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L'Italie fasciste et la persécution des juifs

par Marie-Anne Matard-Bonucci

( Livre )
Perrin
2007, 599 p., 24.5 euros

ISBN : 2262025401

En 1938, après plus de quinze années de pouvoir, le régime fasciste décida de persécuter les juifs

Sous l'effet de lois antisémites d'une sévérité comparable à celles de l'Etat français sous Vichy, les juifs italiens devinrent soudainement des citoyens de seconde zone et des parias. Ce livre fait la lumière sur une dimension longtemps ignorée du fascisme italien. Comment expliquer que l'antisémitisme s'impose brutalement comme priorité politique en Italie en 1938 ? Pourquoi les élites politiques, administratives et intellectuelles du régime se convertissent-elles pratiquement du jour au lendemain à la nouvelle doctrine de haine ? Quelle logique conduisit à la déportation de plusieurs milliers de juifs sous la république de Salo ?

« C'est l'une des pages les plus sombres de l'histoire du fascisme italien. Ce n'est pourtant pas la mieux connue. Notamment en France, où l'on cite souvent en exemple la protection dont bénéficièrent les juifs dans la zone occupée par les Italiens entre novembre 1942 et septembre 1943, cette période où l'on vit des carabiniers empêchant des policiers français d'arrêter des juifs pour les livrer aux Allemands. Mais on oublie parfois que ce qui fut une réalité en France et dans les autres pays occupés par l'Italie (Yougoslavie, Grèce) ne l'était pas de l'autre côté des Alpes, où les juifs étaient traités comme des parias. » (extrait d'un article de Thomas Wieder, Le Monde, 12 janvier 2007)

« Les mesures adoptées en 1938 (exclusion de certaines professions, interdiction des mariages mixtes...) ne résultèrent ni d'un diktat nazi, ni d'une pression émanant de la rue ou des milieux fascistes. Les Faisceaux comprenaient d'ailleurs de nombreux juifs et Mussolini, sur la question, manifestait une relative ambivalence, n'exprimant ses préjugés qu'en privé. En revanche, le régime chercha un nouvel élan pour mobiliser ses élites et ses bataillons à un moment où les grandes causes, fin de la guerre d'Espagne oblige, marquaient le pas.

L'antisémitisme permit de tester l'appareil, en distinguant les mous des fervents, tout en rodant les mécanismes de recensement favorisant le contrôle social. L'administration s'activa, chaque service entendant montrer qu'il travaillait "dans la direction du Duce", tandis que le roi et le Vatican conservaient un silence éloquent.

La population, au départ, ne communia guère dans cette haine : fort peu d'attaques spontanées se produisirent malgré de violentes campagnes de presse. De même, et à la différence du Reich, l'Italie fasciste ne disposa jamais de "savants" prêts à légitimer sa folie raciste. On ne saurait pour autant trop rapidement conclure à une prétendue immunité italienne. Obsédé par la démographie, Mussolini raisonnait en termes de race; la guerre d'Ethiopie avait accoutumé les troupes à des pratiques violentes à l'encontre des Noirs, faisant fonction de laboratoire ; l'antisémitisme catholique avait laissé quelques traces; l'Allemagne, enfin, exerçait son attraction, quelques hiérarques rêvant de prussianiser la péninsule. Autant d'éléments qui touchaient peu les masses mais offrirent à l'antisémitisme un fertile terreau. Marginalisés, les quelque 40 000 à 45 000 juifs italiens se résignèrent, se convertirent, ou émigrèrent (peut-être 6 000 départs). Le pouvoir se montra donc plutôt dur avec le monde juif, malgré les indices qui plaident pour le contraire. » (extrait d'un article de Libération, 22 février 2007)


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Le fascisme en action


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