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L'ivrogne et la marchande de fleurs

par Nicolas Werth

( Livre )
Tallandier
2007, 335 p., 23 euros

ISBN : 978-2847345735

Autopsie d'un meurtre de masse, 1937-1938

Été 1937 : les grandes purges de l’armée et des dirigeants politiques initiées par Staline battent leur plein en Union soviétique. Mais ces exécutions bien connues masquent en fait un événement bien plus considérable, que Staline a programmé dans le plus grand secret. Le 30 juillet 1937 s’ouvre une vague de terreur sans précédent qui fait 750 000 victimes en moins d’un an : ex-koulaks, nobles, prêtres, asociaux, étrangers, jusqu’aux « enfants de moins d’1 an socialement dangereux »… sont fusillés comme « ennemis du peuple ». Bientôt, la machine s’emballe et les exécuteurs zélés partent à la chasse aux victimes pour augmenter leurs chiffres. Nul n’y échappe, pas plus un simple ivrogne accusé d’avoir cassé une bouteille qu’une marchande de fleurs condamnée pour haute trahison.Tout en analysant les causes de cet incroyable meurtre de masse, véritable crime administratif, Werth brosse les portraits dramatiques des acteurs de la persécution et de leurs victimes anonymes. Et met au jour les rouages d’une répression de masse conçue avec l’implacable rigueur d’une entreprise d’ingénierie sociale.

" Cet ouvrage montre que la Grande Terreur de 1937-1938 fut bien autre chose que le point culminant d’une purge politique dirigée avant tout contre les élites politiques, économiques, militaires et culturelles. La « Grande Terreur » fut aussi, et sans doute avant tout, autre chose  : le point d’aboutissement, radical et meurtrier, de toute une pratique de gestion policière du social inaugurée, au début des années 1930, avec la « dékoulakisation » et poursuivie, à partir de 1933, par une politique de rafles-expulsions d’éléments « socialement nuisibles » des villes et de « nettoyage » des zones frontalières de leurs minorités ethniques. Les années de la « Grande Terreur » concentrent, à elles seules, près des trois quarts des condamnations à mort prononcées, entre la fin de la guerre civile ( 1921) et la disparition de Staline ( 1953) par une juridiction d’exception dépendant de la police politique ou des tribunaux militaires. Il s’agit d’un véritable nœud de « radicalisation cumulative », sans égal durant l’ensemble de la période soviétique, qui résulte de la convergence, à un moment de grandes tensions internationales annonciatrices d’un conflit européen imminent, de deux lignes répressives – l’une, politique, dirigée contre les élites, l’autre, sociale, contre un vaste ensemble d’ « éléments socialement nuisibles » et « ethniquement suspects » perçus par Staline comme autant d’éléments d’une mythique « cinquième colonne de terroristes à la solde des Puissances étrangères hostiles à l’URSS ».L’ouvrage analyse l’articulation entre « face publique » et « face secrète » de la Terreur. Il explore les différentes échelles de l’événement : depuis les mécanismes de prise de décision jusqu’à la mise en œuvre des « opérations de masse » au niveau local. Il propose une sociologie des victimes et des perpetrators. À travers une série de « micro-histoires » (d’où le titre du livre) étudiées à partir de sources locales telles que les protocoles des juridictions d’exception et les dossiers d’instruction, l’ouvrage analyse les ressorts et les dynamiques de ce meurtre de masse ( 750 000 fusillés en quinze mois). Comment fonctionnaient les officines locales du NKVD appelées à « faire du chiffre » et à « remplir les quotas » ? Qui étaient les perpetrators ? Qui précisément ( au-delà des catégories standard figurant dans les rapports et les statistiques du NKVD) étaient les victimes ? Comment avaient-elles été ciblées  ? Par un fichage policier ou administratif préalable ? À la suite de rafles ? Sur la base de dénonciations ? L’un des enjeux majeurs de ces questions étant le degré de « participation sociale » à la Terreur. " (extrait du site du CNRS)



 
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