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Figures du Palestinien : Identité des origines, identité de devenir

par Elias Sanbar

( Livre )
Gallimard
Collection NRF essais
2004, 300 p., 19.5 euros

ISBN : 2070759369

Une étude d'anthropologie historique sur l'identité palestinienne. L’auteur distingue trois époques : les « Gens de la Terre sainte » durant la période de l'Empire ottoman, « les Arabes de Palestine » sous le mandat britannique et « le Palestinien invisible » après l'expulsion de 1948.

« Si le commencement de l’histoire n’a jamais eu lieu, si les identités ne possèdent pas de date de naissance et si nos racines sont devant nous, c’est que seuls les flux identitaires existent, insaisissables autrement que dans leur mobilité de lignes traversant temps et lieux et qu’il convient d’appréhender à certaines périodes en quelque sorte privilégiées de leur parcours, à certaines hauteurs de leur circulation. » (Elias Sanbar)

« De la chronique du conflit palestino-israélien, de l'histoire séculaire de chaque camp, des enjeux stratégiques ou des négociations de paix, de l'actualité aussi, il n'est pas question dans ce livre. Voici pourtant un des ouvrages les plus éclairants sur la question, car il livre, grâce à une approche d'anthropologie historique, les clés fondamentales de l'identité palestinienne. Peuple expulsé de sa terre en 1948, les Palestiniens, sans jamais oublier ou négliger leur histoire, se définissaient d'abord par leur géographie si particulière, celle de la Terre sainte. Trois figures retracent leur identité de devenir. Gens de la Terre sainte : du temps de l'Empire ottoman, les Palestiniens, plus encore qu'Arabes occupés, se définissent par le pays où coexistent communautés et religions et dont les paysages sont marqués par les fusions des lieux de culte et de pèlerinage des monothéismes. Arabes de Palestine : du temps du Mandat britannique, lorsque se bâtit le "Foyer" sioniste qui prétend appuyer ses droits sur une antériorité des Juifs sur les Arabes, au point que la "montée" vers la Palestine est un retour et non une venue, les Palestiniens, pris dans la double tourmente des colonialismes britannique et juif, deviennent, malgré résistance et révoltes, graduellement des étrangers sur leur propre terre. L'Absent ou le Palestinien invisible : après l'expulsion de 1948, alors que le nouvel État d'Israël gère les biens des expulsés comme "biens des absents" et qu'il efface ou modifie méthodiquement, au fil des années, toponymie et topographie, les Palestiniens, parqués par villages entiers dans les camps de réfugiés, cultivent la mémoire des lieux et nourrissent l'idée du retour. Un rapport à l'histoire, évoluant en pure nostalgie, aurait peut-être permis que les Absents se dissolvent dans les pays arabes voisins, confirmant les vœux longtemps émis à travers le monde : "Les Palestiniens, ça n'existe pas." Mais le rapport à une terre exilée dont on enseigne les paysages originaires aux nouvelles générations explique cette survie, contre les vents de l'histoire et les marées des guerres. Après des siècles de présence chez lui, le peuple palestinien réclame un État, puisque la communauté et le droit international ont érigé l'État-nation en seule forme possible, pour un peuple, de présence libre et souveraine sur sa terre. » (présentation de l'éditeur)

« (…) les Palestiniens ont d’abord vécu leur bannissement comme une suspension du temps, et ils ont mis beaucoup de temps à intégrer la réalité. Puis ils ont commencé à développer l’idée que l’on pouvait distinguer entre la patrie et l’Etat, et à accepter que leur Etat ne recouvre pas exactement leur patrie. Soyons clairs : ils n’ont jamais pensé que la partie de territoire sur laquelle est installé l’Etat d’Israël ne serait plus leur patrie, mais ils l’ont accepté. Et cette acceptation a été très douloureuse. Je pense que les Palestiniens n’ont pas assez dit leur douleur, ils n’ont pas dit quelle violence intime ils se sont infligée. S’ils l’avaient fait, les Israéliens mesureraient mieux à quel point leur offre de deux États est sincère. » (extrait d’un entretien avec l’auteur, Le Nouvel Observateur, 11 novembre 2004)

« Elias Sanbar s'interroge sur la notion d'identité des Palestiniens. Il dénonce comme une sorte de négationnisme l'"interrogation biaisée" : qui, du peuple juif ou des Arabes (ceux que l'on désigne par le nom de Palestiniens), "était là avant les autres" ? Car, pour le Palestinien Sanbar, la question essentielle n'est pas "d'où sommes-nous" mais "où sommes-nous ?". Pour l'auteur, l'identité des Palestiniens est en devenir. "Nos racines sont devant nous", affirme-t-il. Une trahison, pourraient dire certains Palestiniens ! Non, mais la réponse d'un brillant militant philosophe. » (extrait d'un article des Echos du 16 décembre 2004)

Sur la Toile

Figures du Palestiniens : entretien avec Elias Sanbar (SolidaritéS, décembre 2004)

Compte-rendu de lecture par Bruno Modica (Clionaute)

Dans BiblioMonde

Les Palestiniens. La photographie d'une terre et de son peuple de 1839 à nos jours


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