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Histoire des marranes

par Cecil Roth

( Livre )
Liana Levi
Collection Piccolo
Langue d'origine : anglais
Traduit par Rosie Pinhas-Delpuech
septembre 2002, 352 p., 11 euros
Première édition : 1998
ISBN : 2867463025

« L'Espagne, à l'apogée de sa gloire, achève la Reconquista, chasse les Arabes de la Péninsule, lance ses vaisseaux à la conquête de l'Amérique et expulse les Juifs, présents dans le pays depuis mille quatre cents ans. Certains d'entre eux, convertis de force par l'Inquisition, vont continuer à pratiquer en secret leur religion. Les Espagnols les appelleront de façon méprisante marranos et ce nom leur restera. Avec le temps il prendra même une résonance romantique à l'image de leur histoire faite de clandestinité, dans l'Europe de la Renaissance, mais aussi dans le Nouveau Monde. » (présentation de l'éditeur)

« Le mot marrane ("porc" en espagnol) est un terme volontairement offensant, désignant en Espagne et au Portugal les juifs convertis et leurs descendants, à partir du XVe siècle. (…) Le marranisme n'est pas la simple conversion forcée au christianisme suivie de l'observance dans la clandestinité des rites du judaïsme. Sa caractéristique essentielle, c'est que ces rites aient été transmis de génération en génération : "c'est là (observe l'historien Cecil Roth) un phénomène unique". » (France culture)

« Lors de l'expulsion des juifs du pays en 1492, une très grande partie des réfugiés empruntèrent le parcours le plus facile et se rendirent au Portugal, où ils furent autorisés à s'installer moyennant paiement. Néanmoins, quelques années après en 1496/7, la politique royale du Portugal se modifia et la décision fut prise de suivre l'exemple de l'Espagne, c'est à dire imposer aux Juifs le baptême ou l'exil. En fait, il n'existait qu'une seule alternative. Afin de ne pas perdre ces sujets de valeur, tous les juifs furent baptisés sous la contrainte souvent par le simulacre d'une véritable cérémonie et furent de la sorte considérés comme chrétiens. Seulement une petite minorité fut en mesure de s'échapper du pays à temps. Ainsi le Portugal, encore bien plus que l'Espagne, se combla de "Marranos", appelés à confronter l'Inquisition qui sévira également dans ce pays au début du siècle suivant.

Dès qu'ils furent en mesure de le faire, un grand nombre de Marranos se frayèrent un chemin hors de la Péninsule vers les pays où régnait une plus grande liberté et où ils témoignèrent leur fidélité au Judaïsme. L'on peut dire que ce processus continua sans interruption au cours des deux siècles et demi à venir. Au début, les centres d'émigration Marranos se concentrèrent dans les villes italiennes et turques, où les réfugiés se joignaient aux communautés existantes et perdaient vite leur identité en s'y intégrant.
A la fin du 16e siècle, l'équilibre bascula. Les pays se trouvant au Nord, en particulier : la Hollande et l'Angleterre, étaient désormais entrain de diriger le commerce mondial et ce furent ces pays qui attirèrent à présent les marchands et financiers Marranos, désirant fuir les persécutions de l'Inquisition. Ainsi donc se forma, à la fin du 16e siècle la grande communauté espagnole et portugaise d'Amsterdam, celle de Hambourg naquit quelques années après et celle de Londres en 1656, fruit des efforts suprêmes de Menasseh ben Israël.
D'autres communautés de ce genre existaient au Sud de la France (Bordeaux et Bayonne), dans les Indes Occidentales (Jamaïque et Curaçao, etc.) et dans les colonies d'Amérique du Nord (New York, Newport, Savannah, Charleston). En Amérique du Sud, l'Inquisition sévissait dans les régions qui se trouvaient sous la domination espagnole. Bien que beaucoup de Marranos s'y installèrent, des communautés juives ne pouvaient s'y former au grand jour, quoique au Brésil, une communauté se créa dans le petit intermède de la première du 17e siècle, lorsque ce pays fut sous domination hollandaise. Cette émigration vers le Nord de l'Europe créa une autre catégorie de communautés Sefardi, qui développèrent un mode de vie caractéristique propre. Ces juifs se considéraient et furent considérés par leurs voisins comme "l'aristocratie" du monde juif. Au 17e siècle, ceux-ci furent indubitablement l'élément le plus important et en certains points l'essence du peuple juif. » (Cecil Roth)



 
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