BiblioMonde

Goulag

par Tomasz Kizny

( Livre )
Balland
2003, 495 p., 59 euros

Co-éditeurs : Acropole et Géo - ISBN : 2735702413

550 photographies - d'archives ou contemporaines - exceptionnelles, constituant un nouveau témoignage irréfutable sur les atrocités du goulag, des îles Solovki à la Kolyma en passant par le chantier du Belomorkanal.

Outre de nombreux documents photographiques d'archives portant témoignage de la vie dans les camps de 1923 aux années 1960, Tomasz Kizny apporte ses propres photographies, posant sur ces sites désormais en ruines et sur leurs populations hétéroclites un regard d'une étonnante profondeur et d'une rare humanité. Il a également rassemblé, dans une vaste collection, des documents historiques d'origines diverses, provenant d'anciens détenus ou administrateurs du Goulag, d'archives privées, mais aussi d'archives conservées par les administrations de l'ex-Union soviétique.

« Voilà les Solovki, l'origine de la catastrophe concentrationnaire, haut lieu religieux fiché sur un archipel de mer Blanche, transformé dès 1923 en camp de travail. Voici le Belomorkanal, canal commandé par Staline pour relier la mer Blanche à la Baltique, exécuté en vingt mois par des dizaines de milliers de détenus. Et la Kolyma, sans doute les camps les plus meurtriers, où des centaines de milliers de prisonniers s'épuisaient à chercher de l'or pour le régime. Ou encore la Voie morte, gigantesque voie ferrée qui devait relier l'orient et l'occident de l'Empire par le Nord sibérien, mais qui ne mènera nulle part, sauf à filer la métaphore d'un système aussi absurde que cruel.

Le chapitre sur la Voie morte fournit un bon exemple du travail de mémoire de Tomasz Kizny. Aux vieilles photos des travaux ferroviaires, fétus de paille vite balayés par la nature polaire, succède l'admirable regard contemporain de Kizny, qui a retrouvé les traces du projet abandonné à la mort du tyran. Une locomotive submergée par la taïga, des baraquements qui s'enfoncent dans la plaine immense, des rails qui se tordent comme s'ils étaient pris d'un ultime spasme sont autant de témoignages sobres du Goulag. Mais ils en disent long sur une réalité qui, malgré tout, persiste à nous échapper, et dont l'ombre portée, pour reprendre l'expression de Sergueï Kovalev, ancien détenu de la Kolyma, aujourd'hui député à la Douma, entretient toujours en Russie la peur et le silence, ou les vérités partielles. » (extrait d’un article de Luc Debraine, Le Temps, 18 octobre 2003)

« La majorité des photos sont des portraits de détenus. Des visages face-profil à usage d'archivage policier. Et puis des vues des camps, des scènes de travail, de chantiers pharaoniques, souvent absurdes, dans lesquels des millions de personnes s'épuisent et meurent. Quelques rares documents montrent le délabrement des corps. Mais on ne voit pas la mort. On ne voit pas l'empilement des corps que l'on ne peut enterrer l'hiver dans la terre gelée, comme le raconte Chalamov. "Je n'ai pas trouvé ces photos, répond Tomasz Kizny. Existent-elles ? Peut-être dans les archives présidentielles de Russie ou dans celles du KGB. Il est quasi impossible de les consulter. C'est trop tôt." Le photographe s'est vu aussi refuser l'accès d'un fonds d'images détenu par un ancien officier concernant la construction de la Voie Morte - "Il posséderait une armoire pleine de documents." Cette mort invisible participe, parmi d'autres facteurs, à ce que Tomasz Kizny appelle "la défaite de la mémoire". Il explique : "Les camps d'extermination nazis sont des usines de la mort que l'on peut visiter, où l'on peut se recueillir. Le goulag a laissé peu de traces matérielles. On parle de millions de victimes, mais où sont les tombes ?" » (extrait d’un article de M. Guerrin, E. de Roux et D. Vernet, Le Monde, 9 octobre 2003)

« Dans les images d'aujourd'hui, insistant sur le fait que les sites sont déjà recouverts de strates humaines plus modernes, la plus émouvante est certainement celle représentant le couple Nina Savoeva-Boris Lechniak. L'une médecin, l'autre détenu, ils se rencontrèrent à la Kolyma et y sauvèrent notamment Chalamov.

À part les images d'amoncellements de chaussures, qui font penser à la Shoah, on ne voit aucun corps supplicié, fusillé. Tout se passe comme si les cadavres s'étaient volatilisés. Peut-être dans les archives du KGB que l'auteur n'a pas pu consulter ? Par contre, on voit, en plein centre de Magadan, la capitale de la Kolyma, une statue édifiée tout récemment à la gloire d'Edouard Petrovitch Berzine, un des maîtres d'ouvre du goulag. De quoi se poser bien des questions sur la société russe d'aujourd'hui et la façon dont elle affronte son passé... » (extrait d’un article de Magali Jauffret, L'Humanité, 29 novembre 2003)


Préfaces de Norman Davies, Jorge Semprun et Sergueï Kovalev. Réalisation Dominique Roynette.

Sur la Toile



Photos des camps de travail forcé en URSS : image d'archive (un site dont les pages se déroule horizontalement) par Tomasz Kizny

D'autres photographies sur le site de la galerie Zacheta

La photographie polonaise (fr.) par Adam Sobota


Dans BiblioMonde

Goulag : Le peuple des zeks

Ozerlag, 1937-1964 : Le Système du goulag

L'archipel du goulag

Récits de la Kolyma : L'expérience des camps du Goulag où l'auteur a passé dix-sept années de sa vie. Un témoignage unique

____________________________________________

Si vous commandez ce livre à partir de cette page, BiblioMonde touchera une commission et vous participerez ainsi au financement du site.



 
© BiblioMonde.com