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L’Empire au miroir : Stratégies de puissance aux États-Unis et en Russie

par Didier Chaudet, Florent Parmentier, Benoît Pélopidas

( Livre )
Droz
2007, 248 p., 28 euros

Collection : Travaux de sciences sociales - ISBN : 978-2600011587

Les auteurs analysent la notion d'empire et décryptent le discours d'intellectuels proches du pouvoir, à Moscou, comme à Washington, prônant ouvertement une politique impériale.

À l’heure du retour de la Russie sur la scène internationale, l’idée d’empire connaît un égal renouveau chez des intellectuels entendant influencer le pouvoir, qu’il s’agisse de néoconservateurs à Washington et de néo-eurasistes à Moscou.

L’analyse de la tradition politique dans laquelle s’inscrivent ces derniers révèle des empires qui ne disent pas leur nom et démasque le nationalisme derrière la rhétorique impériale. Une étude géopolitique approfondie établit ainsi la convergence entre le programme de ces intellectuels et la politique étrangère de deux puissances qui dessinent l’avenir de l’ordre international.

« Bien connus, compte tenu du poids qu’ils représentent au sein de l’administration Bush, les néoconservateurs émanent à l’origine du Parti démocrate et donc de la gauche de l’échiquier
politique national. Empruntant aussi bien aux idées du président Wilson qu’à celles du philosophe Leo Strauss, ils défendent une stratégie reposant sur l’exaltation du sentiment national et un formidable sentiment de supériorité morale. Dans ce contexte, la promotion de la démocratie fait figure de pur alibi, l’objectif
essentiel étant de préserver un libre accès aux ressources pétrolières, prioritairement dans la péninsule Arabique. "Pour les néo-conservateurs empire signifie ordre et non oppression et la violence est un moyen légitime pour soumettre des personnes ou des territoires", résument les auteurs du livre. Et la stratégie est efficace.

Car si rien ne laissait supposer que le néoconservatisme survive à l’écroulement du monde communiste – qui le privait de sa raison d’être principale – force est de constater que ce courant idéologique exerce désormais une influence décisive sur les relations internationales. Un succès que lesauteurs expliquent notamment par la conclusion d’une alliance fructueuse avec la droite chrétienne et la constitution de multiples réseaux permettant aux néoconservateurs de diffuser leurs idées, que ce soit au travers des puissants think tanks ou par le biais du magazine Weekly Standard, financé par le milliardaire Rupert Murdoch et distribué à perte depuis toujours.

En face, dans le camp russe, ce sont les "néo-eurasistes" qui portent le flambeau impérial. Cultivant la nostalgie d’une grandeur passée, ils déplorent l’affaiblissement d’un pays qui est devenu dépendant de l’extérieur, qui a perdu de nombreux alliés, qui est territorialement amputé et stratégiquement déstabilisé. Pour y remédier, ils en appellent à la constitution
d’unenouvelleentitéréunissantlesdifférentes composantes du "monde de la steppe" (ethnies de la Fédération et peuples des anciennes républiques soviétiques).

Porteur d’une civilisation originale (ni occidentale ni asiatique) et respectueux des spécificités culturelles de chacun de ses composants, ce nouvel empire trouve son unité dans le rejet du "mondialisme" et de "l’atlantisme". Il suppose des rapports plutôt hostiles avec l’Occident, ainsi que la recherche de nouvelles alliances au sein du monde musulman et en Asie. » (extrait d'un article de Vincent Monnet, Unige)

Traduction en cours en anglais, en russe et en arabe

 
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