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Iran : L'Illusion réformiste

par Mohammad-Reza Djalili

( Livre )
Presses de Science Po
Collection Bibliothèque du citoyen
2001, 125 p., 12 euros

ISBN : 2724608593

La République islamique est-elle réformable ? C'est ce que beaucoup voulurent croire, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, quand Mohammad Khatami, religieux modéré, fut élu à la présidence de la République islamique d'Iran en mai 1997.

Quatre ans plus tard, alors que le premier mandat du président réformateur s'achèvait, la déception était à la mesure des espoirs. Khatami lui-même reconnaît son échec, qu'il attribue au non-respect des règles constitutionnelles par ses adversaires. C'est à contrecoeur qu'il a décidé de se présenter à sa propre succession, préférant « servir le pays dans une autre position que celle de Président ». C'est aussi probablement faute de mieux qu'il a été réélu, en juin 2001, pour un second mandat. Comment expliquer cet échec ?

Les obstacles que le projet réformiste a rencontrés sont-ils d'ordre institutionnel ? Ne faudrait-il pas plutôt en chercher les causes dans les divisions profondes et les rivalités qui existent entre les factions cléricales qui se partagent le pouvoir ? La personnalité de Khatami n'est-elle pas à l'origine des déboires de sa politique ? Tous ces facteurs ont sans doute contribué, d'une manière ou d'une autre, à la non-réalisation des changements tant souhaités par une grande majorité des Iraniens. Mais, au-delà de l'Iran, la question principale que cette expérience soulève, à savoir la possibilité ou non d'édifier une « démocratie islamique », intéresse l'ensemble des États musulmans ainsi que la plupart de leurs partenaires étrangers.

« En apparence, le dispositif électoral a les allures d'une démocratie classique, avec l'élection du président et des députés au suffrage populaire. En même temps, l'Iran est une théocratie où les pouvoirs présidentiels et parlementaires – de Khatami et de la majorité législative réformiste – sont contrebalancés par l'autre source du pouvoir : celle des religieux, du Guide suprême, du Conseil des Gardiens, de l'Assemblée des experts et du Conseil du discernement, arbitre (conservateur) entre les pouvoirs civil et religieux. Tout effort de réforme libérale à laquelle la population aspire est systématiquement menacé par le veto du Guide suprême. L'indépendance de la justice, même dégagée d'une série de dispositifs relevant de la loi islamique, est inexistante. Réviser alors la Constitution ? Le pouvoir religieux s'y oppose.

Mohammad-Reza Djalili démontre ainsi que la politique du président actuel, visant le changement par voie légale et s'appuyant sur la Constitution, est vouée à l'échec : "Réformer, en République islamique, revient à tricoter un tissu dont à mesure que la confection avance d'un côté, les mailles sont défaites de l'autre..."

La personnalité de Khatami est également un leurre. Détenteur d'une part importante du pouvoir exécutif, ce président libéral qui semblait vouloir un aggiornamento a non seulement buté sur les rapports de forces mais il a vite montré sa timidité, son manque de réaction à des moments décisifs. » (extrait d'un article d’Antoine Bosshard, Le Temps, 9 octobre 2001)

Sur la Toile

Khomeyni et le gouvernement islamique : Entretien avec le professeur M.-R. Djalili (Religioscope, janvier 2002)

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