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L'Islam en questions

par Alain Gresh, Tariq Ramadan

( Livre )
Actes Sud
Collection Babel
2002, 342 p., 9.5 euros
Première édition : 2000
ISBN : 2742737626

Ce livre tient à la fois du portrait, du récit et du débat. Portrait que les deux auteurs tracent d'eux-mêmes, en confrontant leurs idées et leur conception parfois antagoniste de l'histoire. Récit qui mêle intimement leur itinéraire aux bouleversements que connaissent l'Égypte et plus largement le Proche-Orient. Cette édition a été revue après les événement du 11 septembre 2001.

Débat d'idées sur le monde tel qu'il est, mais aussi sur un autre monde possible dont chacun porte en lui la vision. Comment s'explique la situation actuelle au Proche-Orient ? Qu'est-ce que l'islamisme ? Comment définir l'ordre international en ce début de IIIe millénaire ? D'où vient le sous-développement des pays musulmans ? Qu'en est-il de l'individu et des droits de l'homme en terres d'islam ? Peut-on parler d'un islam européen ? Alain Gresh et Tariq Ramadan répondent aux questions que leur pose Françoise Germain-Robin et débattent, avec sérénité, de tout ce qui les sépare.

Le débat qui les rapproche et les oppose, animé et présenté par Françoise Germain-Robin, n'apporte pas de réponses simplistes ni de solutions toutes faites, mais des points de vue, des perspectives, des approches... et des interrogations. Passionnés et attentifs, les deux auteurs s'appuient tant sur leur vécu personnel - ils sont tous deux nés en Égypte - que sur leur érudition pour analyser ce qui se passe et ce qui risque de se passer, mais aussi pour tenter de faire apparaître d'autres voies, d'autres possibles. Le terrorisme est-il une violence légitime ? Existe-t-il une internationale islamiste ? La place de la femme dans les sociétés musulmanes ? » (Martine Silber, Le Monde, 3 mai 2002)


« C’est peu dire que le dialogue auquel tous deux se livrent est stimulant : Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde diplomatique , étudie depuis longtemps l’islam et le monde arabe; de sorte que le niveau de connaissance des deux interlocuteurs est comparable, ce qui n’est pas toujours le cas dans cette veine du "débat" entre musulman et non musulman. Les désaccords sont à vif, pour le plus grand intérêt du lecteur. Ainsi, Alain Gresh voit-il avant tout dans Nasser l’artisan de la décolonisation de l’Égypte et le héraut de la nation arabe. Tariq Ramadan le considère comme un dictateur opportuniste, qui a réprimé durement les Frères musulmans après s’être appuyé sur eux pour parvenir au pouvoir.

Tous deux tombent d’accord pour déplorer la "pétrification" du Proche-Orient qui, malgré la chute du mur de Berlin, ne parvient pas à se libérer des régimes dictatoriaux. Deux raisons sont avancées pour expliquer cette stagnation : le conflit israélo-palestinien, qui mobilise toutes les énergies, et la manne pétrolière, qui sert de caution aux dictatures. Mais Tariq Ramadan surestime le poids de l’Occident et la stratégie de Washington : une stratégie machiavélique qui irait jusqu’à entretenir des foyers d’islamisme, pour mieux les dénoncer comme "terroristes" et rebelles au nouvel ordre mondial. Alain Gresh ne croit pas à cette "manipulation maîtrisée" des conflits et à cette théorie du "complot" . Il rappelle la part d’incertitude et d’improvisation qui entre dans toute diplomatie.

Les deux interlocuteurs tombent d’accord pour condamner la vulgate issue des thèses de Samuel Huntington sur le "choc des civilisations" : dans un monde complexe et multipolaire, elle a fait de l’islam l’épouvantail de l’Occident. On aurait aimé cependant que les auteurs proposent une typologie des mouvements se réclamant de l’islam : il n’est pas inutile sans doute de rappeler que l’islam politique ne se confond pas avec l’islamisme. Mais selon quels critères peut-on les distinguer ?

Les auteurs convergent dans une critique du nouvel ordre économique mondial et de ce qu’on appelle, par commodité, "la mondialisation". L’un au nom d’un humanisme séculier; l’autre au nom d’un islam "intégraliste", pour reprendre une catégorie de la sociologie du christianisme, c’est-à-dire qui concerne toutes les dimensions de la vie sociale, et pas seulement la sphère privée. À cet égard, Tariq Ramadan témoigne d’une méconnaissance singulière de la théologie catholique quand il affirme que le catholicisme, contrairement à l’islam, repose sur une distinction entre "sacré" et "profane" . Cette approche est d’autant plus surprenante que l’auteur cite volontiers en exemple la théologie de la libération. Un sociologue comme Émile Poulat a mis en évidence la dimension "intégraliste" du catholicisme.

Le débat pointe avec raison l’ostracisme dont sont encore victimes les musulmans dans la société française, en grande partie en raison d’un passé colonial qui "ne passe pas". On peut regretter cependant que la situation des jeunes issus de l’immigration soit presque exclusivement abordée à travers le prisme de l’islam. Quand Tariq Ramadan appelle de ses voeux "la promotion d’une culture islamique européenne" , il laisse de côté des cultures originales comme le rap, qui, sans se référer à l’islam, ont néanmoins pris naissance dans le creuset des banlieues françaises.

Tariq Ramadan et Alain Gresh insistent à juste titre sur les dysfonctionnements du modèle d’intégration à la française, souvent fondé sur une lecture étroite de la laïcité. Mais ils n’évoquent pas l’intégration silencieuse de ce qu’il est permis d’appeler une "classe moyenne musulmane", réalisée, il est vrai, souvent au prix d’une sécularisation. » (Xavier Ternisien, Le Monde diplomatique, 27 octobre 2000)

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