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Incendiaires de Tanger (Les)

par Souad Guennoun

( Livre )

1997

Co-édition : Tarik (Maroc)/ Éditions de l'œil (France).

Un reportage sur les enfants des rues de Tanger. « Incendiaires », c'est la traduction par l'auteur de deux termes des rues : haragas (ceux qui sniffent, anesthésie leur mémoire, brûle leur moi intérieur) et chankaras ( ceux qui brûlent les frontières internes, leur village, leur territoire, pour fuir vers d'autres horizons). Ils vivent aux milieu des détritus et se droguent en sniffant des chiffons imbibés de colle, et autres produits de défonce.

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Commentaires

« Des enfants se déversent dans les rues de Tanger et s'y perdent. Ces diables livrés à l'asphalte, jouent à l'aventure, au risque, mais aussi au péril. De fascinante, Tanger comme Casablanca vont devenir un "compte de faits" terrifiants pour enfants. C'est la descente fatale vers la violence et l'indifférence. Ça sniffe, sniffent... en vue d'assumer l'épuisement, les privations, la pourriture, les vexations, les viols en série... Ils deviennent les " chamkaras " flottant en bande dans les points de passage, les gares, les marchés. Personne pour les accueillir, les aider. Du gaspillage humain au vandalisme, sabotage et autre sape de l'avenir.

À Tanger, des gamins par grappes attendent de partir en Espagne. Espoir de délivrance, ils "brûleront" les frontières. Les "harragas". Tout au long de ce travail, j'ai réalisé que les enfants dans les rues sont toujours plus nombreux, chaque jour un peu plus. Et de plus en plus jeunes. Témoin impuissant.... Le témoignage visuel, a souvent provoqué des altercations d'une violence soudaine et inouie. » (Souad Guennoun, Revue Noire n° 33-34).

« Généralement, lorsqu’on braque un appareil photo sur quelqu’un, il a tendance à donner une image sur lui-même, ce qui peut nous induire en erreur. Or, vos photos paraissent authentiques. Comment vous vous y êtes pris ?

- Lorsque j’ai décidé d’entreprendre cette aventure, j’avais déjà pris l’habitude de les voir entre cinq et six heures du matin, j’ai pris donc tout mon temps de me familiariser avec eux en les suivant, en discutant avec eux, etc. Certaines photos sont de nuit parce que ces enfants ne dorment pas la nuit, ils marchent pour ne pas se faire agresser, leur cycle n’est pas comme le nôtre, ils marchent la nuit, ils sniffent et essaient de trouver quelque chose à manger et le jour ils dorment. Et j’ai découvert que ces enfants ont une manière de vivre qui leur est propre. Leur territoire c’est la rue, ils forment des bandes avec des structures de solidarité absolument incroyables. Ils sniffent parce qu’ils pensent que ça les réchauffe et ça leur coupe tout appétit. Ce qui fait que lorsque vous leur donnez à manger ils n’ont même pas faim, ils partagent entre eux le peu qu’ils ont et voilà. J’exagère peut-être, mais ces gamins, à force de vivre dans ces conditions difficiles, ont fini par développer une philosophie bien à eux qui les met au-dessus de l’adversité, ils sourient, ils s’amusent. Cela fait mal de les voir dans ces conditions mais on ne peut pas ne pas les respecter pour ce sens de la dignité qu’ils possèdent. Ce sont des gamins qui souffrent trop au point qu’il est difficile de les intégrer dans une vie normale, ils ont acquis une maturité que les adultes n’ont pas, mais ce sont quand-même des enfants.

Est-ce qu’il y a un message derrière ces photos ?

- Pour moi, c’est un témoignage sur une réalité douloureuse que l’on continue à vouloir ignorer. Lorsque j’ai commencé ce reportage, il y avait parfois des passants qui intervenaient pour empêcher les enfants de se faire photographier, ils les agressaient en les considérant comme des déchets humains qui ne méritent pas qu’on leur prêtent attention. Parfois, c’est moi qu’ils veulent agresser parce qu’à leur avis je cherche à dévoiler quelque chose qu’ils considèrent comme une honte. Ils me demandent si je n’ai pas honte de faire ça. Or, c’est le silence qui fait que ces enfants soient de plus en plus nombreux; pire, aujourd’hui, on trouve de plus en plus de filles dans les rues également.

Est-ce que ces images terribles ont eu un écho quelconque auprès des responsables ?

- Dans le public, oui. Lorsque j’ai exposé pour la première fois ces photos à Tanger, les gens qui les ont vues sont venus me dire que maintenant on prête attention à ces enfants en les croisant dans la rue. Je les ai exposées également au lycée Descartes à Rabat, et elles ont suscité un vif intérêt auprès des élèves. J’aurais aimé les montrer aux élèves de nos lycées publics pour qu’ils soient sensibilisés au problème. D’ailleurs, certains élèves peuvent facilement basculer vers la rue, autant qu’ils soient avertis avant qu’ils ne franchissent le premier pas. Malheureusement, nos établissements scolaires ne semblent pas s’intéresser par ce qui se passe au sein de la société. » (extrait d'un entretien avec le Temps du Maroc, 23 février 2001).

La préface est de Zakya Daoud

Dans BiblioMonde

Tanger, cité de rêve


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