BiblioMonde

L’ombre de Christian Ranucci

par Gilles Perrault

( Livre )
Fayard
2006, 256 p.

ISBN : 2213628874


L’affaire du pull-over rouge 1974-2006

Depuis l’Ancien Régime, aucun condamné à mort exécuté n’a été réhabilité en France ! Des condamnés au bagne – Dreyfus, Seznec, etc. – oui. Des condamnés à la guillotine, jamais. Pour éviter de troubler le sommeil des juges et des jurés encore vivants, ou de les faire maudire par leurs descendants ?

Le cas de Christian Ranucci, infortuné héros de l’affaire du Pull-over rouge, n’échappe pas à la règle. La publication du livre de Gilles Perrault, à l’époque, suscita de lourdes menaces à l’encontre de l’auteur et de son éditeur, Jean-Pierre Ramsay. Le film qui en fut tiré par Michel Drach fut interdit par arrêté du maire dans plusieurs villes du Midi. Quant à la première demande de révision faite par la mère de Christian, conseillée par Me Jean-Denis Bredin, elle fut rejetée avant même d’être instruite, alors même que le Conseil supérieur de la magistrature avait rendu un avis favorable, et cependant que deux scellés importants (l’arme du crime et un pantalon taché de sang) disparaissaient moins de trois mois après qu’elle eut été déposée. Plus tard, ce sont témoins et enquêteurs qui se rétractèrent ou succombèrent à l’amnésie.

« Bientôt trente ans, écrit Gilles Perrault, que je chemine avec, à mes côtés, compagnon de route dont je n’aurais jamais imaginé qu’il serait si présent et si constant, ce Christian que le supplice a pour jamais fixé dans sa jeunesse interrompue, et qui aura eu pour moi l’âge d’être un jeune frère, puis un fils, et aujourd’hui un petit-fils.

Le moment approche où le flambeau tombera de nos mains périssables pour être aussitôt relevé par la nouvelle génération. Ce livre n’a pas d’autre ambition que de faire le point et d’indiquer à nos futurs successeurs où nous en sommes, trente ans après. Qu’on me pardonne l’emploi occasionnel de la première personne du singulier. Il est d’autant moins justifié que rarement entreprise fut à ce point collective, placée qu’elle est sous l’égide de Jean-Denis Bredin, Jean-François Le Forsonney, Daniel Soulez Larivière, et portée par les initiatives et les travaux de tous ceux qui ne se résignent pas à l’injustice. Mais c’est une commodité.

Faire le point sur les progrès accomplis depuis le dépôt de la première requête en révision et la publication du Pull-over rouge. M. Leguhenec avait promis à Jean-Denis-Bredin la nomination d’un policier de haut rang qui vérifierait la réalité des faits nouveaux. Cette promesse non tenue par la Chancellerie de M. Peyrefitte le fut par celle de Robert Badinter, devenu garde des Sceaux après l’élection de François Mitterrand, et le commissaire divisionnaire Le Bruchec se livra à une enquête des plus éclairantes. Faire le point aussi sur les découvertes effectuées par tel ou tel d’entre nous, et dont beaucoup sont importantes. Toutes, sans exception, vont dans le sens de l’innocence.

Mais encore faire le point sur les efforts déployés par ceux pour qui Christian Ranucci doit rester coupable. Comme il les hante, le spectre du garçon décapité ! Comme les obsède la perspective pour eux effrayante que son innocence soit un jour reconnue ! Le simple fait qu’on puisse l’envisager leur est insupportable. Faut-il que leur tourment soit vif pour qu’ils aient recours à la mauvaise foi, à l’affabulation, au mensonge, sans parler des pires extravagances, afin de préserver la vérité officielle... »




____________________________________________

Si vous commandez ce livre à partir de cette page, BiblioMonde touchera une commission et vous participerez ainsi au financement du site.



 
© BiblioMonde.com