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Jardin sans limites (Le)

par Lídia Jorge

( Livre )
Métailié
Collection Bibliothèque portugaise
Langue d'origine : portugais
Traduit par Geneviève Leibrich
juillet 1998, 358 p., 18.29 euros

ISBN : 286424280X

« Écrit en 199 Le Jardin sans limites est sans doute la meilleure description de l’état actuel de la jeunesse portugaise : la narratrice tient le journal de bord de son immeuble, dans lequel on retrouve tout ce que la société portugaise compte de réprouvés et de résistants. Chacun rêve d’un ailleurs improbable et de jour meilleurs en fixant le Tage et en se bagarrant pour conjurer le destin. Pêle-mêle, voici le "static man", bien décidé à franchir le seuil de l’immobilité et à gagner ainsi son billet pour l’Amérique, un cinéaste en quête incessante de scoop, une logeuse qui fut autrefois Miss Plage et un énigmatique opposant au régime de Salazar muré dans ses souvenirs. Tous veulent échapper à l’anonymat que leur offre la société moderne. Tous cherchent à devenir les protagonistes d’une grande histoire. Ce livre offre une bonne description de Lisbonne peu commune. Rien à voir avec la ville cent fois décrite par les auteurs – pourtant brillants – des générations précédentes. On est plus proche ici de Lobo Antunes que de Vergilio Ferreira ou Michel Torga : la maison du Jardin sans limites est un havre de rêve au beau milieu d’une ville rongée par la rouille et la boue, magnifiquement décrite dans son crépuscule enchanteur. » (extrait d'un article de François Busnel, Le Magazine Littéraire, mars 2000)

« "Pas de tragédie à l'horizon, rien d'irrémédiable à regretter". Seulement l'absence de but, de signification : le jardin sans limites est un jardin sans repères. Et l'absurde, chez Lidia Jorge, est exprimé, non pas par le minimalisme, mais par la profusion des détails, l'agitation des personnages. La narratrice veut s'immerger dans leurs histoires. Mais en fait, il n'y a plus rien à raconter, ni à vivre. Le logeur, Eduardo Lanuit, est un ancien opposant à la dictature, il a été torturé par la police de Salazar, mais, perdu dans le monde actuel, il ne s'entend guère avec les locataires beaucoup plus jeunes que lui et toujours en quête de ce qui pourrait justifier leur existence. Comme des mines
à retardement.

Falcao, le cinéaste, voudrait bien fixer les images de notre temps et, comme le héros de Cortazar, filmé par Antonioni, ne trouve que le meurtre. Leonardo, lui, personnage central et figure symbolique de la fiction, veut être un « static man » : il gagne sa vie en restant immobile dans les rues le plus longtemps possible. Tous cherchent à laisser des traces; la narratrice tape, nuit et jour, sur sa vieille Remington, et transforme le vécu _ ou son absence _ en récit qui envahit les murs de sa chambre. Eduardo a commencé un roman intitulé Quelqu'un nous aimera plus tard, mais il n'y a pas d'amour à la fin, aucun salut à attendre. Lisbonne semble mourir en même temps que le « static man » dont l'immobilité, aux dernières pages est définitive. » (extrait d'un article de Francine de Martinoir, La Croix, 16 novembre 1998).

« Installée dans une vieille maison de Lisbonne, la romancière observe la vie des jeunes gens qui habitent sur le même palier qu'elle. Leonardo qui veut battre des records d'immobilité et se produire au cours d'un happening à New York; Paulina la velléitaire, qui déclare n'être jamais responsable ; Falcao le cinéaste, qui traque les images de la modernité, donc du crime; Susana Marina défiant la mort à la recherche d'une image d'elle-même. Au rez-de-chaussée se noue le drame entre la logeuse, ex-Miss Plage, et son mari, l'opposant torturé par la police de Salazar. » (présentation de l'éditeur)

«J'éprouve le besoin d'aller dans la profondeur de chaque personnage et en même temps de parler de ceux qui sont à côté. Ecouter la voix du dedans mais par la voix du dehors. Avec Le Jardin sans Limites, je voulais écrire un livre sur l'intimité du dehors. Les personnages ne possèdent pas les mots argumentatifs. Ils sont poussés par une forte pulsion d'être quelqu'un, d'être protagoniste. Ils parlent par petits mots, petites phrases saccadées, parfois sans liaison entre elles. Je voulais montrer l'intimité d'une pensée segmentée. C'est une nouvelle forme d'héroïsme où la patrie n'existe pas, où Dieu n'existe pas. Seul existe ce sentiment aveugle d'être héros et d'avoir une voix haute, puissante. » (extrait d'un entretien avec l'auteur sur Fnac.net)

Titre original : O Jardim sem limites, ce roman a été élu meilleur livre de l'année 1997 par la critique littéraire allemande.

Sur la Toile

Une note de lecture par Jean-Christophe Millois, Prétexte.

Lídia Jorge, dans son quatrième roman, tente de saisir en vol les âmes qu'elle-même et la modernité génèrent ou dégénèrent. (par Dominique Aussenac, Le Matricule des Anges)

Les sombres prophéties de Lídia Jorge
En établissant la chronique imaginaire et singulière d’un immeuble du vieux Lisbonne, la romancière portugaise dresse le portrait sans illusions d’un présent vide de sens (par Raphaëlle Rérolle, Le Monde, 11 septembre 1998)

 
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