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Gueule d'Ange

par Tristan Mendès France

( Livre )
Favre
avril 2003, 116 p., 17 euros

Collection : dossiers et temoignages - ISBN : 2828907236

Le portrait d'un des pires tortionnaires argentins dont les crimes sont restés, à ce jour, impuni.

La dictature qui a sévi de 1976 à 1983 en Argentine fut l'une des pires qu'ait connu l'Amérique Latine après guerre. Avec 30 000 disparus, des méthodes de torture et d'élimination d'une violence et d'une perversion extrême, cette "sale guerre" reste un cas d'école. D'autant qu'aujourd'hui encore toutes les responsabilités n'ont pas été identifiées, et pour celles qui le furent, des lois d'amnistie ont coupé court à toutes les investigations. De tous les tortionnaires, un nom est vite apparu central, celui d'Alfredo Astiz, un capitaine de frégate, bel homme, fier et orgueilleux. Surnommé "Gueule d'ange" ou "l'ange exterminateur" par les associations humanitaires argentines, il est devenu le symbole des horreurs commises durant la dictature. Et surtout de l'impunité dont ont bénéficié les exécutants. Cette terrible histoire qui secoue encore aujourd'hui une Argentine en crise pourrait paraître bien lointaine. Ce serait oublier que des ressortissants européens (France, Suède, Espagne, Italie) ont également été assassinés, que des centaines de familles attendent encore de savoir ce que sont devenus leurs proches, ou que des centaines de bébés volés aux opposants du régime assassinés ne connaissent pas leur véritable identitée. En attendant, Astiz coule des jours paisibles sur les bords de la Plata, revendiquant haut et fort ses convictions et ses crimes et pavanant sur le cimetière des victimes qu'il a supplicié.

Cette enquête se veut un plaidoyer. D'abord pour les victimes et leurs familles dont le deuil n'est pas consommé, ensuite pour dénoncer l'impunité dont bénéficie des criminels contre l'humanité comme Astiz. Riche de nombreux documents inédits, récemment déclassifiés, d'entretiens exclusifs, l'enquête de Tristan Mendés France plonge le lecteur au cœur d'un système militaire paranoïaque devenu fou.

« En un peu plus d'une centaine de pages, pas toujours très bien organisées, Tristan Mendès France - le petit-fils de Pierre - nous invite à un hallucinant voyage : des chambres de torture de la sinistre Ecole de mécanique de la marine, où officiait "Gueule d'Ange", aux largages en mer de prisonniers "balancés" depuis les hélicoptères. Etayée par des documents américains déclassifiés en 2002, son enquête serrée retrace, au travers du parcours d'Alfredo Astiz, les mécanismes et les obsessions de l'une des dictatures les plus sanglantes d'Amérique latine. Au moment où la Cour pénale internationale s'apprête à entrer en fonction, l'échec qu'il représente pour la justice est édifiant. » (extrait d’un article de Bernard Bridel, Le Temps, 16 juin 2003)

« Dans un livre qui mêle entretiens, documents déclassifiés et retours sur l'histoire, Tristan Mendès France restitue Astiz au cœur d'un système mortifère : une machine à tuer, dit-il de lui-même, qui ne discuta jamais les ordres. "J'étais d'accord", précise-t-il dans un entretien à Tres Puntos qui lui valut trois mois avec sursis pour apologie du crime. "Parler lui aura coûté plus cher que tuer", titrait Pagina 12 en mars 2000. Mendès France retient de l'histoire politique argentine une "posture", l'apologie extrême d'une identité nationale "conçue restrictivement comme réactionnaire et catholique", terreau d'une dictature qui s'était fixé une mission, la "réorganisation sociale". Qui ira jusqu'à créer un réseau d'adoption d'enfants d'opposants assassinés, confiés à des proches du pouvoir afin qu'ils soient élevés dans l'ordre et la foi chrétienne. Trente ans après, la page n'est pas tournée et l'Argentine peine à s'en remettre. Une génération politique a disparu dans la violence, et celle qui a participé aux élections générales de dimanche dernier est en partie décrédibilisée. » (extrait d’un article de Marie-laure Colson, Libération, 3 mai 2003)

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