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Guerre comme maladie sociale (La) et autres textes politiques

par Mirko Grmek

( Livre )
Le Seuil
octobre 2001, 262 p., 42 euros

ISBN : 2020499312 (coffret de 2 volumes, vendu avec : La vie, les maladies et l'histoire).

Recueil d'articles de presse que l'historien a consacré à la guerre en Yougoslavie, en particulier à la Croatie dont il est originaire.

« La volonté de faire le lien entre l'historien des sciences biomédicales et l'auteur de Nettoyage ethnique, documents historiques sur une idéologie serbe est moins convaincante. Qu'un tel lien existe est avéré; en préciser la nature n'est pas chose aisée.

La cohérence vécue est hors de doute. Elle est celle d'un chercheur dont la curiosité dominante était de type scientifique, mais qui avait choisi d'étudier la médecine parce qu'elle est le pont qui unit les deux cultures, littéraire et scientifique, et qu'il espérait "apprendre tout ce qu'on peut savoir sur la nature et sur la condition humaine". Elle est aussi celle d'un démocrate militant, qui confie avoir été poussé vers l'histoire de la médecine par goût de l'indépendance et aversion pour les hiérarchies, et dont l'engagement contre la purification ethnique fait écho à son engagement contre la dictature nazie. Louise Lambrichs, dans son élégante introduction biographique, insiste sur cette unité vécue.

La cohérence politique est celle d'un patriote, Croate de naissance, qui tente de convaincre ses interlocuteurs, notamment les intellectuels français, des insuffisances de la Communauté européenne et de l'aveuglement du gouvernement français, qui persiste dans ses efforts pour préserver l'intégrité de la Yougoslavie. Tout à son combat pour établir que le nettoyage ethnique fait partie de l'idéologie grand-serbe, Mirko Grmek est moins attentif à la manipulation du nationalisme dans son propre pays. Bien que critique à l'égard de Franjo Tujman, il n'a pas pris l'exacte mesure de son exaltation d'une grande Croatie, de sa mainmise sur les médias, de son harcèlement de l'opposition. Dix ans après, au moment où Slobodan Milosevic s'apprête à rendre compte de ses crimes devant le Tribunal pénal international de La Haye, une juste appréciation des effets dévastateurs de l'exacerbation des nationalismes, en Serbie mais aussi en Croatie, est possible et nécessaire. » (extrait d'un article de Jean-Paul Thomas, Le Monde, 4 janvier 2002).

« La Guerre comme maladie sociale et autres textes politiques "Quand on appartient à une petite nation tout à la fois négligée et agressée, il faut bien parler pour elle. Ce que fit Mirko Grmek, en combattant inlassablement l'arrogance, les automatismes et la désinvolture de la France, sa patrie d'adoption. Il ne mettait pas son drapeau dans sa poche, mais le besoin de comprendre et l'exigence d'objectivité qui caractérisaient ses travaux scientifiques, non plus. Saisi par le romantisme de l'appartenance, il restait un homme des Lumières. Je l'ai aimé pour ce mariage en lui de la fidélité et de la méthode, des principes valables pour tous et de la sollicitude envers les siens. Souffrant pour la Croatie il ne sacrifierait jamais l'exactitude au pathos et savait défendre sa patrie de naissance menacée, attaquée, calomniée, méprisée, tout en prenant ses distances avec la politique menée en Bosnie par le gouvernement de Franjo Tudjman. Il se battait pied à pied contre la désinformation. À aucun moment cependant, il n'a cédé à la tentation si courante de déguiser en désinformation les informations défavorables à la cause qu'il servait avec ferveur. Ce fut, pour moi, pendant toutes les années de cette guerre, un interlocuteur béni. Le pays que je défendais avait un visage. » (par Alain Finkielkraut, le préfacier)

« La vie, les maladies et l'histoire Certains historiens s'intéressent aux événements du passé, d'autres se passionnent davantage pour ce que le passé nous apprend sur l'humanité. Mirko D. Grmek fut de ceux qui ambitionnèrent de comprendre la condition souffrante de l'homme. Qu'il aborde l'histoire de la pensée et des pratiques médicales ou celle des maladies, son projet intellectuel fut toujours d'éclairer les conditions qui font de l'homme un vivant fragile en constante recherche d'équilibre avec lui-même et son milieu. Le concept de pathocénose (soit l'ensemble des états pathologiques présents dans une population donnée à un moment précis), que l'on doit à Mirko D. Grmek, dit bien ce souci permanent d'éclairer la complexité de la condition humaine et de considérer l'homme dans son intégralité afin de favoriser l'amélioration de l'état sanitaire de tous et de chacun. Historien engagé dans les débats et les luttes politiques, liant de manière unique vie et travail intellectuel, Mirko D. Grmek restera commme une des grandes figures de l'humanisme au XXe siècle. » (quatrième de couverture)

 
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