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Jean Sénac : clandestin des deux rives

par Jamel-Eddine Bencheikh, Christiane Chaulet Achour

( Livre )
Séguier
Collection Les Colonnes d'Hercule
2000, 153 p., 15.09 euros

ISBN : 2840491486

Un essai consacré au poète, Jean Sénac

L'orgasme, défini comme « une fusée de mots liquides », devient le symbole majeur qui organise l'écriture. Entre des dizaines de corpoèmes, citons "Transistor sur le sable", ironique et narratif : « Je suis beau parce que tu bandes. /J'aime ton impatience./ Ne fuis pas sous la tente /seul avec ta main./ Attends la fin de l'émission. J'arrive. / Moi aussi je meurs de ta faim ». Que ces poèmes ne soient pas tous, loin de là, de haute qualité, Sénac en avait pleinement conscience et écrivit un très beau « Pardon à René Char mon maître, tandis que je coule vers Armand Sully Prudhomme », mais il ne savait faire autrement que dire le flux continu de désir. A la fin, les mots mêmes, d'ailleurs, devinrent insuffisants. "Action du lecteur" consiste ainsi en un trou circulaire dans la page où il est demandé au lecteur d'enfoncer le majeur. Il faut dire qu'à partir de la fin des années soixante, l'abondance de poésie va servir à Jean Sénac de viatique devant l'insuccès de toutes ses entreprises. Entre 1962 et 1965, Sénac participe vaillamment à la politique culturelle du nouveau régime. Il est tour à tour Conseiller du ministre de l'Education, président de l'Union des écrivains, créateur de la collection Poésie sur tous les fronts aux Éditions nationales algériennes. Dès 1954, il avait fondé une galerie pour défendre les peintures algériens. Mais son projet d'une Algérie ouverte à tous ceux (y compris francophones) qui se veulent ses fils échoue. À force de désillusions politiques et de polémiques littéraires - Kateb Yacine, par exemple, lui reproche ses origines pieds-noires-, Sénac décide de s'isoler et se réfugie en 1968 dans sa « cave-vigie » où ne lui reste plus rien que ses corpoèmes. Aucun de ses recueils ne sera d'ailleurs commercialisé dans l'Algérie indépendante (pour cause, entre autres, d'homosexualité flamboyante), sinon son Anthologie de la nouvelle poésie algérienne (1971). Car, de même qu'il avait été soutenu très tôt par Albert Camus et René Char, Jean Sénac a beaucoup défendu les poètes algériens d'expression française. Jusqu'à sa mort, il a participé à leur diffusion en Algérie autant qu'en France, se faisant passeur entre deux rives, point de ralliement pour des écrivains en mal de légitimité, maître à penser et surtout à écrire. Certains, comme Rabah Belamri ou Tahar Djaout, lui en furent infiniment reconnaissants.

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