer : "À souligner sans cesse l'image de la femme opprimée et sans défense contre l'oppresseur héréditaire, on perd tout crédit auprès des jeunes générations". Reste à déterminer quelle est la véritable "identité" de l'auteure de ces lignes : l'essayiste de XY. De l'identité masculine ou la présidente du conseil de surveillance de Publicis ? (extrait d'un article de Marie Bénilde, Acrimed, 8 décembre 2003)

Sur la Toile

Élisabeth Badinter dénature le féminisme pour mieux le combattre (par Élaine Audet, Sysiphe, 29 septembre 2003)

La réaction des Chiennes de garde (25 mai 2003)

Un féminisme bien tempéré (par Arnaud Spire, L'Humanité, 28 mai 2003)

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