BiblioMonde

Les casbahs ne s'assiègent pas

par

( Livre )
Snoeck
2012, 160 p., 20 euros

Auteurs : Nicolas Surlapierre (Musées de Belfort) et Naget Belkaïd-Khadda - ISBN : 978-9461610751

Hommage au peintre Mohammed Khadda (1930-1991)

Mohammed Khadda (1930-1991) a joué un rôle majeur dans l’émergence de la peinture algérienne et a pris part à tous les combats de la créativité, dans le champ artistique comme dans le champ social de l’Algérie indépendante. Autodidacte de la peinture, il quitte à 20 ans, avec son ami et condisciple Abdallah Benanteur, Mostaganem, sa ville natale, pour le Paris intellectuellement et artistiquement cosmopolite des années 1950, en quête de son expression propre. Il rencontre pêle-mêle, dans la capitale française, les grands classiques de la peinture européenne, la découverte par l’Europe des arts africains et extrême-orientaux, les développements de l’art abstrait, l’archivage des arts islamiques. Par penchant naturel, sans doute nourri à un imaginaire collectif et à une mémoire séculaire, il oriente son travail vers l’exploration des pistes que lui ouvre la non-figuration. Sa recherche – contemporaine et proche de celle du marocain Ahmed Charkaoui – se propage bientôt en un mouvement baptisé par Jacques Berque « l’École du Signe ». Son langage plastique est, dès lors, découvert et tout l’intense travail à venir consistera à en explorer les multiples possibles. Et si sa forme privilégiée restera, sa vie durant, la peinture à l’huile, son talent trouve également à s’exprimer avec beaucoup de bonheur dans l’aquarelle, que celle-ci soit fluide et transparente, captant en un jet spontané et irréversible l’instantanéité d’une émotion, d’une sensation, qu’elle soit plus épaisse, longuement élaborée par une superposition vibrante de couleurs, ou qu’elle bascule carrément dans la gouache, se faisant plus terrienne, parfois nerveusement rehaussée à la plume d’encre sépia, brune ou noire. Il s’adonne aussi à la gravure qui, pendant quelques années, mobilisera la plus grande partie de son temps et pour laquelle, du reste, il inventera son propre support (la plaque de plomb) et ses propres outils (pointes et gouges « trafiquées », roulettes de dentiste, petit chalumeau, etc.). Là, il réalise l’exploit d’enserrer dans des surfaces réduites (certaines gravures n’excèdent pas les dimensions d’une page de livre), de petits univers construits avec une extrême économie de moyens, qui donnent l’étrange impression de déborder largement des marges de l’œuvre, tant les évocations qui en émanent sont denses et riches, au même titre que celles des toiles ou des aquarelles. L’œuvre de Khadda a été classée « patrimoine national » par l’État algérien.

 
© BiblioMonde.com