BiblioMonde

Les langues d'Asie du Sud

par Annie Montaut (direction de l'ouvrage)

( Livre )
Ophrys
Collection Faits de langues
2000, 206 p., 26 euros

ISBN : 2708008641

Un numéro de la revue Faits de langues dirigé par Annie Montaut

L'ensemble des textes présentés ici abordent tous des faits de convergence, ou illustrent la spécificité d'une langue au sein de l'aire ou de la famille, et reflètent donc la double nature, si l'on peut dire, de l'aire indienne : convergence d'une part qui à l'extrême aboutit à cette situation « post-créole » décrite par Southworth, d'autre part résistance de particularités qui différencient encore nettement chaque groupe et sous groupe. Certaines langues sont abondamment représentées dans les 26 contributions qui suivent, d'autres ne le sont que par un article, inégalité qui reproduit un peu l'inégalité du nombre de locuteurs et la disparité des traditions grammaticales respectives, puisque six articles sont consacrés au tamoul, exclusivement ou largement, et six au hindi. Les articles sont par ailleurs très divers, certains portant sur une seule langue, d'autres sur un groupe de langues apparentées, d'autres sur une famille entière, d'autres traitant de phénomènes panindiens. Deux articles posent nettement le problème de la diffusion (Gair sur le singhalais) et de son contraire lorsqu'une langue quitte l'aire et perd une partie des spécificités indiennes (Courthiade sur le rromani), plusieurs abordent tangentiellement la question de la convergence (Michailovsky, Montaut). Certains recourent à la diachronie ou à la reconstruction (Krishnamurti, Michailovsky, Montaut, Murugaiyan, Paquement, Pilot-Raichoor, Zvelebil), certains encore ont ici l'exclusivité des problèmes qu'ils abordent (classificateurs chez Das Gupta, système pronominal chez Jacquesson, genre et nombre chez Krishnamurti), alors qu'un autre problème fait l'objet de plusieurs articles dans des langues différentes (ergativité en hindi et tibétain, structures expérientielles en tamoul et hindi, phrase nominale en tamoul, en oriya). Trouver un ordre de présentation convaincant n'était donc pas simple, dans une matière qui offre plusieurs cheminements possibles. Les plus classiques de ces chemins (par niveau d'analyse par exemple, de la phonologie à la syntaxe, ou encore par famille linguistique) offraient l'inconvénient de faire constamment passer le lecteur d'une langue à l'autre, avec toutes les difficultés que peut induire, à chaque article, la découverte d'un système différent. Nous avons donc choisi de grouper les articles portant sur une même langue, de manière à minimiser les handicaps de lecture des données « exotiques », ainsi que ceux qui portent sur un même groupe, sur une même famille, et de placer en ouverture les études couvrant l'ensemble de l'aire. C'est ainsi qu'on pourra lire d'abord les textes abordant les faits panindiens du redoublement (1, Anvita Abbi) et des verbes composés perfectivants (2, Helmut Nespital); puis ceux qui traitent d'une famille dans son ensemble, soit par un article (3, de D. N. S. Bhat, sur la polarité verbo-nominale dans langues munda, 4, d'Annie Montaut, sur l'ergativité en indo-aryen), soit par plusieurs articles comme le dravidien (5 et 6, de Kamil Zvelebil sur la voyelle énonciative et les phénomènes d'agglutination, 7, de Bh. Krishnamurti sur les marques de genre et nombre, 8, de Christiane Pilot-Raichoor sur le morphème zéro de sens négatif) (9, sur les énoncés existentiels et leur négation, de Murugaiyan) ; viennent ensuite les études sur un groupe précis dans une famille donnée (10, de Marcel Courthiade sur la phonétique des parlers rromani, 11, de Boyd Michailovsky, sur le rhotacisme et la rétroflexion dans les langues himalayennes, 12, de François Jaquesson, sur les pronoms dans le groupe naga); enfin les articles portant sur une langue particulière, d'abord sur les langues faisant l'objet d'une seule contribution (13, de Probal Das Gupta, sur la définitude en bengali, 14, de Nicolas Tournadre sur l'ergativité en tibétain, 15, de James W. Gair, sur la focalisation en singhalais, 16, de Christiane Pilot-Raichoor sur le système verbal en badaga), puis sur les langues faisant l'objet de plusieurs articles : marathi avec les textes 17, de Jean Paquement, sur les variantes phonétiques et 18, d'Aparna Kshirsagar sur la phrase nominale; tamoul avec les textes 19 et 20, d'Apassamy Murugaiyan (sur les locutions verbales et l'expression des sentiments et de la possession respectivement), le texte 21 de Jean-Luc Chevillard sur les particules énonciatives), hindi (avec les textes 22 à 26 d'Annie Montaut, sur le système aspecto-temporel, la causation, les locutions verbales, les structures expérientielles et les particules énonciatives respectivement). Le lecteur désireux de reconstituer sous ce réseau l'arborescence classiquement génétique des familles apparentées pourra partir de 3 (famille AA) et circuler de 11-12-14 (famille TB) à 5-6-7-8-16-17-20-21 (famille Dr.) et 4-10-13-15-17-18-22-23-24-25-26 (famille IA), ou l'inverse s'il préfère commencer par les langues aux locuteurs les plus nombreux. Celui qui préfère déambuler selon la logique des phénomènes grammaticaux et des problèmes linguistiques pourra regrouper les articles de phonologie (5-6-9-10-17), de morphologie (pronominale ou nominale avec 7-12-13, verbale avec 2-16-22-23), de morphosyntaxe (avec l'ergativité 4-15, les locutions verbales 21-25), de syntaxe (constructions expériencielles 20-25 et la phrase nominale 17), ou de discours (avec la focalisation 15-21-26). Des passerelles sont possibles, et les relations actancielles par exemple se trouvent abordées dans divers articles qui ne leur sont pas consacrés directement (13-16-18-19-22-23-24), ainsi que la structuration du lexique (1-3-19-24), la phrase nominale (4-20), la marque zéro (4-22). Bref, entre l'aire et sa composante géographique horizontale et la structure hiérarchisée des niveaux d'analyse, le choix a été d'organiser plutôt une lecture en réseau, ouverte.

Chaque auteur a conservé son système de transcription, variable en fonction des traditions descriptives. Pour les diacritiques la barre suscrite correspond à une voyelle longue, notée aussi par le redoublement de la voyelle, ou les deux points, le point souscrit correspond à la rétroflexe, notée aussi par une majuscule, le tilde correspond à la nasalisation de la voyelle, notée aussi par un n. Le signe S désigne aussi bien la palatale que la rétroflexe correspondante dans les langues IA, où la distinction n'est plus pertinente à l'oral. Les particularités propres à un auteur sont indiquées dans l'article, ainsi que pour les gloses : celles qui sont communes à l'ensemble des contributions sont regroupées ci-dessus, seules celles qui sont spécifiquement utilisées par un auteur étant indiquées dans son article. » (Annie Montaut)



 
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