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Ils ont tué Ben Barka

par Frédéric Ploquin, Jacques Derogy

( Livre )
Fayard
1999, 456 p., 19.82 euros

ISBN : 2213603820

Le livre comprend une enquête de Jacques Derogy sur la disparition de Ben Barka, opposant marocain enlevé et assassiné en France en 1965 par les services chérifiens avec la complicité active de certains membres de l'administration française. Le résultat de ces investigations réalisées en 1967 était resté non publié. Elles ont été menées grâce à des rapports de police confidentiels et au dossier d'instruction du juge Zollinger, qui a inculpé les principaux protagonistes de ce meurtre sans cadavres. Le travail de Jacques Derogy fourni de nombreux détails sur le rôle direct ou indirect de policiers français et marocains, de truands, de membres des réseaux parallèles gaullistes, et de hauts responsables français, comme marocains. L’enquête de Derogy a été retrouvée dans ses archives après sa mort en 1997. Elle a été augmentée d'une deuxième partie écrite trente ans après par le journaliste Frédéric Ploquin.

La seconde partie évoque une série de rencontres avec des survivants mêlés à l'affaire, de l’honorable correspondant du Sdece Antoine Lopez à l’ex-préfet de police Maurice Papon en passant par Fatima Oufkir, la veuve du général… F. Ploquin s'est fait communiquer des archives jusqu'alors fermées. Ce travail, réalisé avec la collaboration de Renée Derogy-Weitzmann,, veuve du journaliste, permet à l’auteur de proposer quelques hypothèses « qui permettent de cerner les assassins ».Le livre, sorti au mois de mai 1999, se termine par une lettre ouverte au roi, Hassan II, qui avait refusé de recevoir le journaliste.

« Ce livre réunit une enquête ancienne, mais inédite et acérée, du célèbre journaliste d'investigation Jacques Derogy, et une série de suppléments d'enquête diligentés par l'un de ses successeurs, Frédéric Ploquin. Bien qu'il ne lève pas toutes les parts d'ombre, cet ouvrage composite constitue comme tel une mine d'informations sur le rapt en France, puis l'élimination, en France ou au Maroc, de l'un des plus grands leaders des indépendances africaines. L'instruction judiciaire est toujours en cours... grâce à l'insistance du frère de la victime.
Il semble bien que le général Oufkir, tout-puissant ministre de l'Intérieur du Maroc, ait été au cœur de la décision d'assassiner Ben Barka : cet ancien officier de l'armée française gérait un système policier et barbouzard franco-marocain que dénonçait trop vivement le leader politique. Un mois avant les faits, le ministre de l'Intérieur Roger Frey a passé une semaine de vacances au Maroc, dans la propriété d'Oufkir. Frey était aussi le ministre du SAC (Service d'action civique, Lire à ce propos).

Ce qui nous intéresse surtout, donc, ce sont les connexions avec le "milieu" qui a permis l'enlèvement en France. C'est une partie du réseau Foccart : le député-avocat-barbouze Pierre Lemarchand, le caïd, proxénète et ex-collaborateur de la Gestapo Georges Boucheseiche, les truands Dubail et Le Ny, soit un échantillon du SAC. Sous la couverture du patron des Renseignements généraux parisiens, Jean Caille, et du Préfet de police Maurice Papon.

Pour un ancien responsable des services secrets (le Sdece, ancêtre de la DGSE), Jean-Pierre Lenoir, « l'affaire Ben Barka, ce sont des créatures du gaullisme qui échappent à leurs créateurs. Quand les membres du gouvernement se sont aperçus que les leurs étaient mêlés à l'enlèvement, ils ont pris la décision d'aider les coupables à disparaître ». Et Frédéric Ploquin de commenter : « Voilà pointé le degré minimal de la responsabilité française : [...] le gouvernement couvre la disparition des criminels » (p. 336). - qui sont ses « amis ».

Conséquence de l'impunité : on en est au même stade un tiers de siècle plus tard. Comme le dit Gérard Prunier, on retrouve sur la scène africaine « des disputes de voyous dans une arrière-cour. Ce sont de petites histoires, dont les acteurs sont de petites gens ». « Des gens qui, au Rwanda, se sont mouillés au-delà de l'imaginable et qui relèvent des tribunaux ordinaires - mais dont la délinquance peut aller jusqu'à tremper dans un génocide. » Souce d’Afrique, Réseau Voltaire, août 1999.

Sur la Toile

Le mystère Ben Barka (par Jean-Marc Theolleyre, Le Monde)


À lire

Le mystère Ben Barka par Jacques Derogy
Historia n° 422 - janvier 1982 - 10 pages


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