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L’attente des singes

par Andreï Bitov

( Livre )
Albin Michel
Collection Les Grandes Traductions
Langue d'origine : russe
Traduit par Belous Christine Zeytounian
2000, 432 p., 21.3 euros

ISBN : 2226085564

Une quête saoulographico-spirituelle, entre Baltique et mer Noire, d'un homme qui ne retrouve plus ses marques dans les bouleversements de l'ex-Empire (« Dans ce livre, rien n'est inventé, sauf l'auteur. Signé : l'Auteur »).

Écrite entre 1985 et 1995, L'Attente des singes compose une trilogie - Les oiseaux, L'homme au paysage, Horoscope chinois - à travers laquelle navigue un narrateur, écrivain et journaliste. Ses pérégrinations dans l'ex-Empire soviétique, de la mer Baltique à la mer Noire, deviennent une quête spirituelle qui prend peu à peu l'allure d'une soûlographie vertigineuse à mesure qu'il tente de reconstituer un monde qui se désagrège. Des rencontres étonnantes, des amitiés et des beuveries qui s'ensuivent, il ressort un éventail fantasque d'humanité qui est aussi un étrange bestiaire où chacun, chat, corneille, dauphin, peintre ou biologiste, livre avec lyrisme et dérision sa vision du monde et ses interrogations d'ordre éthique ou esthétique. Le style de Bitov, son don de l'observation, la psychologie pénétrante de ses personnages (hommes ou animaux) font de ce livre où s'entremêlent romanesque et philosophie, sens de l'absurde et jeux narratifs, une divine comédie en proie à la folie et à l'ivresse.

« Dans L'Attente des singes, il part du superbe paysage marin d'un isthme baltique à l'écologie menacée, pour chercher, comme Bounine, "maître du paysage", quelle peut être dans l'univers la place de l'homme, entre les ornithologues et les oiseaux. L'alcool aidant, il va sombrer dans des considérations essentielles ("Faut-il se baigner avant de boire ou boire avant de se baigner ?", "L'homme est-il le cochon de Dieu", etc.), La troisième partie, intitulée Horoscope chinois, aboutira au dédoublement de l'auteur et du narrateur, du je et du lui, multipliant ainsi, par une mathématique d'ivrogne, la contenance du personnage central et son aptitude à dépasser toutes les normes d'un plan quinquennal nommé Algeru (Alcoolisation générale de la Russie).

Ce livre, dont la traduction rend bien la langue pâteuse et la logique cahotante de quelqu'un qui a la gorge sèche et la cervelle embrumée, Andreï Bitov aura mis dix ans à l'écrire. Il avait été publié en trois parties séparées, que le romancier a souhaité voir réunies dans l'édition française, en ajoutant des "commentaires" et un "index des ambitions". Et Dieu sait si Dieu veut bien lire de la littérature russe combien les "ambitions" d'Andreï Bitov sont diverses, immenses et pas forcément cartésiennes !

Tandis que le narrateur voit brûler le manuscrit qu'il vient d'achever à grand peine. Dans l'incendie de l'Hôtel Abkhazie !... "L'Empire avait pris fin, l'histoire avait pris fin, la vie était finie, et peu importait ce qu'il y aurait après." Il va se retrouver seul, son alter ego étant mort dans les flammes. Mais, sur les barricades d'août 1991, le jour de la Transfiguration, il retrouvera la possibilité d'écrire, sinon la foi. » (extrait d’un article de Nicole Zand, Le Monde, 24 Mai 1996)

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